Sans
Grégoire, évêque de Tours, nous ne saurions rien de l’histoire
des Mérovingiens. Il est, en effet, le
premier historiographe de la royauté que la France
ait jamais eu, même si lui-même parle de deux de ses devanciers,
Renatus Frigeridus et
Sulpicius Alexander, dont la
postérité n’a gardé aucune trace.
Issu par son
père de la noblesse bourguignonne, il est né à Clermont en
Auvergne (Clermont-Ferrand). Le fait que sa famille compte déjà
plusieurs saints évêques à son actif (Saint
Nizier, évêque de Lyon, Saint
Grégoire, évêque de Langres), le destine tout
naturellement, dès l’enfance, à la prêtrise. Il est ordonné
diacre en 563 et se rend presque
aussitôt auprès d’un parent éloigné, Euphronius, évêque de
Tours. Quand ce dernier décède, c’est Grégoire qui lui succède
dans la prestigieuse basilique St martin où se trouve le tombeau
du grand saint de la Gaule, ce qui en fait un haut lieu de
pèlerinage.
Le jeune
évêque de trente-cinq ans qu’est Gregorius (nom qu’il s’est
choisi) se montre dès le début de son apostolat un courageux
défenseur, diplomate mais très ferme, des droits de l’Eglise. Il
saura tenir tête au redoutable roi
Chilpéric Ier quand ce dernier viendra lui ordonner
de lui livrer son fils, venu se réfugier dans la basilique. Il
n’hésitera pas à défendre l’évêque
Prétextat, toujours contre le roi, et c’est lui encore
qui aura le courage d’accuser la très cruelle reine
Frédégonde du meurtre de son
concubin Chilpéric Ier et de celui de Prétextat. Toute sa vie,
il servira de médiateur entre les divers
rois Francs qui se partagent la Gaule et qui ne cessent,
de manière sanguinaire, de se faire la guerre. Malgré son action
politique et les devoirs de sa charge épiscopale, Grégoire
voyage beaucoup et, même s’il se dit ignorant et médiocre
latiniste, il n’en écrit pas moins quantité de traités
d’exégèse, de dogmatique et de liturgie, comme les sept
livres des Miracles ou encore des œuvres hagiographiques
comme Sur les vertus de saint Martin. Mais c’est surtout
à travers la rédaction en dix tomes de son Histoire des
Francs (Historia francorum), commencée apparemment
vers 575-576 et achevée en 592, qu’il nous apporte des
informations précieuses sur les premiers rois de la Gaule, un
témoignage unique sur les mœurs et la vie des mérovingiens et
qui fait de lui le père de l’histoire de
France.