ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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L'évolution de la Franc-Maçonnerie
 
 

De 1800 à 1814, l'Ordre connaît le plus grand succès de son histoire. Zélés partisans de l'Empereur, dont l'initiation est improuvable mais dont la protection est certaine, les francs-maçons sont nombreux dans les rangs de l'armée et dans le corps des fonctionnaires. Par la suite, le pouvoir politique issu de la Restauration les fait surveiller par sa police et, faute d'un projet mobilisateur, ils connaissent un faible recrutement et peu d'activités. C'est seulement à partir des années 1830 et 1840 que certaines loges commencent à battre le rappel des frères, d'abord en ordre dispersé, puis de manière plus concertée. Peu à peu sont mises en avant des idées et des pratiques nouvelles par rapport à l'Ancien Régime: la nécessité d'un rassemblement national de la collectivité fraternelle (jusqu'en 1789, la plupart des francs-maçons vivaient confinés dans leur orient et dans les hiérarchies établies), la publication de bulletins d'information, l'organisation de rencontres régionales (usages inexistants, voire interdits, avant 1789) et surtout l'élaboration d'un projet qui vise ouvertement à une réforme profonde de la société politique et civile. L'institution maçonnique française reste instable, tâtonnante, mais ne cherche pas à freiner le mouvement de la société: elle tend d'ailleurs à se développer dans la petite et la moyenne bourgeoisies. Au contraire, elle l'accompagne activement, à l'instar de la franc-maçonnerie italienne, et à la différence des ordres maçonniques anglo-saxons.

Franc-maçonnerie et politique

Dans la France de Louis-Philippe, puis de la IIe République et de Napoléon III, les frères entrent en apprentissage du métier de citoyen. La voie substituée déviante par rapport à l'Art royal traditionnel, ou régulier, que prétend représenter la maçonnerie anglaise est tracée: elle sera démocratique, républicaine et sociale. Elle passera par un long combat pour la laïcisation de la société et de l'école, un combat sans merci contre l'Église catholique, le plus puissant des appareils idéologiques opposés à l'unité nationale et républicaine. Les «hussards noirs» de la Ligue de l'enseignement allaient en découdre avec les «légions noires du cléricalisme et de la réaction»; les croisés de l'Église de Pie IX ne feraient pas de quartier avec «les chefs et les coryphées de la secte» des francs-maçons qui, disait-on, se réunissaient le vendredi saint pour manger de la viande rouge. Les jours du Grand Architecte de l'Univers, sous les auspices duquel les francs-maçons avaient jusque-là travaillé, étaient comptés. En reconnaissant à l'Ordre, au début de la révolution de 1848, la paternité de la devise «Liberté, Égalité, Fraternité», Lamartine commettait une erreur historique. Mais il liait ainsi symboliquement l'avenir de l'Ordre et l'histoire de la République, pour le meilleur et pour le pire.

De 1848 jusqu'au début du XXe siècle, la franc-maçonnerie fonctionna comme un véritable appareil politique et idéologique dans le camp des partis républicains et anticléricaux, notamment les partis radical et socialiste. Par la suite, cette fonction d'animation et de régulation de la vie politique devint moins importante, d'autant que, après 1920, la IIIe Internationale obligea ses membres à choisir entre l'adhésion au parti communiste et l'appartenance maçonnique. Les rumeurs de ses «compromissions» avec la «gueuse» la IIIe République n'en allèrent pas moins bon train dans les milieux réactionnaires, qui saluèrent la défaite de 1940 et l'avènement du maréchal Pétain comme une «divine surprise». En réglant la question maçonnique, le gouvernement de Vichy réglait son compte à la République. Restaurée à la fin de 1943 par le Comité français de libération nationale, avec l'accord de Charles de Gaulle, la franc-maçonnerie reprend son essor après le retour au pouvoir du général en 1958; elle connaît un nouvel élan depuis 1981. Elle n'est plus exclusivement de gauche, ni unanimement anticléricale, et elle s'ouvre quelque peu aux femmes. Divisée en de nombreuses obédiences (dont le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, le Droit humain, la Grande Loge féminine de France, la Grande Loge nationale française, cette dernière étant la seule obédience reconnue régulière par la maçonnerie anglo-saxonne), estimée dans les années 80 à 60 000 frères et sœurs, la franc-maçonnerie française continue d'attirer des humanistes d'origines diverses.

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Sources

- Paul NAUDON, Histoire générale de la franc-maçonnerie, Office du Livre 1987.

- Paul NAUDON, La franc-maçonnerie, Que Sais-je ? Octobre 1995.

- Guy CABOUDIN, Georges VIARD, Lexique historique de la France d'Ancien Régime, Armand Colin 1990.

- Nicolas Chalmin, Textes sur la Franc-Maçonnerie

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
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