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De
1800 à 1814,
l'Ordre connaît le plus grand succès
de son histoire. Zélés partisans de
l'Empereur, dont l'initiation est
improuvable mais dont la protection
est certaine, les francs-maçons sont
nombreux dans
les rangs de l'armée et dans le
corps des fonctionnaires. Par
la suite, le pouvoir politique issu
de la Restauration les fait
surveiller par sa police et, faute
d'un projet mobilisateur, ils
connaissent un faible recrutement et
peu d'activités. C'est seulement à
partir des années
1830 et 1840
que certaines loges commencent à
battre le rappel des frères, d'abord
en ordre dispersé, puis de manière
plus concertée.
Peu à peu sont
mises en avant des idées et des
pratiques nouvelles par rapport à
l'Ancien Régime: la nécessité
d'un rassemblement national de la
collectivité fraternelle (jusqu'en
1789, la plupart des francs-maçons
vivaient confinés dans leur orient
et dans les hiérarchies établies),
la publication de bulletins
d'information, l'organisation de
rencontres régionales (usages
inexistants, voire interdits, avant
1789) et surtout l'élaboration d'un
projet qui vise ouvertement à une
réforme profonde de la société
politique et civile. L'institution
maçonnique française reste instable,
tâtonnante, mais ne cherche pas à
freiner le mouvement de la société:
elle tend d'ailleurs à se développer
dans la petite et la moyenne
bourgeoisies. Au contraire, elle
l'accompagne activement, à l'instar
de la franc-maçonnerie italienne, et
à la différence des ordres
maçonniques anglo-saxons.
Franc-maçonnerie et politique
Dans la
France de
Louis-Philippe, puis de
la IIe République et de
Napoléon
III, les frères entrent
en apprentissage du métier de
citoyen. La
voie substituée
–
déviante par rapport à l'Art royal
traditionnel, ou régulier, que
prétend représenter la maçonnerie
anglaise –
est tracée: elle sera
démocratique,
républicaine et sociale. Elle
passera par un long combat pour la
laïcisation de la société et de
l'école, un combat sans merci contre
l'Église catholique, le plus
puissant des appareils idéologiques
opposés à l'unité nationale et
républicaine.
Les
«hussards noirs» de la Ligue de
l'enseignement allaient en découdre
avec les «légions noires du
cléricalisme et de la réaction»; les
croisés de l'Église de
Pie IX
ne feraient pas de quartier avec «les
chefs et les coryphées de la secte»
des francs-maçons qui, disait-on, se
réunissaient le vendredi saint pour
manger de la viande rouge. Les jours
du Grand Architecte de l'Univers,
sous les auspices duquel les
francs-maçons avaient jusque-là
travaillé, étaient comptés. En
reconnaissant à l'Ordre, au début de
la
révolution de
1848, la paternité de la
devise «Liberté,
Égalité, Fraternité»,
Lamartine
commettait une erreur historique.
Mais il liait ainsi symboliquement
l'avenir de l'Ordre et l'histoire de
la République, pour le meilleur et
pour le pire.
De 1848
jusqu'au début du XXe
siècle, la franc-maçonnerie
fonctionna comme un véritable
appareil politique et idéologique
dans le camp des
partis
républicains et anticléricaux,
notamment les partis radical et
socialiste. Par la suite, cette
fonction d'animation et de
régulation de la vie politique
devint moins importante, d'autant
que, après 1920,
la IIIe
Internationale obligea ses membres à
choisir entre l'adhésion au parti
communiste et l'appartenance
maçonnique. Les rumeurs de
ses «compromissions» avec la «gueuse»
– la IIIe
République –
n'en allèrent pas moins bon train
dans les milieux réactionnaires, qui
saluèrent la défaite de 1940 et
l'avènement du maréchal
Pétain
comme une «divine
surprise». En réglant la
question maçonnique, le gouvernement
de Vichy réglait son compte à la
République.
Restaurée à la fin de 1943 par le
Comité
français de libération nationale,
avec l'accord de
Charles de
Gaulle, la
franc-maçonnerie reprend son essor
après le retour au pouvoir du
général en 1958; elle connaît un
nouvel élan depuis 1981. Elle n'est
plus exclusivement de gauche, ni
unanimement anticléricale, et elle
s'ouvre quelque peu aux femmes.
Divisée en de nombreuses obédiences
(dont le Grand Orient de France, la
Grande Loge de France, le Droit
humain, la Grande Loge féminine de
France, la Grande Loge nationale
française, cette dernière étant la
seule obédience reconnue régulière
par la maçonnerie anglo-saxonne),
estimée dans les années 80 à
60 000
frères et sœurs,
la franc-maçonnerie française
continue d'attirer des humanistes
d'origines diverses.
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