SOMMAIRE - Divers

La rubrique Divers regroupe divers travaux et dossiers relatifs à des sujets variés ou spécifiques. Ainsi, par exemple, un important dossier consacré à l'Histoire de la Suisse, un index de personnalités historiques, des chronologies, des dossiers d'histoire économique, d'introduction aux études historiques ou de didactique de la discipline.

 

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Michel Servet (Tudela 1509 - Genève 1553)

 
 

Des premières années du XVIe siècle au triomphe des amis de Calvin en 1555, Genève vit une phase tumultueuse et décisive de son histoire. La cité épiscopale, étroitement liée à la Savoie, est transformée en capitale du calvinisme, à travers une série de révolutions.

En janvier 1536, 6000 Bernois envahissent Genève mais lui laisse son indépendance. La domination du duché de Savoie fut anéantie pour une génération. Une nouvelle Eglise devait être instituée dans l’ancienne ville épiscopale. Pour cette réalisation, on fit appelle à un jeune et brillant théologien nommé Jean Calvin. Mais bientôt les vainqueurs de 1536 se brouillèrent à propos de questions religieuses et lorsque les pasteurs commencèrent à prêcher contre les nouveaux magistrats, on les avertit de ne pas se mêler des affaires politiques. Calvin, qui avait refusé de se plier à ces exigences, fut renvoyé par les Deux Cents et le Conseil général en 1538. La situation se détendit en 1540 et les magistrats entreprirent alors le rappel de Calvin. En 1546 des conflits éclatèrent entre Calvin et le Petit Conseil. Ils dérivèrent des accusations de frivolité portées contre des personnalités importantes. Au premier rang de celles-ci, la famille Favre, dont la fille est l’épouse d’un certain Ami Perrin. Il en résulta une opposition permanente entre Perrin et Calvin.  Un autre homme va s’opposer à Calvin, il s’agit de Michel Servet, l’adversaire acharné du dogme de la Trinité et du baptême des enfants. Il sera le seul homme exécuté pour ses croyances religieuses dans la Genève du XVIe siècle. Jean Calvin aura donc eu une opposition dogmatique avec Michel Servet et une opposition non-dogmatique, mais politique, avec Ami Perrin.

Opposition dogmatique : Michel Servet

Michel Servet, de par ses points de vue contraires à ceux de Calvin vis-à-vis des écrits bibliques et de sa façon de les interpréter qui n’était pas conforme à son époque, à une époque d’intolérance où la liberté de conscience pouvait être violemment réprimandée, va connaître une destinée tragique à cause de ses idées.

Servet est né en 1509, à Villeneuve, en Aragon, la même année où Calvin, son futur rival, voyait le jour dans une cité de Picardie. Envoyé, en 1528, à l’Université de Toulouse pour étudier le droit, il va se sentir  attiré par les problèmes religieux qui agitaient alors l’élite de la chrétienté. A l’âge de 21 ans, Servet se rend en Allemagne, puis vient se fixer à Bâle  où il va entretenir des rapports suivis avec des représentants de la réforme allemande. C’est là qu’il va commencer à afficher assez clairement ses différends par rapport  à la doctrine chrétienne. Au lieu de suivre la voie ouverte par les réformateurs, Servet portait sa critique sur des parties de l’édifice chrétien que ceux-ci voulaient conserver intactes. Par exemple, les théologiens réformés croyaient à la Sainte Trinité qui étaient pour eux une vérité révélée, alors que Servet ne pouvait concilier la Trinité ni avec la notion qu’il s’était formée de l’essence divine, ni avec les enseignements de la Bible tels qu’ils les comprenait.

Certains réformateurs qu’il connaissait vont alors essayer de lui ôter ses idées blasphématoires, pour l’époque, de la tête. Mais Servet qui avait une grande confiance en ses théories ne va pas se soucier de ce que pensaient les autres et va même, en juin 1531, faire paraître son premier ouvrage « De Trinitatis erroribus libri VII ». Dans ce livre, qui est le premier manifeste de l’école anti-trinitaire, Servet développe le principe que « l’essence divine est indivisible et  qu’il ne peut y avoir dans la Divinité, diversités de personnes ». Dès que cet ouvrage voit le jour, les réformateurs  avec lesquels il avait des relations vont rompre avec lui. Ceux-ci vont même le traiter de « fanatique, de détestable Espagnole », qui répand une « doctrine fausse et pernicieuse ». Cependant, Servet n’est nullement ébranlé par les protestations qu’avaient soulevées son premier écrit, et l’année qui suivit (1532) il lança un deuxième opuscule dans lequel il se déclare indépendant des deux Eglises, dont il proclame l’insuffisance et qu’il aspire à remplacer par une conception supérieure.

Après la parution de cet ouvrage, Servet sent qu’il a trop attiré l’attention sur lui et comprend qu’il ne peut rester plus longtemps à Bâle. C’est pourquoi, il décide de se rendre à Lyon, puis, en 1533, à Paris, où il va changer à la fois de nom et de profession pour se consacrer à la médecine. Après une querelle avec la Faculté de médecine de Paris, il est obligé de quitter la capitale et se rend à Vienne. C’est là que, pendant plus de quinze ans, il cachait prudemment ses véritables sentiments et qu’il faisait extérieurement profession de catholicisme.

Mais, malgré sa nouvelle carrière, la théologie était demeurée le centre de ses préoccupations. Il voulait réédifier le christianisme selon son plan et transmettre ce plan à ces contemporains théologiens. Il n’avait pas non plus perdu toute espérance d’associer à son entreprise les hommes placés à la tête de l’Eglise réformée et c’est dans ce but qu’il va chercher à entrer en contact avec Calvin. Servet va alors écrire à Calvin pour lui exposer ses idées. Mais le ton qu’il emploie va contribuer autant que le contenu de ses déclarations, à exaspérer Calvin, plus accoutumé à donner des directions qu’à en recevoir. C’est pourquoi après avoir à deux reprises essayer de le ramener à ses convictions, Calvin va rompre toute relation avec Servet.

Mais ce dernier, fermement résolu à professer au grand jour ses idées, même seul, décida d’imprimer clandestinement à Vienne l’ouvrage intitulé: « Christianismi restitutio » (Restauration du christianisme). A la suite de cet écrit, Servet va être arrêté à Vienne et c’est Calvin qui va envoyer les lettres que Servet lui avait écrites et par conséquent donner les preuves de son hérésie au Tribunal viennois. Cependant, au tribunal, Servet essaye de se cacher derrière son faux nom de Michel de Villeneuve et assure à la cours qu’il n’avait pas trop réfléchi aux idées qu’il énonçait, qu’ils les avait mises en avant pour faire preuve de son habileté dialectique et qu’il était prêt à corriger toute opinion qui lui serait indiquée comme mauvaise. Mais, il paraît n’avoir eu qu’une confiance limitée dans le succès de ses mensonges, car dès le  surlendemain, il arrive à s’évader grâce, peut-être, à l’appui de personnages influents.

Ce ne fut que deux mois après cette évasion, le 17 juin 1553, que le tribunal laïque de Vienne prononça sa sentence contre Servet et ses écrits : il fut condamné à être brûlé vif ainsi que ses livres.

Trois mois après son évasion  il se rendit en Italie, puis Servet se rendit à Genève dans l’espoir de trouver une barque pour le transporter à Morges, d’où il se proposait de gagner Zürich. Malheureusement pour lui il fut reconnu, le dimanche 13 août, et arrêté le même jour, alors qu’il se trouvait dans un hôtel. Cette fois, Calvin n’a pas l’intention de le laisser partir et compte bien faire de Servet un exemple. Il formula tout d’abord une plainte en trente-neuf articles qui dénonçaient les « opinions téméraires énoncées par Servet envers la Trinité et la nature divine. » Puis, après les premiers interrogatoires, voyant que Servet non seulement s’obstinait dans ses opinions, mais allait jusqu’à braver son autorité en l’accusant lui-même d’enseigner des doctrines erronées, il va laisser très clairement transparaître ses sentiments en défaveur de Servet.

Quel motif poussait les membres du Conseil à solliciter le préavis des Eglises et des gouvernements suisses?

D’abord, un pareil recours leur faisait gagner du temps et reculait le moment d’une décision qui leur répugnait et ils désiraient aussi éviter l’extrémité d’une condamnation capitale si ce gouvernements se prononçaient dans le sens de l’indulgence; si ces derniers, au contraire, préavisaient pour une solution rigoureuse, les juges genevois devaient se sentir soulagés en associant à la responsabilité de leur verdict les représentants officiels de la chrétienté réformées.

La vie de Servet dépendait donc beaucoup de la réponse qu’allaient formuler les différents gouvernements suisses. Celle-ci ne se fit pas attendre longtemps et tous sans exception se montrèrent prêts à approuver une sentence capitale si les autorités de Genève le jugeaient opportun. C’est ce qui arriva, puisqu’une semaine après la réponse des Eglises et des gouvernements, soit le 26 octobre, le Conseil formula son verdict. Le lendemain 27 octobre, après une dernière entrevue avec Calvin où celui-ci lui demanda de se repentir sans succès, Servet est brûlé sur l’échafaud ainsi que ses ouvrages.

S’il est incontestable que la très grande majorité des contemporains approuva la conduite tenue à l’égard de Servet par Calvin et les autorités genevoises, il faut cependant reconnaître que les réserves et les protestations ne firent pas complètement défaut.

Déjà le 16 septembre, quelques personnes, tout en détestant les doctrines de Servet, blâment le supplice qui lui a été infligé. Calvin, au lieu d’attendre que ces critiques s’amplifient à son égard, décide, après l’exécution, d’écrire un livre dans lequel il compte justifier le choix qui a été adopté contre Servet. Le livre s’intitulera: « Déclaration pour maintenir la vraie foy touchant la Trinité contre les erreurs de M. Servet par Jean Calvin, où il est monstré qu’il est licite de punir les hérétiques et qu’à bon droit ce meschant a été exécuté par justice en la ville de Genève ».

Mais cet ouvrage ne fit qu’amplifier les choses. A peine son écrit avait-il vu le jour que parut, en latin et en français, un manifeste éloquent en faveur de la tolérance. Ces protestations n’étaient certainement pas toutes inspirées par le bon sens ou une certaine humanité; mais on pourrait soupçonner que, chez beaucoup de ceux qui murmuraient, la jalousie à l’égard de Calvin et le désir de démolir sa crédibilité ne furent pas étrangers aux plaidoyers pour la liberté de conscience qui retentirent un peu partout.

La trop grande conviction de Servet de détenir la vérité, sa trop grande croyance d’être certainement un être prédestiné dans une foi qu’il croyait être juste l’aura mené à sa perte. Car à cette époque, un vent furieux d’intolérance soufflait alors, d’un bout à l’autre de la France en passant par la Suisse protestante; tous les regards des dignitaires ecclésiastiques et des magistrats étaient braqués sur les hérétiques.

     

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