Dans
" Les Constitutions des
francs-maçons, contenant l'histoire, les devoirs, les règles
de cette antique et vénérable fraternité ", la
franc-maçonnerie est présentée comme la novation, dans une
continuité spirituelle, d'une institution qui se perd dans la
nuit des temps. Pour mieux comprendre, lisons un extrait :
" Adam,
notre premier père, créé à l'image de Dieu, le Grand
Architecte de l'Univers, doit avoir eu les sciences libérales,
et en particulier la géométrie, gravée dans son coeur ...
Cette science est devenue la base de tous les arts, en
particulier l'architecture et la maçonnerie. De notre père
Adam, cette science passe à ses fils ... Caïn fut un maçon
éminent ...Puis la maçonnerie s'installa dans l'Empire romain,
parvint en Angleterre où les Saxons avaient une disposition à
la liberté et à la philosophie. Les temps modernes lui
redonnèrent toute la splendeur qu'elle avait connue aux temps
les meilleurs...".
Nous
voyons donc que l'on attribue à la
franc-maçonnerie une
origine
biblique, avant de la faire
entrer dans l'histoire anglaise, via
le bassin méditerranéen. Pour
définir ces fameuses Constitutions,
on parlera ici d'une nouvelle bible,
dédiée à Dieu, le Grand Architecte
de l'Univers.
L'initiation à la franc-maçonnerie
s'appuie sur la tradition et
celle-ci "
remonte à Dieu lui-même, et part de
l'époque du chaos. Dieu créa la
lumière; conséquence, Dieu est le
premier franc-maçon " (Moreau
L'Univers maçonnique
1837). Ajoutons à cela quelques
lignes d'Olivers écrites en 1823 : "
des traditions
maçonniques anciennes disent que
notre société existait avant la
création de ce globe terrestre, à
travers les divers systèmes solaires
".
Le
Livre des Constitutions
et les vieilles chartes dont il fait
la compilation sont riches en
légendes. La plupart d'entre elles
sont d'origine biblique comme le
Manuscrit Cooke qui fait
intervenir des personnages de
l'Ancien Testament. Il est une
légende qui touche à l'histoire et
qui revêt une grande importance, du
moins spirituelle, dans certains
rites maçonniques : celle qui
attribue les origines de la
franc-maçonnerie à l'Ordre des
Templiers. L'existence de ces
légendes est une manière de dire que
la franc-maçonnerie a toujours
existé et que sa vocation est
l'universalité du genre humain, à
travers le temps et l'espace. Pour la
mise en oeuvre de l'initiation qui
confère l'état de franc-maçon, les
rituels ordonnançant les cérémonies
sont composés sur des légendes
d'inspiration biblique, qui touchent
à l'édification du Temple de
Jérusalem par les soins du roi
Salomon. La spiritualisation de
cette construction est le fondement
de l'enseignement maçonnique.
L'origine de
la franc-maçonnerie est obscure.
Certains la font remonter aux
cérémonies initiatiques de l'Égypte
et de la Grèce antiques
– tels
les
mystères d'Éleusis
–,
auxquelles ses rites symboliques
sont apparentés. Le christianisme
des premiers siècles a également
développé, avec les gnostiques, des
formes d'initiation ritualisée
permettant d'accéder à la
connaissance des mystères divins, à
l'illumination intérieure. On peut
voir une filiation directe entre les
gnostiques et les alchimistes,
occultistes, illuminés et autres
membres de la Rose-Croix qui ont
fleuri au Moyen Âge puis aux Temps
modernes.
Cette filiation est moins aisée à
établir pour les francs-maçons,
héritiers directs, en revanche, des
confréries de bâtisseurs qui se
sont formées à partir du Xe
siècle en Europe, autour des grands
chantiers de cathédrales.
Il est
certain que la franc-maçonnerie
moderne s'est greffée sur les
anciennes associations nées au
Moyen-âge et à la Renaissance. Mais
celles-ci avaient elles-mêmes une
ascendance remontant à la plus
haute
antiquité où on trouve la
trace de groupements professionnels
( en particulier les constructeurs
chez les Egyptiens et les Grecs mais
nous retiendrons surtout les
collegia d'artisans romains où
le travail
revêtait un caractère sacré
). Tous les actes de la vie se
confondaient avec la religion.
Aussi, le collegia avait-il
comme but essentiel la célébration
d'un culte puisque le travail était
pour tous l'image de la création des
êtres et des choses par la divinité.
L'essence du collegia était
donc d'ordre religieux.
A partir
des XIe et XIIe
siècles, la société évolue et se
transforme avec l'immigration des
artisans dans les lieux fortifiés.
Une autre forme juridique
d'associations, qui permet à cette
époque aux travailleurs manuels de
constituer des groupements
autonomes, fut la guilde,
caractéristique des pays
germaniques.
Confréries ou guildes, ces
associations d'abord religieuses,
puis de protection et d'assistance,
élargirent peu à peu le cercle de
leurs attributions et s'élevèrent au
rang de véritables
corps
professionnels. A partir
du XIIIe, on voit se développer sous la
tutelle de l'Eglise des confréries
d'artisans privilégiés (échappant
aux redevances). Ce sont les " francs-mestiers ". En vieux français
le mot " franc " qualifiait ce qui
était libre par rapport à ce qui
était servile, mais aussi tout
individu qui échappait aux
servitudes. A cette époque, l'ordre
qui fut surtout à l'origine des
francs-métiers est celui du
Temple. Il
s'agit du maintien de la communauté
des francs-maçons avec la
transmission de leurs rites
traditionnels, touchant à une époque
où le bon exercice du métier
revêtait un caractère sacré et
initiatique. C'est au
XVIIIe seulement que nous verrons les
maçons spéculatifs, curieux
d'ésotérisme, introduire dans leur
franc-maçonnerie des
doctrines et
légendes attribuées au Temple.