ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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Sommaire >>> Histoire de l'Antiquité  >>> La crise de l'Empire

L'Empire à la fin du IIIe siècle
 
 

Les résultats d’un siècle de guerres et d’invasions 

Les pertes et les destructions sont considérables

De Marc Aurèle à Dioclétien, soit sur environ 120 ans, il y eut plus de 70 années de troubles causés par les Barbares, les Parthes et les Perses, dont plus de 40 ans de guerre continues. L’ensemble de l’Empire n’était certes pas touché de façon égale, et l’on ne saurait parler, comme à d’autres époques, de levée en masse ou de mobilisation générale, car les conditions n’étaient pas les mêmes. Ajoutons que de 193 à 284 se succédèrent environ 70 empereurs légitimes ou non, parmi lesquels environ 25 durent être combattus par la force. Durant la même période, on peut estimer que 15 à 20 guerres civiles opposèrent des troupes et des chefs romains. On peut dès lors imaginer sans difficultés les pertes et les destructions qui s’en suivirent. Aux maux de la guerre, il faut joindre la peste rapportée d’Orient sous Marc Aurèle et qui sévit 20 ans. Elle réapparut encore en 251 pour vingt ans encore. Malaria et tremblements de terre venant compléter le tableau. Quelques exemples de régions perdues ou ruinées pour longtemps :

-          Bretagne : Sous Commode, l’abandon du mur d’Antonin reporte la frontière sur celui d’Hadrien.

-          Champs décumates : occupés par les Alamans sous Gallien.

-          Dacie : submergé au temps de Gallien et officiellement évacuée par Aurélien.

-          Gaules : ravagées par les incursions de 257 et 275-277.

De plus les guerres entraînent le brigandage et la piraterie, bref l’insécurité s’étend.

Les conséquences immédiates

C’est d’abord le phénomène de dépopulation. A son apogée, l’Empire comptait 70 millions d’habitants, chiffre qui tombe à 50 millions à la fin du IIIe siècle (ce ne sont que des approximations). L’appauvrissement général de la population est également évident. Les invasions et les troubles ont également profondément perturbé la vie économique.  Une tendance au repliement, à l’autarcie se fait sentir au détriment des échanges. Il faut cependant distinguer les divers secteurs économiques. La production d’ensemble est donc en diminution, et plus particulièrement dans le domaine de l’agriculture. La disette est en ce siècle aussi endémique que la peste.

La politique impériale

La réquisition des moyens matériels.

Les pertes furent lourdes au temps des guerres marcomanniques et le recrutement s’élargit sous les Sévères. Le volontariat se faisait rare et l’octroi de la citoyenneté à presque tous les habitants de l’empire a tari le recrutement des pérégrins avides de promotion sociale. Un nouveau système fut mis en place : les propriétaires furent contraints de fournir des colons choisis parmi leurs cultivateurs, ce qui on ‘sen doute n’améliore pas la qualité du soldat. C’était une sorte d’exactions fiscales. Et l’on s’oriente de plus en plus vers un recrutement barbare ; cependant la base du recrutement légionnaire demeure romaine. Le ravitaillement et l’entretien de cette armée exigent la mobilisation croissante des ressources de l’Etat. Mais tout s’aggrave au IIIe siècle : L’armée est désormais équipée et entretenue aux frais des particuliers. Tout le nécessaire est fourni par les collectivités locales et convoyé à leurs frais. Chaque groupe de provinces, en Gaule, en Europe centrale et en Orient, pourvoyant aux besoins de ses propres troupes. Ainsi s’explique, en partie du moins, le séparatisme qui donna naissance à l’Empire gaulois de Postumus et au royaume palmyrénien. Inutile de dire combien cette réquisition des biens nuisit à l’ensemble de l’économie du monde romain, d’autant plus qu’il y faut joindre la mobilisation des personnels.

Le renforcement du pouvoir impérial.

Entre Marc Aurèle et Dioclétien se serait opéré le passage, selon la terminologie ancienne, du principat au dominat, c’est-à-dire la quasi-magistrature du princeps au pouvoir absolu d’un maître (dominus). Mais c’est un faux problème : En effet, tous les aspects monarchiques que l’on prête au dominat existaient ou étaient en germe dès la fondation de l’empire. Il n’y eut au IIIe siècle ni mutation brusque ni révolution, mais simplement une accélération sensible de la marche de l’évolution. Il n’est pas besoin de mettre en cause la volonté des gouvernants, il suffit de se rappeler les terribles conditions extérieures et intérieures qui imposent à un Empire en danger de mort les mesures les plus drastiques. Dans ces conditions le Sénat était condamné. Les empereurs sont désignés par l’armée, sauf circonstances particulières. Le cursus officiel se simplifie : seuls demeurent la questure, la préture et le consulat, dont les titulaires se bornent à offrir les jeux au peuple. Les cas de collégialité se multiplient (Marc Aurèle - Lucius Verus ; Marc Aurèle - Commode ; Septime Sévère - Caracalla – Géta ; Pupien - Balbin ; Gordien I et II ; Valérien - Gallien… ). Que la monarchie militaire du IIIe siècle soit militaire, point n’est besoin de le démontrer. Cet aspect militaire est un élément de faiblesse tout autant que de force : aucune dynastie n’eut le temps de se fonder. Mais, avec les armées, ce fut sans doute l’armature bureaucratique qui sauva l’Empire. L’administration a poursuivi sa tâche au prix de lourdes souffrances pour les citoyens.

L’idéologie impériale au IIIe siècle.

On a pu soutenir que l’idéal profond des Sévères et même de leurs successeurs du IIIe siècle était toujours celui de l’Empire éclairé et humanistique des Antonins. Mais sous la double pression des faits et de la militarisation du régime, un nouveau type d’empereur tend à se définir, à la fois héritier des tendances sévériennes et annonciateur des principes mundi de la tétrarchie. Tout semble exalter de plus en plus la monarchie absolue, à laquelle ne doit pas manquer la protection divine. On verra plus loin combien les tendances syncrétistes et monothéistes du siècle ont été utilisées à leur profit par certains empereurs.

Les classes sociales au IIIe siècle

Les difficultés économiques nées des invasions, des guerres civiles et aussi de la politique coercitive de l’Etat inaugurée par les Sévères et renforcée par leurs successeurs et surtout les Illyriens, ont eu des conséquences sur la vie sociale. Au principat libéral correspondait une société ouverte et relativement équilibrée, où chacun pouvait espérer quelques promotions sociales. A la monarchie absolue et militaire correspond une société en partie nouvelle, mais qui tend à la fixité des classes et à l’aggravation des contrastes entre riches et pauvres.

Les esclaves et les colons.

Le travailleur agricole cesse d’être esclave (dès le milieu du IIe siècle, c’est une évolution déjà ancienne qui s’accélère). D’où vient le déclin de l’esclavage ? D’abord les guerres extérieures ne rapportent pas de grands troupeaux d’esclaves comme auparavant, les barbares capturés sont le plus souvent introduits dans l’armée ou casés sur des terres impériales. De plus en plus, les esclaves sont domestiques ou employés en ville comme artisans et les affranchissements sont nombreux. Les grands propriétaires n’ont guère intérêt à avoir des esclaves et préfèrent placer ces hommes sur leurs propriétés avec des statuts proches de ceux de colon. Ainsi au IIIe siècle, le colonat est devenu la forme normale de l’exploitation de la grande propriété. Le colon est un homme libre, assuré de son lot de terre qu’il peut transmettre à ses héritiers, redevable d’un fermage en nature d’environ le tiers de ses récoltes et d’un petit nombre de jours de corvée sur le domaine que se réserve le maître. Mais au IIIe siècle, leur condition tend à s’aggraver et ils deviennent de plus en plus dépendants.

Le nivellement des classes inférieures

La situation des paysans libres n’est guère plus enviable que celle des colons, qui s’est elle-même rapprochée de celle des esclaves. Les paysans libres sont, en général, groupés en village plus ou moins organisés. Nous n’avons guère de renseignements sur la plèbe urbaine dont la condition tend aussi à se dégrader. Au total, la situation de la plèbe urbaine se rapproche elle aussi de celle des colons : Elle végète ou se voit plus ou moins asservie par l’Etat.

Le déclin de la vie urbaine

Il y a une décadence des cités. Depuis les Sévères, il ne se crée plus de villes dans les provinces, le processus d’urbanisation a pris fin. Cependant le système municipal demeure intacte. Mais dans son ensemble la vie urbaine décline. La cause la plus apparente en est incontestablement l’alourdissement des charges imposées par l’Etat et qui pèsent surtout sur la classe décurionale. Et au moment où s’accroissaient les charges, les ressources matérielles des villes diminuaient. Le rôle civilisateur et romanisateur des villes est terminé : l’armée a pris le relais.

Sociologie des classes supérieures

Le IIIe siècle voit le triomphe de l’ordre équestre. Triomphe préparé de longue date par des souverains comme Domitien ou Hadrien, à une époque où bon nombre de chevaliers étaient issus des élites municipales et provinciales. Au IIIe siècle, l’ordre se recrute exclusivement dans l’armée et occupe pratiquement tous les postes administratifs. Gallien semble avoir exclu de la haute administration la plupart des affranchis impériaux, si importants au Ier et même encore au IIe siècle, pour la même raison qui lui a fait exclure les sénateurs : ce sont des civils, indésirables dans une administration qui se militarise. Partout, gradés et sous-officiers remplacent les affranchis impériaux et, dans les hauts postes, centurions, praepositi, protectores et préfets prennent la place des sénateurs.

Il y a prédominance des Illyriens, qui s’explique avant tout par des circonstances exceptionnelles et qui persistera durant toute l’époque tétrarchique et s’affaiblira à partir de Constantin.

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