ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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Définition et origine
 
 

Dans " Les Constitutions des francs-maçons, contenant l'histoire, les devoirs, les règles de cette antique et vénérable fraternité ", la franc-maçonnerie est présentée comme la novation, dans une continuité spirituelle, d'une institution qui se perd dans la nuit des temps. Pour mieux comprendre, lisons un extrait :

" Adam, notre premier père, créé à l'image de Dieu, le Grand Architecte de l'Univers, doit avoir eu les sciences libérales, et en particulier la géométrie, gravée dans son coeur ... Cette science est devenue la base de tous les arts, en particulier l'architecture et la maçonnerie. De notre père Adam, cette science passe à ses fils ... Caïn fut un maçon éminent ...Puis la maçonnerie s'installa dans l'Empire romain, parvint en Angleterre où les Saxons avaient une disposition à la liberté et à la philosophie. Les temps modernes lui redonnèrent toute la splendeur qu'elle avait connue aux temps les meilleurs...".

Nous voyons donc que l'on attribue à la franc-maçonnerie une origine biblique, avant de la faire entrer dans l'histoire anglaise, via le bassin méditerranéen. Pour définir ces fameuses Constitutions, on parlera ici d'une nouvelle bible, dédiée à Dieu, le Grand Architecte de l'Univers. L'initiation à la franc-maçonnerie s'appuie sur la tradition et celle-ci " remonte à Dieu lui-même, et part de l'époque du chaos. Dieu créa la lumière; conséquence, Dieu est le premier franc-maçon " (Moreau L'Univers maçonnique 1837). Ajoutons à cela quelques lignes d'Olivers écrites en 1823 : " des traditions maçonniques anciennes disent que notre société existait avant la création de ce globe terrestre, à travers les divers systèmes solaires ".

Le Livre des Constitutions et les vieilles chartes dont il fait la compilation sont riches en légendes. La plupart d'entre elles sont d'origine biblique comme le Manuscrit Cooke qui fait intervenir des personnages de l'Ancien Testament. Il est une légende qui touche à l'histoire et qui revêt une grande importance, du moins spirituelle, dans certains rites maçonniques : celle qui attribue les origines de la franc-maçonnerie à l'Ordre des Templiers. L'existence de ces légendes est une manière de dire que la franc-maçonnerie a toujours existé et que sa vocation est l'universalité du genre humain, à travers le temps et l'espace. Pour la mise en oeuvre de l'initiation qui confère l'état de franc-maçon, les rituels ordonnançant les cérémonies sont composés sur des légendes d'inspiration biblique, qui touchent à l'édification du Temple de Jérusalem par les soins du roi Salomon. La spiritualisation de cette construction est le fondement de l'enseignement maçonnique.

L'origine de la franc-maçonnerie est obscure. Certains la font remonter aux cérémonies initiatiques de l'Égypte et de la Grèce antiques tels les mystères d'Éleusis , auxquelles ses rites symboliques sont apparentés. Le christianisme des premiers siècles a également développé, avec les gnostiques, des formes d'initiation ritualisée permettant d'accéder à la connaissance des mystères divins, à l'illumination intérieure. On peut voir une filiation directe entre les gnostiques et les alchimistes, occultistes, illuminés et autres membres de la Rose-Croix qui ont fleuri au Moyen Âge puis aux Temps modernes. Cette filiation est moins aisée à établir pour les francs-maçons, héritiers directs, en revanche, des confréries de bâtisseurs qui se sont formées à partir du Xe siècle en Europe, autour des grands chantiers de cathédrales.

Il est certain que la franc-maçonnerie moderne s'est greffée sur les anciennes associations nées au Moyen-âge et à la Renaissance. Mais celles-ci avaient elles-mêmes une ascendance remontant à la plus haute antiquité où on trouve la trace de groupements professionnels ( en particulier les constructeurs chez les Egyptiens et les Grecs mais nous retiendrons surtout les collegia d'artisans romains où le travail revêtait un caractère sacré ). Tous les actes de la vie se confondaient avec la religion. Aussi, le collegia avait-il comme but essentiel la célébration d'un culte puisque le travail était pour tous l'image de la création des êtres et des choses par la divinité. L'essence du collegia était donc d'ordre religieux.

A partir des XIe et XIIe siècles, la société évolue et se transforme avec l'immigration des artisans dans les lieux fortifiés. Une autre forme juridique d'associations, qui permet à cette époque aux travailleurs manuels de constituer des groupements autonomes, fut la guilde, caractéristique des pays germaniques. Confréries ou guildes, ces associations d'abord religieuses, puis de protection et d'assistance, élargirent peu à peu le cercle de leurs attributions et s'élevèrent au rang de véritables corps professionnels. A partir du XIIIe, on voit se développer sous la tutelle de l'Eglise des confréries d'artisans privilégiés (échappant aux redevances). Ce sont les " francs-mestiers ". En vieux français le mot " franc " qualifiait ce qui était libre par rapport à ce qui était servile, mais aussi tout individu qui échappait aux servitudes. A cette époque, l'ordre qui fut surtout à l'origine des francs-métiers est celui du Temple. Il s'agit du maintien de la communauté des francs-maçons avec la transmission de leurs rites traditionnels, touchant à une époque où le bon exercice du métier revêtait un caractère sacré et initiatique. C'est au XVIIIe seulement que nous verrons les maçons spéculatifs, curieux d'ésotérisme, introduire dans leur franc-maçonnerie des doctrines et légendes attribuées au Temple.

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Sources

- Paul NAUDON, Histoire générale de la franc-maçonnerie, Office du Livre 1987.

- Paul NAUDON, La franc-maçonnerie, Que Sais-je ? Octobre 1995.

- Guy CABOUDIN, Georges VIARD, Lexique historique de la France d'Ancien Régime, Armand Colin 1990.

- Nicolas Chalmin, Textes sur la Franc-Maçonnerie

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
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