Né
en Auvergne,
près
d'Aurillac,
Gerbert fait ses études au monastère de Saint-Géraud d’Aurillac,
en Espagne et en Italie, puis enseigna à Reims.
Présenté
au pape Jean XIII pour sa
science exceptionnelle, puis à l’empereur
Otton Ier.
Il devint
l'ami d'Otton II, qui le nomma, en 983, abbé de la célèbre
abbaye de Bobbio, fondée par saint Colomban.
Excellent professeur, il avait acquis à l'école de Cicéron la maîtrise du
discours. Loin d'être perdu dans ses pensées, cet homme de
petite naissance fréquentait volontiers les « grands » qui
faisaient appel à ses talents de diplomate. Lorsqu'il apprit à
le connaître, Otton lui demanda d'abord de lui assouplir
l'esprit, de le débarrasser de « la
rusticité saxonne » et de développer «
la subtilité grecque » venue de sa
mère. Mais Gerbert comprit qu'il pourrait être l'Aristote
d'un nouvel
Alexandre, le Boèce d'un
Théodoric civilisé. Il n'hésita pas à proposer un immense
programme politique au souverain. « Nôtre,
nôtre est l'Empire romain », lui écrivit-il en tête d'un
livre sur « le raisonnable et le raisonner
».
Adalbéron, évêque de Reims, le
fait écolâtre de son studium épiscopal: Gerbert y enseigne et y
fait enseigner toutes les connaissances possibles, profanes et
religieuses, antiques et modernes; lui-même acquiert une grande
réputation de mathématicien et d’astronome. Il conseille
Adalbéron quand ce dernier, au concile de Senlis (987), fait
élire comme roi, puis sacre
Hugues Capet, au détriment des
derniers descendants de
Charlemagne. Il succède à son
protecteur sur le trône archiépiscopal de Reims, ce qui lui vaut
des démêlés infinis avec les évêques fidèles à l’Empire, et avec
la papauté, dont il conteste l’autorité; il joue un rôle
dominant dans une série de conciles de France, où il se fait le
champion de l’indépendance des Églises nationales, notamment
pour la nomination des évêques. Il est suspendu et excommunié
par le pape pour avoir refusé de quitter le siège de Reims;
Otton III le fait évêque de
Ravenne, puis, à la mort de son autre protégé
Grégoire V, le fait élire pape
en 999. Il est le premier
Français à accéder à cette charge
Gerbert, qui prend le nom de
Sylvestre,
pratique alors la méthode
autoritaire qu’il avait combattue
dans les nominations et destitutions
d’évêques; il lutte vigoureusement
contre la
simonie et cherche à relever
de son délabrement le Saint-Siège,
jouet des factions aristocratiques
de Rome et de la politique
européenne.
Sylvestre réforma la discipline
ecclésiastique et renforça
l'autorité papale. Son érudition et
ses connaissances scientifiques lui
valurent une telle renommée que
nombre de ses contemporains le
considérèrent comme un magicien
ayant conclu un pacte avec le
diable.
On lui attribue l’introduction du
système féodal français dans l’État
pontifical, qui l’ignorait: en fait,
il reprend la tradition juridique
traditionnelle des concessions
territoriales en échange d’une
censive dérisoire, mais introduit la
clause militaire:
le puissant laïc bénéficiaire doit
au pape un service en armes et en
hommes; surtout, il essaie
d’introduire dans l’État pontifical
des personnages puissants qui soient
étrangers aux grandes familles
romaines, en particulier à celle d’Albéric
et de
Théophylacte, habituée à
faire et défaire les papes. La
diplomatie de Sylvestre II consiste
à unir aussi étroitement que
possible la Germanie ottonienne à
Rome; il retient Otton près de lui
et rêve d’un Empire
latino-germanique capable de
contrebalancer Byzance. Il détache
de la Germanie les Églises de
Pologne (sous
Boleslas)
et de Hongrie (sous
Étienne)
en les dotant d’une hiérarchie
épiscopale nationale.
Ses traités savants sur des sujets
relevant des mathématiques, de la
philosophie et de la physique furent
très célèbres. On lui devrait, en
outre, l'invention du balancier et
l'introduction des chiffres arabes
en Europe occidentale.
Gerbert d'Aurillac passait pour le cerveau le plus remarquable de son temps. On ne prête
qu'aux riches ; sans doute lui
a-t-on trop prêté car il a fini par
entrer dans la légende, une légende
noire. Il n'est pas sûr qu'il ait
inventé de nouveaux outils
mathématiques ; il se servait en
virtuose de ceux qui existaient. La
musique, l'astronomie,
l'arithmétique, la géométrie
l'intéressaient vivement.
Pape de l’an mille, Sylvestre II a
dû sans doute à sa réputation
d’astronome de figurer dans un
certain nombre de récits légendaires
postérieurs à cette époque. Ainsi
trouve-t-on dans le Miroir
historial (Speculum historiae,
mil. XIIIe s.)
de Vincent de
Beauvais la légende selon
laquelle Gerbert aurait tout jeune
vendu son âme au diable, qui, en
échange, lui aurait assuré sa
carrière politique jusqu’au siège de
saint Pierre; après quoi, le pape
repenti aurait obtenu la miséricorde
divine. On connaît assez bien la vie
et l’action de Gerbert par les
documents pontificaux et par son
abondante correspondance.
L’opposition romaine l’oblige à
quitter Rome en 1001, et la mort
d’Otton, son allié de toujours
(23 janv. 1002), condamne ses rêves
de réforme. Il meurt à Rome sans
avoir mené à bien son œuvre.