LE FASCISME

Refusant le libéralisme issu de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, le fascisme se caractérisa par la mise en place d'un Etat totalitaire à parti unique, la négation de la lutte des classes par le corporatisme, un nationalisme exalté et l'obéissance absolue à un chef charismatique, exemple typique de l'état que mis en place Mussolini en Italie de 1922 à 1945. L'usage du mot s'est étendu à l'ensemble des régimes dictatoriaux de droite.

 

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Introduction au dossier

 
 

Quelles furent les origines, les idéologies des différents fascismes européens ; le fascisme italien est-il comparable aux autres totalitarismes que furent ceux des états allemands et soviétiques ou à celui des dictatures de Franco, Salazar, Horthy (en Hongrie) ? Quelles furent les circonstances de l’émergence de tels régimes ? Que dire du particularisme du fascisme italien ? Comment comprendre le cas Matteotti ? Quelle était la personnalité du Führer allemand et celle du Duce ? Dans cette première partie de cours, qui sera complété par la suite, nous allons nous intéresser d’abord aux diverses conditions qui furent favorables, ou supposées telles, à la création des états totalitaires d’Europe.

I. Le pourquoi de l’émergence du fascisme.

A) Les facteurs sociaux et politiques

La démocratie allemande de Weimar, est née de la défaite de 1918 et elle est par conséquent associée à cette défaite dans l’imagerie populaire, qui fait facilement la liaison entre le régime et l'humiliation allemande subit lors de la première guerre, c’est là l’un des facteurs politiques primordial de l’ascension du Parti National-Socialiste d’Adolf Hitler. En ce qui concerne la démocratie italienne du président Giolitti; d’une part elle est fortement corrompue et d’autre part, comme en Allemagne, le mécontentement général, le sentiment de la "victoire mutilée" offrirent un terrain propice au développement d'un nouveau mouvement politique porteur de sentiments nationalistes exacerbés. Eurent encore du poids dans la balance les "réussites" anciennes et glorieuses que furent celle de Napoléon ler, Bismark, Garibaldi, et que l’on veut alors imiter et reproduire et qui ne sont donc certainement pas étrangères au développement de théories expansionnistes et nationales. Il en est de même en ce qui concerne les insuffisances du traité de Versailles de 1918 et les frustrations qu'éprouvaient, d'une part les anciens combattants, mais aussi d'autre part la nation entière . C'est aussi la montée politique des classes moyennes, avec le déclin simultané des aristocraties traditionnelles, qui chamboule la conception même que l'on a de la société.

Le peuple se rapproche du pouvoir par le suffrage universel, en Italie en 1919, et par les médias de masse comme la presse et bientôt la radio. La mobilisation générale joua aussi comme un élan de nationalisme, une forme assez "bizarre" d'espoir en un hypothétique « renouveau », ou du moins en un salvateur changement. Sont aussi lourd de conséquences la tradition des partis factieux, anarchiques et virulents ; le revirement de certains socialistes déçus comme le fut Mussolini (c'est de là que vient le nom assez opportuniste de "national-socialisme".). L’attitude radicale de la gauche qui boycotte tout centre, toute participation à des gouvernements d'union nationale. Par cette attitude la gauche suit les conseils léninistes de Staline mais, à côté de cela l’attitude de la gauche non communiste est cassante et, il faut le rappeler, elle a appuyé la déclaration de guerre de 1914.

On l’a facilement compris les sociétés européennes sont confrontées aux bouleversements de la seconde révolution industrielle :

- L’économie capitaliste est bouleversée : les changements  technologiques, les nouvelles sources d’énergie (électricité, pétrole), les nouveaux secteurs industriels (chimiques, machines-outils), la concentration géographique et sociale qu’impose la production de masse.

- La fusion entre le capital bancaire et le capital industriel.

Evidement cette situation ne s’applique pas à tous les états européens, ou en tout cas pas au même moment. Mais quelles sont les conséquences de cet état de fait ?

- Formation des ententes financières et industrielles.

- Concentration des fortunes, création de puissants empires

- Déshumanisation des rapports entre l’homme et son travail mais aussi entre les hommes au travail.

- Accentuation de l’exode rural ; déracinement profond.

- Constat d’impuissance devant la nouvelle complexité du marché et de l’économie.

- La notion de l’état change, il se fait une interpénétration croissante entre politique et économie, l’état devient un partenaire privilégié, l’état est sensiblement en train de devenir un outils au main des financiers.        

C’est bien une époque charnière que celle que nous décrivons, l’Histoire subit alors une brusque accélération.

B) Les facteurs économiques:

L'hyper-inflation en 1920 fait descendre la petite-bourgeoisie au niveau du prolétariat, générant une immense frustration, et la désolidarisant de la république de Weimar, qui est, rappelons-le, une démocratie imposée par les Alliés, donc par les ennemis de 14. Par là dessus la décomposition catastrophique du mark en 1923. La crise de 1929 qui a frappé les Etats-Unis et qui s’étend durant les deux années qui suivent à tous les pays capitalistes n’a pas de précédent dans le monde capitaliste contemporain. En Allemagne, elle ébranle les élites dirigeantes et lui font perdre le soutien de la majorité. Au plus fort de la crise le chômage touche 13 millions de personne aux Etats-Unis (1 actif sur 4), 6 millions en Allemagne et 2 millions en Grande-Bretagne (environ). Ce sera, comme au lendemain de la première guerre mondiale, le fascisme qui se nourrira du désarroi des classes moyennes. En Europe c’est l’Allemagne et l’Autriche qui auront le plus durement ressenti la crise. La dette de guerre allemande et italienne a des effets déflationnistes et dépresseurs, en plus de créer objectivement un argument revanchard. Les fascistes s'opposent aux démocraties libérales des vainqueurs de 1918 qui sont perçus comme des spoliateurs des peuples allemand et italien. La radio et sa nouvelle puissance de séduction (due à sa nouveauté) crée un public politique homogène de masse, facilement excitable, manipulable.

C) Les facteurs culturels.

Le rigorisme autoritariste catholique qu’il soit italien, espagnol, bavarois ou calviniste. Horthy qui en Hongrie restaura à partir de 1920 un régime ultra conservateur ; Horthy retira de son alliance avec l’Italie et l’Allemagne de substantiels avantages territoriaux, mais il finira par être arrêté par les SS et déporté, à la fin de la guerre il se réfugia au Portugal où il mourut en 1949. Le mysticisme chrétien qui prône l’obéissance à un chef divinisé ; les thèses d’Ignace de Loyola (1491-1556, fondateur de la Compagnie de Jésus dont la mission était la reconquête catholique des pays protestants), Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582, réforma l’ordre des Carmélites, qui fut, notons-le au passage, la première femme à être proclamée docteur de l’église, en 1970) car en effets ces croyants mystiques sont des modèles dans cette société traditionnelle, ils entretiennent une relation "fasciste" (attention, notez bien les guillemets) avec la divinité, dans le sens que c’est une relation d'obéissance aveugle. Les Jésuites ont comme mot d'ordre pour leurs membres perinde ac cadaver (obéir comme un cadavre). On pourrait presque dire que finalement l’Église a éduqué les peuples dans un moule pré-fasciste, disons au moins autoritaire. L’honneur reste plus ou moins sauf lorsque Pie XI (Achille Ratti de son vrai nom, pape de 1922 à 1939) condamne l'hitlérisme, mais il le condamne car il est jugé comme un néo-paganisme, la condamnation n’est donc pas véritablement celle que l’on aurait été en droit d’attendre de l’Eglise...Certains n’hésitent d’ailleurs pas à dire que l'Église s'est fait acheter par les $80millions versés par Mussolini lors des accords du Latran (11 février 1929). Face au nazisme, on reprochera de manière encore plus virulente l’attitude de Pie XII (Eugenio Pacelli de son vrai nom, pape de 1939 à 1958) dont le silence sera pour le moins compromettant, il souhaitait en effet garder une « impartialité officielle », soulignons tout de même qu’il donna asile à de nombreux juifs. Son rôle reste pourtant diversement jugé.

Le romantisme européen qui revendiquait la libération de l’inspiration et le « culte du moi », gonflé dans une totale "Hybris" (démesure) qui sera à la base du comportement et du psychisme des chefs fascistes. Les artistes romantiques étaient d’ailleurs souvent engagés dans les combats de l’époque, notamment pour l’émancipation des peuples et les mouvements d’indépendance nationale. En Italie le romantisme fut, par exemple, étroitement lié au mouvement nationaliste du Risorgimento. Le système scolaire est aussi en cause, il est tout imprégné par les études militaires, la religion dont on a vu que dans une certaine mesure elle enseignait la docilité et la soumission aux autorités. L'autoritarisme généralisé, qui va jusqu'à la répression sexuelle, courante à l'époque, de tradition religieuse mais que les fascistes vont conserver. Ils dénaturent la morale sexuelle traditionnelle en forçant des couples à faire des enfants vigoureux pour la patrie.

L’individu ne réussit pas à vivre sous une direction socio-politique de type libéral après l'effondrement des régimes royal et impérial, les populations avaient pris « l’habitude » d’être dirigé de manière intransigeante, le recours au fascisme était peut-être un moyen subsidiaire de retrouver cet autoritarisme. En Italie le mouvement futuriste fondé par Marinetti (Manifeste du futurisme, 1909), valorise le machisme, le modernisme destructif des valeurs traditionnelles et l'exaltation du mythe de la vitesse, Marinetti voit la violence comme "hygiène du monde". Le futurisme disparut vers 1916 ; un second futurisme vit le jour après la Première  Guerre mais il n’eut jamais l’unicité créatrice du premier groupe. Des auteurs comme Proudhon, George Sorel et Marinetti font l’apologie du bellicisme. Pour mieux comprendre le contexte  auquel le fascisme s’identifiait il suffit de savoir ce que signifie le mot "fascisme" ; il vient des bouts de bois assemblés et ficelés (faisceaux) aux bouts desquels sortaient des haches et que portaient les serviteurs du préteur paradant dans l'ancienne Rome. En tant que responsable de l'application des lois, ce préteur détenait sur tous un droit de vie et de mort. Ce symbole représente bien l'idéal fasciste ambigu: ordre et violence. Le slogan: "Un peuple, un État, un Chef" souligne la volonté fasciste de fondre collectivité et individualité.

La définition communément admise du fascisme est la suivante : idéologie politique qui préconise un redressement national dans l'ordre inégalitaire, voire le racisme, et dans la soumission à un parti unique, dans l'agression extérieure par le nationalisme. Il est anti-libéral, réactionnaire, anti-parlementaire, anti-démocratique, anti-socialiste. Une sorte de royauté sans droit divin et sans dynastie par le sang; une tyrannie populiste. C’est d’abord au régime italien que le mot s’appliqua, puis son usage s’est étendu à l’ensemble des régimes dictatoriaux.

II. Mais qu’est-ce qui caractérise le mouvement fasciste ?

A) D’un point de vue politique:

Le principe de la lutte est mis en avant dans Mein Kampf, seul livre écrit par Hitler et qui signifie en français Mon Combat, sa théorie est celle de l'espace vital; elle a pour corollaire l'idée de l'inégalité foncière des hommes. "L'histoire est faite par les minorités" dit Hitler. Mussolini met en avant la primauté de l'État. Hitler, lui, parle plutôt de la primauté de la Nation. Tous deux partagent l’idée que le sang des martyrs est à la base de la réussite de toute cause: Mussolini dit: "Nous avons fait la révolution la plus sanglante de l'histoire" comme si ce sang versé donnait du prix à son entreprise… Primauté de l'irrationnel: "Croire, obéir, combattre" dit Mussolini. "J'existe en vous, vous existez en moi", dit Hitler. Mépris de l'intellectuel et du spécialiste, surtout chez Hitler. Primauté de l'action sous influence des anarchistes, d'où la quasi absence de programme pour annoncer vraiment où ils vont:

"Tous les programmes sont vains, ce qui importe, c'est la volonté humaine" dit Hitler.

"Notre doctrine, c'est le fait" écrit Mussolini.

B) D’un point de vue économique:

Utilisation de l'État comme agent puissant dans l'économie, c’est l’application du Keynésianisme qui préconise l’intervention du gouvernement pour assurer le plein-emploi par une politique de stimulation de la consommation: Il est indéniable que la grande réussite des fascistes fut la résorption du chômage, cette capacité à certainement poussé nombre de gens vers le fascisme seul type de gouvernement alors capable d’offrir ce qu’une grande partie des gens attendaient : du travail. Mais comment les fascistes ont-ils réussi ce tour de force ?  D’abord par la course aux armements, la réorientation du civil vers l’armée, par les grandes constructions d’état, comme le furent les autoroutes ou l’assèchement de marécages en Italie; la politique de l’état est nataliste, sa politique économique autarcique. L'État est interventionniste, voire dirigiste: Charte du Travail en 1924; Grève et lock-out interdits; Monopole syndical ; Arbitrage étatique obligatoire; Corporatisme (en Italie chaque groupe socio-économique important est représenté directement au Parlement qui, en fait, est tout aux ordres du Duce.)  Bref, défendre l'Occident contre l'industrialisation; défendre l'homme contre la grande ville et contre la machine. Pour les fascistes le signe visible que l'Occident est dégénéré est cet art nouveau (dadaïsme, cubisme, art abstrait, expressionnisme) qu’ils trouvent juif, décadent, "dégénéré" est leur expression méprisante envers l'art moderne.

C) D’un point de vue culturel:

Rejet du rationalisme, du libéralisme et de la méthode scientifique, et du réalisme historico-économique. Priorité au pragmatisme, sans a priori, ni but lointain. C'est la volonté de puissance nietzschéenne: se surpasser, se dépasser, aller aux limites des volontés aventurières et violentes de l'homme. Néo-paganisme exalté et brutal. La supériorité de l'intuition sur la raison. "Une atmosphère particulière d'excitation et de délire"; d'où émerge le mythe de l'homme nouveau, viril, sportif, déterminé. L'art fasciste aime le musclé. Et les chefs sont des écrivains, de formation autodidacte... Retour aux mythes antérieurs: puissance romaine, dieux wagnériens. Puritanisation des mœurs par l'héroïsme et le corps en santé, qui est vu comme réservoir d'énergie vitale. Une sombre poésie de la discipline. L'architecture fasciste affectionne le colossal, le théâtral.

III : Quels sont les moyens d’action des fascistes ?

Ce sont souvent des actions violentes: bagarres de rue, assassinats sélectifs contre les opposants ou les gêneurs: Dollfuss (homme politique autrichien qui lutta contre le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne, c’est le 25 juillet 1934 que des SS autrichiens pénétrèrent dans la chancellerie et l’assassinèrent), Röhm (qui fut le chef d’état-major des Sections d’assaut (SA), il fut assassiné sur ordre de Hitler pendant la Nuit des Longs Couteaux, pendant laquelle plus de 200 personnalités trouvèrent la mort), Matteotti (secrétaire général du ps italien, assassiné le 10 juin 1924); la nuit de Cristal contre les Juifs, la Nuit des Longs Couteaux contre les SA, bref on voit le genre de méthode… Du côté d’Hitler recherche de la légitimité par la caution d'Hindenburg, par l'élection, par l'assentiment royal dans le cas de Mussolini. Parti unique. Police politique parallèle: SA en chemises brunes, puis SS en chemises noires. Dénonciations des adultes par les enfants, encadrement de la jeunesse. Camps de concentrations (Dachau dès juin 1933). Politique antiféministe, nataliste. Corps officiel de doctrine. Concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul homme et de ses dévoués directs. Pastiches néo-religieux. Je crois que là on a mis en avant les traits les plus marquants…

Conclusion

Quoi qu’il en soit Chabod soulignait qu’il en était de  même de l’Allemagne avant Hitler que de l’Italie préfasciste : « elle porte en elle les germes de la dictature et du totalitarisme, mais il ne s’agit que d’une virtualité parmi d’autres. ». L’histoire des deux pays nous aide certes à comprendre les événements qui se passeront en Europe depuis la funeste année 1933, mais le résultat de cette évolution historique n’était pas inéluctablement le fascisme. L’école de Francfort (Adorno, Fromm), nous explique l’essor du national-socialisme en mettant en avant le rôle des structures familiales en Allemagne, dont on connaît alors l’extrême rigidité, qui prônent un «culte de la personnalité» envers le père, chef tout puissant de la famille, de là découlerait la docilité des masses allemandes. Certes les thèses, bien plus détaillées qu’évoquées ci-dessus, d’Adorno et de Fromm ne sont pas sans intérêts, mais notons d’une part que cette situation est loin d’être unique dans l’Europe du XIXème et qu’elle ne peut à elle seule expliquer l’émergence du nazisme. C’est pourtant peut-être l’une des causes, mais je ne crois pas que ce soit une cause primordiale. Peut-être que trop de variables sont en jeux pour pouvoir en désignées une et une seule comme responsable de ce que l’on appelle le FASCISME. Il n’est pas possible de considérer le fascisme comme quelque chose de simple à expliquer, d’en donner une explication, une cause, une raison. Il existe des variantes, des étapes dans le fascisme ; il n’y a pas un fascisme mais plusieurs.

 
 
 
 

Bibliographie

- Revue l'Histoire: Les fascistes no 235.

- J.Légaré, Texte sur le fascisme.

- P.Milza, Les fascismes.

- Dictionnaire Historique. D.Vallaud.

 
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