LE FASCISME

Refusant le libéralisme issu de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, le fascisme se caractérisa par la mise en place d'un Etat totalitaire à parti unique, la négation de la lutte des classes par le corporatisme, un nationalisme exalté et l'obéissance absolue à un chef charismatique, exemple typique de l'état que mis en place Mussolini en Italie de 1922 à 1945. L'usage du mot s'est étendu à l'ensemble des régimes dictatoriaux de droite.

 

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L'Europe dans Mein Kampf

 
 

A la suite du « putsch de la brasserie » tenté par Hitler et ses troupes du Parti national-socialiste des ouvriers allemands le 8 novembre 1923, celui-ci est emprisonné à la forteresse de Landsberg, condamné en avril 1924 à seulement cinq ans d’internement avec la perspective d’une libération anticipée. C’est dans une cellule plus que confortable – puisque le Führer y tient une véritable cour, recevant de nombreuses visites et présidant repas et débats politique sous les plis d’un drapeau à croix gammée – que Hitler entreprend de compléter sa culture politique par des lectures mais surtout de consolider et de rationaliser sa vision du monde par la rédaction d’un ouvrage situé entre mémoires militants et manifeste programmatique, convaincu qu’il est d’avoir pour mission de sauver l’Allemagne de la décadence. Mein Kampf, « mon combat », doit ainsi fixer ses idées politiques et ses ambitions par un exposé ample et clair. Il dicte à Rudolf Hess, qui est l’un de ses codétenus, le premier volume de l’ouvrage, qui paraît en juillet 1925. 

Largement autobiographique, il présente sur un mode triomphaliste la jeunesse, la guerre et l’entrée en politique d’Adolf Hitler. Le second tome, qu’il écrivit peu après sa libération et qui parut en novembre 1926, traite plus longuement de ses idées sur la nature de l’Etat « raciste », des questions d’idéologie, de propagande et d’organisation, pour se terminer par une présentation de ses conceptions en matière de politique étrangère.

Intégrer un tel ouvrage à notre recherche généalogique des différents avatars de l’Europe politique est pour le moins ambigu, tant rétrospectivement la figure d’Adolf Hitler s’impose comme la référence répulsive contre laquelle l’Europe que nous connaissons aujourd’hui s’est construite. Qu’il soit considéré comme la source annonciatrice de la plus grande tragédie du siècle ou comme le délire d’un homme incarnant le mal absolu, Mein Kampf apparaît comme l’antithèse de la communauté européenne qui, à partir des années 1950, s’est édifiée sur l’entente entre la France et la démocratie allemande. Si les prétentions de Hitler ont effectivement sonné le glas des espoirs européens des années 1920, si en radicalisant jusqu’à son extrême limite le nationalisme allemand, il a retardé les projets d’union pacifique, on ne saurait oublier la dimension européenne de ses visées expansionnistes.

L’Europe comme terrain d’affrontement

Le rejet de tout idéalisme pacifique

Autant le dire tout de suite, la vision du monde d’Hitler est dénuée de toute sensibilité européenne, au sens de sentiment d’appartenance à une communauté pacifique d’intérêts communs. Selon lui, les relations entre les Etats européens reflètent des rapports de force et n’évoluent qu’en fonction de leurs intérêts particuliers. Il montre ainsi qu’il ne faut attacher aucun prix à l’amitié que témoignent à l’Allemagne des étrangers, quels qu’ils soient. Un homme d’Etat, qu’il soit anglais, italien ou américain, si amical que soit son langage et alors même qu’il serait sincère, ne peut travailler que pour son propre pays, et nullement pour l’Allemagne dont l’intérêt bien compris, pour Hitler, passe avant toute autre considération. Dans un paragraphe intitulé « Pas de sentimentalité en politique », Hitler entend donc alerter ses lecteurs contre la fiction du droit international, laquelle ne fait que figer provisoirement des relations de domination ; dans cette perspective:

 « les frontières de l’Allemagne sont des limites fortuites et momentanées au cours de l’éternelle lutte politique ; il en est de même des frontières délimitant l’habitat des autres peuples. Et tout comme la configuration de notre surface terrestre ne peut apparaître immuable comme le granit qu’à un étourdi imbécile – alors qu’en réalité chaque instant ne nous montre de sa constante évolution qu’une apparente immobilité, fruit du travail incessant des forces de la nature, détruite ou changée demain par des forces plus puissantes – il en est de même dans la vie des peuples, des frontières qui les séparent ».

Mein Kampf développe ainsi une conception de l’existence imprégnée de darwinisme social et transposée par Hitler en une lutte titanesque entre les nations. Les relations internationales voient les nations les plus fortes éliminer les plus faibles. « L’humanité, dit-il, a grandi dans la lutte perpétuelle, la paix perpétuelle la conduirait au tombeau » ; dénonçant le projet de paix kantien, il s’oppose vigoureusement à l’idéalisme des Lumières. S’il y a un droit, il est enseigné par la nature, c’est celui du plus puissant, selon lequel « une nation qui veut être grande a droit à toutes les terres qui peuvent lui être nécessaires, et ce droit se transforme en un devoir quand  l’extension de son territoire devient pour elle une condition d’existence ».A ce sujet, il ne fait pas mystère de ses intentions belliqueuses et de son hostilité à l’ « esprit de Genève » : « nous ne pourrons rentrer en possession des territoires perdus ni par des invocations solennelles adressées au Tout-Puissant, ni par les espoirs pieux qu’on fonde sur une Société des Nations, mais seulement par la force des armes ».Hitler entend donc mener une politique extérieure résolument réaliste, se référant à Bismarck, non pas pour reproduire son système européen, mais pour favoriser le Reich allemand avec la virtuosité cynique propre au Chancelier de Fer. De ce point de vue, si l’Allemagne peut s’allier à un autre pays, c’est par une communauté d’intérêts provisoire offrant la perspective de parvenir à ses fins propres.

La lutte des « races »

La scène internationale, et, a fortiori, le terrain européen, est le lieu d’un affrontement entre des races différentes luttant pour leur propre conservation. Même s’il ne le formule pas explicitement, Hitler voit dans l’Europe de son temps un continent en pleine décadence du fait du métissage des races qui s’y déroule. Déjà, durant sa jeunesse à Vienne, le cosmopolitisme de la capitale autrichienne lui inspire la plus profonde aversion : « Le conglomérat de races que montrait la capitale de la monarchie, tout ce mélange ethnique de Tchèques, de Polonais, de Hongrois, de Ruthènes, de Serbes, et de Croates, etc., me paraissait répugnant, sans oublier le bacille dissolvant de l’humanité, des Juifs et encore des Juifs ».

Hitler montre ainsi que le brassage des sangs, les mélanges ethniques mettent en danger la supériorité de la civilisation européenne, civilisation qui est l’œuvre de la race aryenne, dont les Allemands sont les seuls représentants authentiquement purs. Il considère les Slaves comme une race inférieure vouée à se soumettre à la domination de la « race des seigneurs » qui, pour assurer sa survie, doit mettre en esclavage les peuples situés le plus bas dans sa hiérarchie raciale. Les Juifs, peuple apatride qui gangrène la nation allemande, tentent également d’imposer leur domination sur le monde (selon Hitler, « le Juif prépare l’attaque qui lui permettra de conquérir le monde. Il constate que les Etats européens sont déjà dans ses mains des instruments passifs, qu’il les domine par le détour de la démocratie occidentale ou bien directement par le bolchevisme russe ») ; ils doivent donc être éliminés, bien qu’Hitler ne précise pas en quoi consiste cette élimination. Seuls les Anglais, qui sont issus de la race des Germains, ont quelques valeur à ses yeux, au même titre que les Italiens, mais on verra que cette proximité affichée est seulement stratégique.

La supériorité de la race aryenne est également menacée par l’étroitesse de son cadre de vie et par l’éparpillement de ses éléments. La forte croissance de la population allemande légitime ses prétentions territoriales car il est logique, selon lui, que la race supérieure dispose des ressources nécessaires pour accomplir sa mission civilisatrice. Dès lors, « la politique extérieure de l’Etat raciste doit assurer les moyens d’existence sur cette planète de la race que groupe l’Etat, en établissant un rapport sain, viable et conforme aux lois naturelles entre le nombre et l’accroissement de la population d’une part, l’étendue et la valeur du territoire d’autre part ». L’idée est qu’il s’agit de régénérer une civilisation en perdition par le déclenchement d’une guerre des races débouchant sur la domination du peuple allemand. Hitler est ainsi convaincu qu’il lui revient de promouvoir un vaste conflit racial censé remédier au « déclin de l’occident ». Mais il existe un préalable nécessaire à cette entreprise : la réunion de toutes les populations allemandes au sein d’un Reich unifié, d’où les revendications encore implicites dans Mein Kampf, concernant la Prusse orientale ou les Allemands des Sudètes.

 L’« ennemi héréditaire » : la France .

La France offre selon lui l’exemple le plus flagrant de cette décadence qui affecte le continent européen et menace de faire disparaître la race aryenne. Il explique que si la nation française est encore à compter parmi les puissances mondiales, le métissage qu’elle laisse se développer en son sein contribue à augmenter son potentiel militaire mais risque de modifier dangereusement la physionomie des peuples et du continent européen : « son envahissement par les nègres fait des progrès si rapides que l’on peut vraiment parler de la naissance d’un Etat africain sur le sol de l’Europe (…). Si l’évolution de la France se prolongeait encore trois cents ans dans son style actuel, les derniers restes du sang franc disparaîtraient dans l’Etat mulâtre africano-européen qui est en train de se constituer : un immense territoire de peuplement autonome s’étendant du Rhin au Congo, rempli de la race inférieure qui se forme lentement sous l’influence d’un métissage prolongé ». Dénonçant enfin le rôle que le peuple français laisse jouer aux Juifs, il en vient à conclure que celui-ci « met sourdement en danger (…) l’existence de la race blanche en Europe ».

Son hostilité viscérale à l’égard de la France s’inscrit assez logiquement dans la traditionnelle rivalité qui oppose les deux pays. Enthousiasmé par le déclenchement de la guerre en 1914, Hitler ne cache pas le dégoût que lui inspire le Diktat de Versailles, qui a permis à la France de construire son hégémonie en Europe et qui, en réclamant d’importantes réparations, affaiblit la nation allemande. Dès lors, l’enjeu structurant des rapports de force sur le continent européen est cette pression que la France exerce naturellement, selon ses intérêts, sur l’Allemagne : « Je ne croirai jamais à une modification des projets que la France nourrit à notre égard ; car ils ne sont, au fond, que l’expression de l’instinct de conservation de la nation française. Si j’étais français et si, pas conséquent, la grandeur de la France m’était aussi chère que m’est sacrée celle de l’Allemagne, je ne pourrais et ne voudrais agir autrement que ne le fait, en fin de compte, un Clemenceau. La nation française, qui meurt lentement, non pas tant par la dépopulation que par la disparition progressive des meilleurs éléments de la race, ne peut continuer à jouer un rôle important dans le monde qu’en démolissant l’Allemagne ». Dès lors, selon lui, l’affrontement avec la France, qu’il qualifie d’ennemi mortel et impitoyable du peuple allemand, est nécessaire et inéluctable. On aurait pourtant tort de voir dans ce conflit la quintessence d’un projet européen souhaité par Hitler ; conscient qu’un grand nombre de ses concitoyens partagent ces vues, il n’insiste pas particulièrement sur ce point ; tout au plus voit-il dans une guerre avec la France un « règlement de comptes » qui ne serait qu’un préalable à un projet plus large, donnant une ampleur inédite à la puissance allemande.

Une volonté d’expansion et d’hégémonie continentale

La conquête de l’Est comme but suprême

Hitler tente à plusieurs reprises de clarifier les grandes lignes de ses ambitions européennes. Pour scandaleux qu’il soit, le traité de Versailles ne saurait être simplement révisé car une telle revendication ne fait que renouer avec un passé peu glorieux. Si, pour lui, le Diktat imposé par les vainqueurs du conflit mondial est un événement essentiel en ce qu’il peut éveiller le sentiment national allemand, il ne doit en aucun cas servir de référence négative au projet hitlérien. De même, la volonté de rétablir les frontières de 1914 manque singulièrement de souffle ; il s’agit là, selon lui, d’une « insanité politique » et même d’un « véritable crime » car les frontières du Reich, en 1914, étaient rien moins que logiques du fait qu’elles ne groupaient pas tous les hommes de nationalité allemande et qu’elles n’étaient pas rationnelles au point de vue stratégique. Hitler a manifestement revu ses espoirs à la hausse : alors que de 1919 à 1923 il était un partisan acharné du retour aux anciennes frontières, il s’évertue dans son ouvrage à railler cette revendication à courte vue et s’efforce de présenter une perspective qu’il veut beaucoup plus grandiose.

Ayant légitimé la domination de la race aryenne sur les autres peuples, il justifie le principe d’une expansion territoriale du peuple allemand en invoquant sa supériorité raciale et la menace de famine qui pèse sur une population en pleine croissance. Pour résoudre cette contradiction, Hitler présente une alternative simple : l’Allemagne peut soit se lancer dans une politique coloniale et commerciale rivalisant avec la Grande Bretagne et nécessitant une alliance avec la Russie, soit une politique d’expansion orientale contre les Russes mais en s’alliant les Anglais. Il opte pour la seconde solution en raison de la haine que lui inspire le bolchevisme, dans lequel il voit une entreprise juive. Il est en outre encouragé dans cette voie par son analyse de la diplomatie anglaise : sa réaction à l’occupation de la Ruhr a montré que la Grande Bretagne, soucieuse de préserver un équilibre continental, a tout intérêt à favoriser l’Allemagne pour contrecarrer la puissance française. L’expansion vers l’Est lui permet enfin de renouer avec les projets de pangermanistes continentalistes de la fin du XIXè tels que Paul de Lagarde ou Constantin Frantz et de ressusciter le mythe d’une « Mitteleuropa » dont la puissance serait capable de compenser une position stratégique défavorable.

« L’Allemagne, dit-il, sera une puissance mondiale ou bien elle ne sera pas. Mais pour devenir une puissance mondiale, elle a besoin de cette grandeur territoriale qui lui donnera, dans le présent, l’importance nécessaire et qui donnera à ses citoyens les moyens d’exister ». Or, cette expansion doit se porter sur les vastes terres largement inexploitées qui se trouvent à l’est de l’Allemagne : « si nous parlons aujourd’hui de nouvelles terres en Europe, nous ne saurions penser d’abord qu’à la Russie et aux pays limitrophes qui en dépendent » écrit-il. Le but d’une telle expansion consiste en la mise en esclavage des populations slaves, l’élimination des Juifs et l’exploitation systématique par des colons des espaces orientaux afin de fournir un « espace vital », un Lebensraum, au peuple allemand ; l’objectif à long terme est clair : « Nous comptons aujourd’hui quatre-vingt millions d’Allemands en Europe. On ne pourra considérer notre politique étrangère comme bien conduite que si, en moins de cent ans, deux cent cinquante millions d’Allemands peuvent vivre sur ce continent, non pas entassés comme les serfs qui travaillent dans les fabriques du Nouveau-Monde, mais en paysans et ouvriers qui assurent réciproquement leur existence par leur labeur ». La conquête d’un Lebensraum à l’Est, condition indispensable à la construction d’un Reich pour mille ans, devient ainsi l’objectif fondamental de la stratégie hitlérienne qui ne vise rien moins que la place dominante sur le continent européen.

Un « plan par étapes »

Hitler ne conçoit pas la mise en œuvre d’une telle politique sans disposer d’alliés puissants. Il pense alors à un véritable partage des tâches au niveau planétaire. Soucieux de ménager la Grande Bretagne, il réserve à la puissance anglaise la colonisation de territoires outre mer. Le second pays allié auquel songe Hitler est l’Italie fasciste dont il admire la politique intérieure de répression et qu’il entend séduire en lui laissant les mains libres en Méditerranée et en renonçant à réclamer l’intégration à l’Allemagne des populations germanophones du Tyrol du sud. L’Allemagne disposerait ainsi des soutiens nécessaires à une politique continentale dont elle aurait le monopole car, dit-il, « la plus grande puissance mondiale et un jeune Etat national florissant offriraient d’autres ressources, pour une guerre européenne, que les cadavres d’Etat pourris avec lesquels l’Allemagne s’était alliée dans la dernière guerre ».

Le relèvement de l’Allemagne et son accession au rang de puissance mondiale doivent, selon Hitler, être opérés progressivement en trois moments. Il importe en premier lieu d’assurer une consolidation intérieure de l’Allemagne par une politique de réarmement, de répression contre toute opposition intérieure et par la conclusion d’alliances avec la Grande Bretagne et l’Italie. La deuxième étape doit être une guerre contre la France afin de remédier à sa prépondérance européenne et disposer « d’une couverture de nos arrières pour l’extension en Europe de notre habitat ». La dernière étape, celle qui doit permettre l’avènement de la puissance allemande et l’hégémonie de la race aryenne en Europe, consiste en une guerre de conquête contre la Russie bolchevique, guerre dont la victoire ne fait aucun doute selon Hitler, du fait de l’inaptitude des Juifs (des bolcheviks) à gouverner un Etat.

Une postérité problématique : divagation mégalomane ou véritable programme ?

La question du rôle joué par la vision hitlérienne de l’Europe future exposée dans Mein Kampf dans la définition de la politique extérieure du Troisième Reich soulève d’importants problèmes d’interprétations. Certains historiens dits intentionnalistes, comme Alan Bullock,  voient dans Hitler chancelier un tyran tout puissant qui décide seul de sa politique étrangère mais qui élabore une tactique largement improvisée dont le caractère opportuniste compense le flou des ambitions. Les programmologues comme Andreas Hillgruber partagent ce point de vue tout en affirmant que les intentions de Hitler procèdent d’une logique interne, d’un programme défini pour faire de l’Allemagne la principale puissance d’Europe continentale ; ils insistent donc sur l’importance de la Weltanschauung hitlérienne telle qu’elle figure dans Mein Kampf et estiment que le Führer ne fera que se conformer aux conceptions dogmatiques qui y figurent. Les historiens dits structuralistes mettent en relief les pressions et les contraintes exercées par des acteurs multiples et auxquelles Hitler a dû se soumettre pour définir, au coup par coup, une politique extérieure, ce qui revient là encore à relativiser la portée de Mein Kampf dans l’élaboration de l’Europe nazie. Pour l’historien Martin Broszat enfin, le fait que Hitler n’ait pas, jusqu’en 1939, d’idée arrêtée sur la Pologne, alors que la situation géographique de ce pays aurait dû en faire un élément central de tout plan concret d’attaque de l’Union soviétique, illustre le caractère nébuleux, vague et fondamentalement utopique du projet européen de Hitler. La conquête d’un Lebensraum à l’Est joua selon lui le rôle d’une métaphore idéologique, d’un symbole de combat justifiant une activité débordante à l’extérieur jusqu’à ce que cette perspective devienne, pendant le conflit mondial, envisageable. Quoi qu’il en soit, la vision de l’Europe présentée par Hitler dans Mein Kampf est devenue, de fait, un leitmotiv récurrent de la politique extérieure des nazis : quand le chancelier allemand doit, en mars 1940, expliquer à son allié Mussolini les raisons qui l’ont poussé à conclure le pacte germano-soviétique, il cite des passages de son ouvrage.

Au total, même si son projet n’est pas exempt de lacunes et de contradictions, Hitler présente dans Mein Kampf une vision de l’Europe à la fois cohérente et homogène inspirant  une aversion certes légitime mais qui ne doit pas occulter son caractère intelligible. Il semble même que ce projet d’expansion continentale soit, dans l’idéologie hitlérienne, la théorie la plus aboutie, car si Hitler a pu, pendant les années de guerre, caresser le rêve d’une domination mondiale, cette vision demeure une invocation mobilisatrice. Si les théories énoncées dans Mein Kampf n’ont pas systématiquement guidé sa politique ultérieure, l’ouvrage, écoulé en 1945 à dix millions d’exemplaires pour la seule Allemagne, a incontestablement popularisé le thème d’une Europe nouvelle régénérée par une guerre raciale et soumise à une puissance allemande étendue à l’Est. Il convient sans doute de prendre en compte les dangers d’une vision téléologique et rétrospective qui verrait dans les ambitions européennes de Mein Kampf un programme définitif qui, par la suite, aurait été scrupuleusement suivi par Hitler, mais il semble que, déjà, les principes supérieurs de son action sont fixés.

L’Europe dans Mein Kampf d’Adolf Hitler (Nouvelles éditions latines), citations :

p.137-138, augmentation de la population mondiale, risque de famine, nécessité de conquérir des territoires pour assurer la survie de la race : « Personne ne peut mettre en doute que l’existence de l’humanité ne donne lieu un jour à des luttes terribles. En fin de compte, l’instinct de conservation triomphera seul, instinct sous lequel fond, comme neige au soleil de mars, cette prétendue humanité qui n’est que l’expression d’un mélange de stupidité, de lâcheté et pédantisme suffisant. L’humanité a grandi dans la lutte perpétuelle, la paix perpétuelle la conduirait au tombeau ».

p.389, « l’Etat n’est pas un but, mais un moyen. Il est bien la condition préalable mise à la formation d’une civilisation humaine de valeur supérieure, mais il n’en est pas la cause directe. Celle-ci réside exclusivement dans l’existence d’une race apte à la civilisation ».

p.567, « Voici quelle est, en général, la différence caractéristique entre la politique du Reich actuel et celle d’autrefois : l’ancien Reich faisait régner la paix à l’intérieur et montrait sa force au dehors, tandis que la République montre sa faiblesse vis-à-vis de l’étranger et opprime les citoyens à l’intérieur ».

p.605, « la politique étrangère elle-même n’est que le moyen de parvenir à un but et ce but consiste exclusivement à travailler en faveur de notre peuple ».

p.617, « L’examen le plus réaliste et le plus froid de la situation européenne montre que ces deux Etats : l’Angleterre et l’Italie, sont, en première ligne, ceux dont les intérêts particuliers les plus naturels ne sont pas, ou sont en dernière analyse le moins lésés, par les conditions nécessaires à l’existence d’une nation allemande, et que ces intérêts concordent même jusqu’à un certain point avec cette existence ».

p.621, à propos de la France : « Ce peuple, qui tombe de plus en plus au niveau des nègres, met sourdement en danger, par l’appui qu’il prête aux Juifs pour atteindre leur but de domination universelle, l’existence de la race blanche en Europe ».

p.624, « Il faut pourtant arriver à se rendre compte que nous ne pourrons rentrer en possession des territoires perdus ni par des invocations solennelles adressées au Tout-Puissant, ni par les espoirs pieux qu’on fonde sur une Société des Nations, mais seulement par la force des armes ».

p.636, « Pendant que l’Angleterre fait tous ses efforts pour conserver sa position dans ce monde, le Juif prépare l’attaque qui lui permettra de conquérir ce même monde. Il constate que les Etats européens sont déjà dans ses mains des instruments passifs, qu’il les domine par le détour de la démocratie occidentale ou bien directement par le bolchevisme russe ».

p.640, « La politique extérieure de l’Etat raciste doit assurer les moyens d’existence sur cette planète de la race que groupe l’Etat, en établissant un rapport sain, viable et conforme aux lois naturelles entre le nombre et l’accroissement de la population d’une part, l’étendue et la valeur du territoire d’autre part ».

p.642, à propos des puissances mondiales : « La France même doit être comptée au nombre de ces Etats. Non seulement du fait qu’elle complète son armée, dans une proportion toujours croissante, grâce aux ressources des populations de couleur de son gigantesque empire, mais aussi du fait que son envahissement par les nègres fait des progrès si rapides que l’on peut vraiment parler de la naissance d’un Etat africain sur le sol de l’Europe (…). Si l’évolution de la France se prolongeait encore trois cents ans dans son style actuel, les derniers restes du sang franc disparaîtraient dans l’Etat mulâtre africano-européen qui est en train de se constituer : un immense territoire de peuplement autonome s’étendant du Rhin au Congo, rempli de la race inférieure qui se forme lentement sous l’influence d’un métissage prolongé ».

p.647, « la prétention de rétablir les frontières de 1914 est une insanité politique par ses proportions et ses conséquences, qui la révèlent comme un véritable crime. Soit dit sans compter que les frontières du Reich, en 1914, étaient rien moins que logiques. En réalité, elles ne groupaient pas tous les hommes de nationalité allemande et elles n’étaient pas non plus rationnelles au point de vue stratégique ».

p.649, à propos du programme de rétablissement des frontières de 1914 : « si on l’obtenait vraiment, ce résultat serait encore tellement misérable que, vrai Dieu ! il ne vaudrait pas la peine de mettre de nouveau en jeu le sang de notre peuple (…). Car il ne saurait faire question pour personne que le rétablissement des frontières 1914 ne puisse être atteint sans verser de sang ».

p.649, « les temps sont changés depuis le congrès de Vienne : ce ne sont plus les princes et les maîtresses des princes qui marchandent les frontières des Etats, mais c’est maintenant l’inexorable Juif cosmopolite qui combat pour la domination des autres peuples. Aucun d’eux ne peut écarter cette main de sa gorge autrement que par le glaive ».

p.651-652, à propos du nécessaire règlement de comptes avec la France : « On ne saurait l’interpréter que comme une couverture de nos arrières pour l’extension en Europe de notre habitat ».

p.653, à propos de la Russie bolchevique  et de ses dirigeants « juifs » qui, dans ce pays, ont remplacé la traditionnelle « classe dirigeante germanique » : « le juif ne saurait, à la longue, maintenir le puissant Etat. Lui-même n’est pas un élément organisateur, il n’est qu’un ferment de décomposition. L’Etat gigantesque de l’Est est mûr pour l’effondrement ».

p.660, « nous devons voir dans le bolchevisme russe la tentative des Juifs au vingtième siècle, pour conquérir la domination mondiale ».

p.660, à propos du Juif, « son instinct de domination mondiale ne s’éteindra qu’avec lui (…). Il poursuivra donc toujours son chemin fatal, jusqu’à ce que s’oppose à lui une autre force qui, en une lutte titanesque, renvoie à Lucifer celui qui monte à l’assaut du ciel ».

p.662, « Le testament politique de la nation allemande pour son attitude à l’extérieur doit être à jamais le suivant :

Ne permettez jamais que se forment en Europe deux puissances continentales. Dans toute tentative d’organiser aux frontières de l’Allemagne une deuxième puissance militaire – ne fût-ce que sous la forme d’un Etat susceptible d’acquérir une telle puissance – voyez une attaque contre l’Allemagne. Considérez que c’est non seulement votre droit, mais votre devoir d’empêcher, par tous les moyens et au besoin par les armes, la constitution d’un tel Etat. S’il existe déjà, détruisez-le. Veillez que la source de la puissance de notre pays ne soit pas dans des colonies, mais en Europe, dans le sol de la patrie. Ne tenez pas jamais le Reich comme garanti tant qu’il n’aura pu donner, pour des siècles, à chaque rejeton de notre peuple, sa parcelle du sol. N’oubliez jamais que le droit le plus sacré en ce monde est le droit à la terre que l’on veut cultiver soi-même, et que le plus saint des sacrifices est celui du sang versé pour elle ».

p.664, pour une alliance avec L’Angleterre et L’Italie : « La plus grande puissance mondiale et un jeune Etat national florissant offriraient d’autres ressources, pour une guerre européenne, que les cadavres d’Etat pourris avec lesquels l’Allemagne s’était alliée dans la dernière guerre ».

p.664, « Toute puissance est aujourd’hui notre allié naturel, ; qui considère avec nous, comme insupportable, la passion d’hégémonie de la France sur le continent. Aucune démarche vis-à-vis de ces puissances ne doit nous paraître trop dure, aucun renoncement ne doit nous paraître impossible, si nous avons finalement la possibilité d’abattre l’ennemi qui nous hait si rageusement ».

p.673, « Nous comptons aujourd’hui quatre-vingt millions d’Allemands en Europe. On ne pourra considérer notre politique étrangère comme bien conduite que si, en moins de cent ans, deux cent cinquante millions d’Allemands peuvent vivre sur ce continent, non pas entassés comme les serfs qui travaillent dans les fabriques du Nouveau-Monde, mais en paysans et ouvriers qui assurent réciproquement leur existence par leur labeur ».

p.677, « Pas plus qu’une hyène ne lâche une charogne, un marxiste ne renonce à trahir sa patrie ».

p.677-678, à propos de l’influence des marxistes sur les ouvriers allemands : « Si l’on avait, au début et au cours de la guerre, tenu une seule fois douze ou quinze mille de ces Hébreux corrupteurs du peuple sous les gaz empoisonnés que des centaines de milliers de nos meilleurs travailleurs de toute origine et de toutes professions ont dû endurer sur le front, le sacrifice de millions d’hommes n’eût pas été vain ».

 
 
 
 
 
 
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