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Âge Classique >>>
Le XVIIIe siècle |
Objectifs,
idéaux et organisation |
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Pour
comprendre les objectifs de la
franc-maçonnerie, il faut s'imaginer
une confrérie
spirituelle, une
franc-maçonnerie "
spéculative
"; ainsi que celle dite " opérative
" et s'inspirant de la confrérie des
bâtisseurs du Moyen-âge et de leur
tradition. Pour les deux pasteurs
Désagulier et Anderson, le but est
de proposer d'abord à la société
anglaise, puis au monde entier,
un principe
philosophique inédit. Ils
ont réussi en respectant dans les
textes fondateurs le mysticisme de
l'époque, à séduire puis à réunir
aussi bien des nobles, des
bourgeois, des prêtres que des
savants. La
charte montre d'ailleurs sa
déférence aux pouvoirs en place : "
qu'un
franc-maçon est un sujet pacifique,
soumis aux pouvoirs civils du lieu
où il réside et travaille; il ne
doit jamais se mêler de complots et
conspiration contre la paix et le
bonheur de la nation ... ". Le
profil du maçon moderne : "
Un maçon est
obligé par sa profession d'obéir à
la loi morale, et s'il a une
compréhension judicieuse de l'art,
il ne sera jamais un athée stupide
ni un libertin anti-religieux; ...
il suffit qu'ils soient bons et
véridiques, gens d'honneur et de
probité, quelles que puissent être
les religions différentes auxquelles
ils appartiennent; par là, la
maçonnerie deviendra le centre de
l'union et le moyen de créer une
fraternité véritable entre des gens,
qui, sans cela seraient restés
divisés pour toujours. "
Nous
trouvons dans ces mots une
conception
fédératrice du nouvel ordre
qui doit constituer un mouvement
attractif pour, comme l'a remarqué
le poète maçon Lamartine : "
réunir ce qui
est épars et pour écarter tout ce
qui peut diviser ".
Il s'agit
avant tout pour les maçons d'unir
les hommes ce qui aboutira à la
création de groupes fraternels.
D'après
Jacques Lafouge, grand
maître du Grand Orient de France en
1996 : " La
maçonnerie offre un certain nombre
de points d'ancrage sur l'idée de
liberté, de laïcité, sur l'homme,
sur sa perfectibilité, sur le fait
que l'on peut changer la société
"; " Tous les
maçons doivent oeuvrer à un
changement de société que nous
vouons plus juste et plus éclairée
".
Principes et idéal maçonniques
La
franc-maçonnerie réunit des hommes
– des
frères
– qui
sont dits «francs»
pour signifier
l'affranchissement, réel ou idéal,
des contraintes et des servitudes du
monde profane acquis lors de
l'initiation maçonnique. Être
initié aux mystères de l'Art
royal ou de
l'Ordre
– autres
manières de nommer la
franc-maçonnerie
–
signifie être admis à participer aux
travaux de la loge, accéder à la
connaissance des rituels, des gestes
et du savoir maçonniques, jouir du
plaisir de la sociabilité
fraternelle, selon une hiérarchie
stricte de grades et de préséances.
Dans le
temple maçonnique sont réputées
régner la
lumière et la sagesse, la droiture
et la bienfaisance, toutes
choses bonnes qui devraient être de
ce monde s'il était à l'image de
l'Ordre, et qu'il s'agit donc d'y
diffuser: les maçons veulent bâtir
le «Temple
de l'humanité». Aussi le
secret de l'appartenance et de la
transmission initiatique du savoir
maçonnique n'a-t-il cessé
d'intriguer, d'attirer, voire
d'inquiéter, depuis la création des
premières loges au début du XVIIIe
siècle. Particulièrement, les
appareils politiques et idéologiques
comme l'Église et l'État n'ont pu
rester indifférents face à cette
étrange institution.
Si la
franc-maçonnerie contemporaine reste
– à
travers de multiples obédiences
– une
organisation à
vocation philanthropique universelle,
qui veut travailler à l'amélioration
matérielle, morale, intellectuelle
et sociale de l'humanité, elle a dû
évoluer, notamment en
abandonnant le
secret –
même si elle reste une organisation
discrète, où l'on entre par
cooptation et où l'on doit suivre
une initiation. Surtout, l'effort
des frères pour conformer le monde
profane au modèle qu'ils veulent
représenter a changé de sens au fil
du temps. La
franc-maçonnerie n'a pas eu raison
du siècle:
il ne faut pas
chercher ici de révélations
fracassantes sur les complots tramés
dans les «arrière-loges»
maçonniques.
Organisation
À
l'époque des
confréries de bâtisseurs du Xe
siècle en Europe, formées autour des
grands chantiers de cathédrales, les
loges maçonniques apparaissaient
comme de
simples confréries de bâtisseurs et
de tailleurs de pierre. Elles
élevaient cathédrales et châteaux,
avaient leurs secrets de métier et
leurs règlements internes (Old
Charges) exposés dans deux
manuscrits: le
Regius (1380)
et le
Cooke (1410). En
Écosse, les
Stuart les protégèrent et, à
partir de 1600, leur permirent de
s'adjoindre des gentlemen-masons
parfois éminents, tels Boyle et
Ashmole; ceux-ci finirent par
transformer l'esprit de la confrérie
en y introduisant des préoccupations
ésotériques, héritées du mouvement
pansophiste de la Renaissance.
Parallèlement, les notions
d'humanisme,
de tolérance
et de
philanthropie se firent jour
dans les loges; persécutées par
Cromwell,
elles contribuèrent à la
restauration des Stuart (rôle du
général Monk), incitèrent
Charles II
à promulguer sa
Déclaration
d'indulgence (1672) et se
multiplièrent dans tout le
Royaume-Uni. À la suite de la
révolution de
1688, les jacobites
exilés importèrent la
franc-maçonnerie sur le continent et
notamment en France (loges de
Saint-Germain et d'Aubigny où fut
initié, en 1737, le premier Grand
Maître français). Les adeptes
affluèrent et, comme le recrutement
se faisait surtout dans
l'aristocratie, les Écossais en exil
trouvèrent ingénieux de constituer
une multitude
de hauts grades, où la
légende templière servait de
couverture aux aspirations du
Prétendant et de ses artisans. Après
l'échec de Culloden, en 1745, les
jacobites cessèrent de contrôler les
loges, qui évoluèrent soit vers un
mysticisme transcendant, comme la
Stricte Observance templière en
Allemagne du Nord, les Élus Cohens à
Lyon, les Illuminés d'Avignon et de
Bavière, soit vers le libéralisme
politique (Grand Orient et Grande
Loge de France). Pendant ce temps,
l'Angleterre, orangiste puis
hanovrienne, créait ses propres
ateliers, plus modestes; elle les
rassembla en 1717 en une seule
Obédience (fédération de loges), qui
fut, à partir de 1725, régie par les
Constitutions d'Anderson depuis lors
acceptées par toute la maçonnerie
régulière.
De nos jours, l'organisation
subsiste. À la base sont les loges
symboliques avec leurs
apprentis, compagnons
et maîtres. Au-delà, on
trouve les hauts grades, relevant de deux organisations
principales:
1. Le
Rite écossais rectifié, fondé à Kohlo en 1772,
ordre chevaleresque, chrétien et d'essence aristocratique.
2. Le
Rite écossais ancien accepté, constitué à
Charleston en 1802, ordre philosophique de tendance laïcisante
et aux multiples grades (33), dont trois seulement sont
généralement pratiqués.
L'enseignement spirituel
maçonnique vise au perfectionnement
spirituel et moral de l'homme par la pratique de rituels et
d'un symbolisme séculaires. L'ordre réunit
fraternellement et sur pied d'égalité des personnalités de
premier plan et des adeptes très modestes. Dans la mesure de
ses moyens, limités en pays latins mais très importants aux
États-Unis et dans les pays nordiques, il fonde et entretient
des institutions philanthropiques (hôpitaux, orphelinats,
maisons de retraite, etc.) ou collabore avec les services
sociaux des divers pays intéressés. Depuis le XIXe
siècle, chacun peut prendre connaissance des secrets
maçonniques: paroles, signes de reconnaissance, emblèmes, etc.
Le seul secret qui existe en maçonnerie
consiste dans l'impression subjective produite sur l'initié
par les cérémonies auxquelles il assiste.
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