Nous ne nous étendrons pas en détails sur
ce chapitre ; nous verrons simplement quelques événements
clés nous permettant de mieux comprendre la situation générale
de l’Empire. La province africaine est peuplée en majorité
de berbère, de lybico-berbère. Il y a une élite d’origine
punique, et en partie numide, pénétrée par les influences
grecques. Malgré ses originalités, l’Afrique fut peut-être la
plus romanisée des provinces. Elle est vouée
essentiellement à la vie agricole mais compte une
densité
urbaine qui n’est égalée qu’en Asie. Elle ne possède
qu’une seule légion, mais fournira deux généraux candidats à
l’empire : Clodius Albinus
d’Hadrumète et Septime Sévère de
Lepcis magna.
Après la destruction de Carthage (146),
les romains annexent la majeure partie du territoire de la cité.
En -46,
César
est vainqueur de Pompée à
Thapsus,
il annexe alors la partie orientale de la Numidie. Après la défaite
du triumvir Lépide, en -36, la
province tombe aux mains d’Octave
qui la confie au Sénat avec une légion en –27 : elle
devient alors l’Afrique proconsulaire
et la Tripolitaine lui est rattachée. L’Afrique se composait
donc de 4 provinces : la
Proconsulaire
(capitale Carthage), la Numidie, la
Maurétanie
césarienne, la Maurétanie tingitane.
Pour protéger cet immense territoire, l’armée ne comptait guère
que 28'000 hommes. Pourtant la domination romaine souleva d’âpres
résistances (ainsi l’insurrection menée par Tacfarinas).
A la lutte armée, les Romains joignirent la construction d’un limes
et les tractations diplomatiques avec les chefs des tribus.
L’Afrique conserva une « structure
coloniale » jusqu’à la fin du Ier siècle, en ce sens
qu’elle fut avant tout l’un des deux greniers
à blé de la capitale, l’autre étant l’Egypte. A
partir de
Vespasien et plus encore
sous Trajan et ses successeurs, la pénétration
romaine progresse par l’établissement de vétérans à travers
toute la Numidie, en Maurétanie césarienne et en Tripolitaine. Malgré l’importance des livraisons faites
à Rome, encore accrue par Septime Sévère
à la suite de la création de l’annone, la part relative du blé
commence à diminuer au IIe siècle dans l’ensemble de la
production. La mise en valeur de nouvelles terres (en Numidie et
en Césarienne) vont permettre aux régions orientales plus évoluées
de se livrer à des cultures plus rémunératrices (ainsi la
production massive d’huile fit la
fortune de l’Afrique jusqu’à l’invasion vandale). En dehors
de l’agriculture, l’Afrique n’avait guère d’activité
industrielle (la pêche était très pratiquée mais surtout pour
la consommation locale, la fameuse sauce de poisson - le
garum -
est toutefois largement exportée).
On compte en Afrique plus de 500 villes dont
plus de 200 pour la seule Proconsulaire. On pense que près du
tiers de la population (que l’on estime à 6-7 millions d’âmes)
habitait dans des agglomérations.
C’est
ce qui différencie la romanisation africaine de la romanisation
gauloise. L’urbanisation n’est pas le seul fait des
immigrés ; la population locale accepta volontiers
l’existence urbaine, condition de l’élévation sociale.
C’est avec le règne de Trajan que
s’ouvre la grande période de romanisation. Lorsque intervint
l’édit de Caracalla en
212,
la plupart des cités pérégrines étaient « naturalisées ».
Très rapidement une élite africaine s’est dégagée. Bien
entendu, toutes les régions de l’Afrique ne bénéficient pas
du même essor. L’Afrique est d’ailleurs loin d’être
totalement romanisée.
Les Romains se sont trouvés partout en présence
de tribus, fortement organisées, dont ils disloquèrent les plus
importantes et placèrent les autres sous le contrôle de
praepositi
et de praefecti. Les provinces
ont d’abord un caractère militaire, leur organisation en témoigne :
légats impériaux, légions nombreuses. Les empereurs depuis
Auguste
ont voulu atteindre et fortifier la frontière naturelle du
Danube, car les barbares installés au nord du fleuve étaient
souvent menaçant. La romanisation du pays est en grande partie
l’œuvre de l’armée et des vétérans, notons toutefois que
la romanisation ne progressera que lentement (car la plupart des
militaires ne sont pas d’origine romaine ou italienne). L’évolution
sociale des provinces d’Europe centrale est un des facteurs de
leur unité. Les esclaves et les affranchis sont relativement peu
nombreux parce que la romanisation fut plus tardive. De même, on
ne trouve guère de domaines impériaux ni de latifundia, car les
Italiens immigrés sont des marchands et des militaires et non
point, comme en Proconsulaire, des sénateurs romains d’ancienne
origine. Les villes proprement dites sont peu
nombreuses par comparaison avec l’Asie ou l’Afrique et moins
riches.
La Syrie fut
longtemps la plus prestigieuse des provinces impériales ;
elle sera séparée en deux (capitale d’Antioche
et d’Emèse) par
Septime
Sévère après les usurpations d’Avidius Cassius et
Pescennius
Niger. La Judée reçut de Vespasien une légion et
un légat sénatorial et d’Hadrien
le nom de Syrie-Palestine. L’Arabie sera conquise en
106. Toutes ces provinces assurent la protection
de l’Empire face aux Parthes, puis aux Perses, aux nomades du désert,
et assurent également de fructueuses relations commerciales avec
l’Afrique orientale, l’Arabie proprement dite ( à ne pas
confondre avec la province du même nom) et les pays de
l’Euphrate. L’influence romano-occidentale resta toujours
relativement faible dans ces régions, surtout en ce qui concerne
la langue et la religion, au contraire, les religions orientales
ont fini par conquérir le monde occidental.
Nous n’irons pas plus avant dans
l’étude des rapports du monde romain avec l’extérieur, nous
reviendrons peut-être plus tard plus en profondeur sur les
rapports de Rome avec l’Asie, l’Inde et l’extrême-orient