ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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Objectifs, idéaux et organisation
 
 

Pour comprendre les objectifs de la franc-maçonnerie, il faut s'imaginer une confrérie spirituelle,  une franc-maçonnerie " spéculative "; ainsi que celle dite " opérative " et s'inspirant de la confrérie des bâtisseurs du Moyen-âge et de leur tradition. Pour les deux pasteurs Désagulier et Anderson, le but est de proposer d'abord à la société anglaise, puis au monde entier, un principe philosophique inédit. Ils ont réussi en respectant dans les textes fondateurs le mysticisme de l'époque, à séduire puis à réunir aussi bien des nobles, des bourgeois, des prêtres que des savants. La charte montre d'ailleurs sa déférence aux pouvoirs en place : " qu'un franc-maçon est un sujet pacifique, soumis aux pouvoirs civils du lieu où il réside et travaille; il ne doit jamais se mêler de complots et conspiration contre la paix et le bonheur de la nation ... ". Le profil du maçon moderne : " Un maçon est obligé par sa profession d'obéir à la loi morale, et s'il a une compréhension judicieuse de l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin anti-religieux; ... il suffit qu'ils soient bons et véridiques, gens d'honneur et de probité, quelles que puissent être les religions différentes auxquelles ils appartiennent; par là, la maçonnerie deviendra le centre de l'union et le moyen de créer une fraternité véritable entre des gens, qui, sans cela seraient restés divisés pour toujours. "

Nous trouvons dans ces mots une conception fédératrice du nouvel ordre qui doit constituer un mouvement attractif pour, comme l'a remarqué le poète maçon Lamartine : " réunir ce qui est épars et pour écarter tout ce qui peut diviser ". Il s'agit avant tout pour les maçons d'unir les hommes ce qui aboutira à la création de groupes fraternels. D'après Jacques Lafouge, grand maître du Grand Orient de France en 1996 : " La maçonnerie offre un certain nombre de points d'ancrage sur l'idée de liberté, de laïcité, sur l'homme, sur sa perfectibilité, sur le fait que l'on peut changer la société "; " Tous les maçons doivent oeuvrer à un changement de société que nous vouons plus juste et plus éclairée ".

Principes et idéal maçonniques

La franc-maçonnerie réunit des hommes des frères qui sont dits «francs» pour signifier l'affranchissement, réel ou idéal, des contraintes et des servitudes du monde profane acquis lors de l'initiation maçonnique. Être initié aux mystères de l'Art royal ou de l'Ordre autres manières de nommer la franc-maçonnerie signifie être admis à participer aux travaux de la loge, accéder à la connaissance des rituels, des gestes et du savoir maçonniques, jouir du plaisir de la sociabilité fraternelle, selon une hiérarchie stricte de grades et de préséances. Dans le temple maçonnique sont réputées régner la lumière et la sagesse, la droiture et la bienfaisance, toutes choses bonnes qui devraient être de ce monde s'il était à l'image de l'Ordre, et qu'il s'agit donc d'y diffuser: les maçons veulent bâtir le «Temple de l'humanité». Aussi le secret de l'appartenance et de la transmission initiatique du savoir maçonnique n'a-t-il cessé d'intriguer, d'attirer, voire d'inquiéter, depuis la création des premières loges au début du XVIIIe siècle. Particulièrement, les appareils politiques et idéologiques comme l'Église et l'État n'ont pu rester indifférents face à cette étrange institution. Si la franc-maçonnerie contemporaine reste à travers de multiples obédiences une organisation à vocation philanthropique universelle, qui veut travailler à l'amélioration matérielle, morale, intellectuelle et sociale de l'humanité, elle a dû évoluer, notamment en abandonnant le secret même si elle reste une organisation discrète, où l'on entre par cooptation et où l'on doit suivre une initiation. Surtout, l'effort des frères pour conformer le monde profane au modèle qu'ils veulent représenter a changé de sens au fil du temps. La franc-maçonnerie n'a pas eu raison du siècle: il ne faut pas chercher ici de révélations fracassantes sur les complots tramés dans les «arrière-loges» maçonniques.

Organisation

À l'époque des confréries de bâtisseurs du Xe siècle en Europe, formées autour des grands chantiers de cathédrales, les loges maçonniques apparaissaient comme de simples confréries de bâtisseurs et de tailleurs de pierre. Elles élevaient cathédrales et châteaux, avaient leurs secrets de métier et leurs règlements internes (Old Charges) exposés dans deux manuscrits: le Regius (1380) et le Cooke (1410). En Écosse, les Stuart les protégèrent et, à partir de 1600, leur permirent de s'adjoindre des gentlemen-masons parfois éminents, tels Boyle et Ashmole; ceux-ci finirent par transformer l'esprit de la confrérie en y introduisant des préoccupations ésotériques, héritées du mouvement pansophiste de la Renaissance. Parallèlement, les notions d'humanisme, de tolérance et de philanthropie se firent jour dans les loges; persécutées par Cromwell, elles contribuèrent à la restauration des Stuart (rôle du général Monk), incitèrent Charles II à promulguer sa Déclaration d'indulgence (1672) et se multiplièrent dans tout le Royaume-Uni. À la suite de la révolution de 1688, les jacobites exilés importèrent la franc-maçonnerie sur le continent et notamment en France (loges de Saint-Germain et d'Aubigny où fut initié, en 1737, le premier Grand Maître français). Les adeptes affluèrent et, comme le recrutement se faisait surtout dans l'aristocratie, les Écossais en exil trouvèrent ingénieux de constituer une multitude de hauts grades, où la légende templière servait de couverture aux aspirations du Prétendant et de ses artisans. Après l'échec de Culloden, en 1745, les jacobites cessèrent de contrôler les loges, qui évoluèrent soit vers un mysticisme transcendant, comme la Stricte Observance templière en Allemagne du Nord, les Élus Cohens à Lyon, les Illuminés d'Avignon et de Bavière, soit vers le libéralisme politique (Grand Orient et Grande Loge de France). Pendant ce temps, l'Angleterre, orangiste puis hanovrienne, créait ses propres ateliers, plus modestes; elle les rassembla en 1717 en une seule Obédience (fédération de loges), qui fut, à partir de 1725, régie par les Constitutions d'Anderson depuis lors acceptées par toute la maçonnerie régulière.

De nos jours, l'organisation subsiste. À la base sont les loges symboliques avec leurs apprentis, compagnons et maîtres. Au-delà, on trouve les hauts grades, relevant de deux organisations principales:

1. Le Rite écossais rectifié, fondé à Kohlo en 1772, ordre chevaleresque, chrétien et d'essence aristocratique.

2. Le Rite écossais ancien accepté, constitué à Charleston en 1802, ordre philosophique de tendance laïcisante et aux multiples grades (33), dont trois seulement sont généralement pratiqués.

L'enseignement spirituel maçonnique vise au perfectionnement spirituel et moral de l'homme par la pratique de rituels et d'un symbolisme séculaires. L'ordre réunit fraternellement et sur pied d'égalité des personnalités de premier plan et des adeptes très modestes. Dans la mesure de ses moyens, limités en pays latins mais très importants aux États-Unis et dans les pays nordiques, il fonde et entretient des institutions philanthropiques (hôpitaux, orphelinats, maisons de retraite, etc.) ou collabore avec les services sociaux des divers pays intéressés. Depuis le XIXe siècle, chacun peut prendre connaissance des secrets maçonniques: paroles, signes de reconnaissance, emblèmes, etc. Le seul secret qui existe en maçonnerie consiste dans l'impression subjective produite sur l'initié par les cérémonies auxquelles il assiste.

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Sources

- Paul NAUDON, Histoire générale de la franc-maçonnerie, Office du Livre 1987.

- Paul NAUDON, La franc-maçonnerie, Que Sais-je ? Octobre 1995.

- Guy CABOUDIN, Georges VIARD, Lexique historique de la France d'Ancien Régime, Armand Colin 1990.

- Nicolas Chalmin, Textes sur la Franc-Maçonnerie

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
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