ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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Les traités de paix et conclusion
 
 

Les Traités de Westphalie 

Le 24 octobre 1648, des traités signés à Münster (mais discutés également à Osnabrück) mettaient fin à la guerre de Trente ans. L’empereur Ferdinand III, doublement menacé dans sa capitale par la jonction des armées française et suédoise qui se préparaient à marcher sur Vienne, s’était décidé à conclure la paix avec ses adversaires.

En tout se sont plus de quatre années que l’on passa à discuter les clauses. Les belligérants en avaient assez de cette lutte où ils épuisaient leurs forces, les ruines et les misères s'étaient accumulées : l’Allemagne était affreusement ravagée. Là où les armées avaient passé, les paysans pour labourer devaient, faute d’animaux, s’atteler à la charrue (et encore, ils n’étaient pas partout assez nombreux pour le faire).

Dans les pays du Rhin, l’une des contrées les plus heureuses de l’Europe avant la guerre, des villages de 500 ou 600 âmes étaient réduits à 20 habitants tout au plus. L’Allemagne allait mettre près d’un siècle à se relever de ses ruines.

Dès 1636 le pape Urbain VIII puis la République de Venise tentèrent des offres de méditation. Urbain VIII avait proposé Cologne pour le siège du congrès de la paix; mais les princes protestants avaient décliné son offre et les négociations ne purent même pas commencer. Les projets de réconciliation ne furent toutefois pas abandonnés et, en 1641, une convention préliminaire décida que, pour éviter des difficultés de «préséance», les conférences s’ouvriraient simultanément à Münster (entre la France et l’empire) et à Osnabrück (entre les Suédois et l’empire). La date fixée était le mois de mai 1642. Mais les tractations sérieuses ne commencèrent que l’année suivante (les représentants ayant pris leur temps à arriver) et eurent enfin leur conclusion le samedi 24 octobre 1648.

La longue durée des négociations s’explique d’une part par la lenteur des communications entre les ambassadeurs et leurs souverains, mais aussi par la multitude des Etats intéressés, et d’autre part par le grand nombre et la complexité des questions à régler.

Les traités eux-mêmes furent rédigés en latin, mais les Français présentèrent leurs demandes en langue française à la grande surprise de leurs adversaires, le latin ayant toujours été la langue des diplomates. Les protestations n’y firent rien; les Français continuèrent à n’employer que le français qui commença dès lors à remplacer le latin comme langue diplomatique.

Les Traités de Westphalie réglèrent trois sortes de questions: 

1 - la question religieuse allemande

2 - l’organisation politique allemande

3 - la paix européenne.

Au point de vue religieux, la Paix de Westphalie introduisit le principe de l’égalité des cultes chrétiens; luthériens et calvinistes furent mis sur un pied d’égalité. Elle maintint les clauses de la Paix d’Augsbourg (1555).  L’exercice public et légal du culte eut toujours pour règle et pour mesure officielle la religion de l’Etat - cujus regio, illius et religio - conception que le droit chrétien et le droit moderne s’accordent à réprouver pour des motifs contradictoires.

Ces clauses religieuses, ainsi que les nombreuses sécularisations d’évêchés et d’abbayes réalisées au profit des princes luthériens ou calvinistes motivèrent les protestations du Saint-Siège. Il n’avait pas cessé de travailler au rétablissement de la paix, mais le nonce Chigi (représentant du pape) avait été impuissant, à Münster, à détourner les parties contractantes de leur tendance universelle à opérer cyniquement le partage du butin en sacrifiant les considérations de la justice, les droits de l’Eglise et les règles de l’ordre social chrétien. Aussi le pape Innocent X, par la bulle Zello domus Dei, du 26 novembre 1648, déclara-t-il « nuls » les articles de traités qui portaient préjudice «à la religion catholique, au culte divin, au Siège apostolique romain, ainsi qu’aux Eglises infé­rieures ». 

Envisagés sous l’angle des intérêts de la religion, les Traités de Westphalie marquent l’abandon des traditions qui avaient fait la grandeur de la Chrétienté au moyen âge. Ils signifient aussi le congé donné à la papauté dans les grandes assises diplomatiques. Le Saint-Siège ne pourra désormais plus faire entendre qu’une faible voix dans le concert des puissances; les intérêts des princes, mêmes des catholiques, supplantent ceux de la religion. La politique tend de plus en plus à se séculariser, et les progrès de l’absolutisme accentueront encore cette tendance qui se manifestera avec une force croissante au siècle suivant.

Dans les grandes affaires humaines, comme dans le comportement des individus, tout se tient. Au point de vue politique, les Traités de Westphalie sanctionnèrent l’effondrement de la politique hégémonique et impériale des Habsbourg. A la conception d’hégémonie succéda celle d’équilibre. Le Congrès de Westphalie fut la première tentative faite pour donner à l’Europe un statut, fondé sur un équilibre stable, à la fois politique et religieux. Le plan général de la Réforme catholique échouait en même temps que le rêve impérial des Habsbourg qui s’en étaient faits les protagonistes. 

L’Europe cherchait à s’adapter à la diversité que son évolution religieuse, économique et sociale imposait à son organisation politique. L’unité européenne n’existait pas ou n’existait plus. Charles-Quint avait déjà compris qu’il était impossible d’appliquer à l’Europe occidentale et à l’Europe centrale des principes politiques et religieux semblables parce que leur développement social était foncièrement différent. Aussi l’échec de l’Empire universel de Charles-Quint avait-il consacré la rupture politique de l’Europe. 

C’est pourquoi ce qui caractérise essentiellement les Traités de Westphalie, c’est le manque de principes théoriques qui y présida. A l’idéologie unitaire et catholique des Habsbourg, ils n’opposèrent pas d’autre idéologie, mais des préoccupations réalistes, imposées par la France, et qui n’eurent qu’un seul but: assurer la paix par l’équilibre des forces.

Pour empêcher les Habsbourg de revenir à leur rêve d’impérialisme, la diplomatie française acheva de ruiner l’autorité impériale et de rendre impossible toute tentative pour modifier cette constitution anarchique; la France opposait en même temps au vaincu une barrière d’Etats. Le Saint-Empire romain germanique n’a pas été détruit par les Traités de Westphalie: ils se sont bornés à entériner son effondrement qui s’était produit par le dedans.

La couronne impériale resta élective; un huitième Electorat fut créé en faveur du fils de l’Electeur palatin dépossédé au profit de la Bavière. Les Electeurs se firent de nouveau garantir leur       «supériorité territoriale», c’est-à-dire l’indépendance absolue de leurs Electorats. Ils eurent même le droit de conclure des alliances avec qui bon leur semblerait, pourvu que ce ne fût pas contre l’empereur. La Diète impériale (dont le siège était à Ratisbonne) vit sa souveraineté accrue de tout ce que devait abandonner l’empereur et devint souveraine en matière de paix, de guerre, d’impôts et d’armée. Elle ne serait plus le conseil de l’empire, mais une assemblée de princes souverains; la longue lutte menée par les princes contre l’empereur depuis Charles Quint aboutissait à la victoire des princes au grand profit des vainqueurs de l’Allemagne. 

L’empereur n’eût plus qu’un vain titre; la réalité de sa puissance ne fut plus constituée que par sa qualité de Habsbourg et par les possessions de cette maison. La constitution germanique fut placée sous la garantie des puissances signataires. La France et la Suède, protectrices des «libertés germaniques » «une de ces formules, écrit l’historien français Lavisse, comme les gouvernements en trouvent temps en temps pour donner à la politique des airs d’honnêteté » eurent légalement le droit d’intervenir dans les affaires intérieures de l’empire.

Les accroissements de territoires que réussirent à s'attribuer les Hohenzollern furent le point de départ de la puissance prussienne qui devait se développer si grandement au siècle suivant.

Les Traités de Westphalie réglèrent enfin les «satisfactions des couronnes », c’est-à-dire les indemnités territoriales réclamées par la France et la Suède.

- La Suède, installée aux embouchures de la Weser et de l’Oder, se vit attribuer les anciens évêchés de Brême et de Verden, la Poméranie occidentale et Stettin, c’est-à-dire les parties principales des côtes allemandes de la Baltique et de la mer du Nord. La Baltique devenait un lac suédois; l’impérialisme maritime de la dynastie des Vasa triomphait.

- La France, victorieuse de la coalition habsbourgeoise, prit en Europe une position dominante. Non pas grâce à de grands accroissements territoriaux, mais à une organisation politique nouvelle de l’Europe. Pour elle, elle poursuivit le plan, formulé déjà par Philippe le Bel au début du XIVe siècle et repris par Richelieu qui, mort en 1642, n’en avait pas moins dicté la paix de Westphalie. Aux Pays-Bas, en Franche-Comté et sur les Pyrénées, la guerre continuant avec l’Espagne, le traité ne put donc fixer qu’une partie de sa frontière de l’Est. En Alsace seule Strasbourg restait en dehors du royaume. Pour la première fois dans son histoire, la France s’installait sur le Rhin.

Appuyée sur ce fleuve, étroitement alliée à la Suède et au Brandebourg, elle prenait vis-à-vis de l’empire une position hégémonique. La suprématie de l’Autriche était brisée. L’empire devait reconnaître l’indépendance des Provinces-Unies et celle de la Suisse, alliée au roi de France depuis 1516, qui, en occupant les cols des Alpes, couvrait la frontière française de l’Est.

Les Traités de Westphalie consommèrent enfin la division de l’Europe, et particulièrement de l’Allemagne, en deux moitiés, catholique et protestante, ainsi que le triomphe de la politique de Richelieu. Le grand dessein d’abattre la Maison d’Autriche qui avait tenté de ramener l’Allemagne à l’unité religieuse domina exclusivement la politique extérieure du cardinal-ministre et le conduisit à sacrifier l’avenir à des préoccupations présentes de grandeur et de prospérité françaises. 

L’exécution du plan que lui proposait le cardinal de Bérulle maintenir la Maison d’Autriche dans ses limites par une ligue des Etats catholiques dont elle aurait fait partie, et se garder des protestants au dehors comme au dedans eût peut-être mieux assuré, à la fois, la grandeur de la France et les intérêts supérieurs de la catholicité. La politique préconisée par Bérulle était une politique de chrétienté tandis que celle de Richelieu était simplement nationale.

Les vues de Bérulle coïncidaient dans une certaine mesure avec le plan du pape Urbain VIII, encore que le pontife ait refusé, par soucis des besoins de l’Etat romain, de verser les subsides que sollicitaient de lui l’empereur Ferdinand Il et la Ligue catholique allemande. La distinction était certes malaisée à établir, à une époque comme celle de la guerre de Trente ans, entre les vrais intérêts de la religion et ceux de la politique. La sympathie du pape allait plutôt à la France, mais il aurait souhaité rétablir la paix par une union des princes catholiques. Il n’y réussit pas et fut dès lors presque sans action sur les événements. Après les grandes victoires françaises, qui marquèrent la fin du conflit européen, il était trop tard pour modérer le vainqueur et tenter de frustrer ses protégés et ses alliés protestants du fruit de leur victoire commune et décisive remportée sur l’empire.

L’ère de l’Empire universel qui, depuis le IXe siècle, avait tenté de se réaliser tantôt sur le continent, tantôt orienté vers la mer, faisait place à une ère nouvelle, celle des monarchies nationales. L’Espagne sortait épuisée et brisée, malgré ses magnifiques ressources, de l’effort trop grand que ses rois lui avaient demandé. La France, elle, n’était pas seulement la puissance victorieuse, mais la puissance directrice. L’ère s’ouvrait du rayonnement triomphant de ses armes et de sa civilisation.

     

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Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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