La période qui
s’étend de la mort de Sévère Alexandre à celle de
Gallien
en 368, est une période fort agitée. Entre invasions et
usurpations, la peste sévit de 250 à 270 environ. Tous les
empereurs, ainsi que tous les usurpateurs, moururent de mort
violente (tués au combat, assassinés, contraints au suicide),
un seul d’entre eux mourra naturellement, de la peste…
C'est en 235
que les soldats de Germanie se révoltèrent et portèrent à
l'Empire le préfet des recrues, Maximin (appelé aussi le
Thrace), l'armée se chargeant de massacrer Sévère Alexandre.
Il fut, après Macrin, le second empereur d’origine équestre
et le premier d’origine illyrienne. C’est par le prestige de
sa vigueur physique qu’il est parvenu aux grades supérieurs.
C’est l’armée qui le mit à la tête de l’Empire, Maximin
ne sollicita même pas l’agrément du Sénat, il venait de se
faire un redoutable adversaire. Maximin combattit vaillamment
les Germains. En 236, il nomma César et prince de la jeunesse
son fils, Maximus, affirmant son désir de fonder à son tour
une dynastie. Il mena une politique brutale, même pire que
celle de Caracalla, il s’acharna en particulier contre les
riches, les nobles et les élites. Il imposa un véritable
terrorisme fiscal. En Afrique Proconsulaire, les sénateurs et
les villes souffraient particulièrement de la politique de
l’empereur ; une révolte éclata en 238. Le proconsul de
la province, M.Antonius Gordianus, fut placé de force à la tête
de l’insurrection. Il fut proclamé empereur et s’associa
son fils : Ils sont connus sous le nom de
Gordien I et
Gordien II. A Rome le Sénat les reconnut avec enthousiasme, des
partisans de Maximin furent massacrés (dont le préfet de la
Ville et celui du prétoire. L’Italie s’arma et organisa sa
défense. Une commission sénatoriale de 20 membres (les vingt
consulaires) fut chargée de la défense de l’Etat. Le danger
était grand car en Afrique la situation avait tourné :
les deux Gordiens avaient perdu la vie face à la IIIe Augusta.
Le sénat choisit deux des consulaires, Pupien et
Balbin, qui
furent tous deux Auguste. La population exigea qu’on leur
adjoint le petit-fils de Gordien I, un neveu de Gordien II, il
prit le nom de Gordien III. Les armées des Provinces l’acceptèrent.
Entre 238 et
241, le gouvernement fut entre les mains de sénateurs parents
ou partisans de Gordien I. Bientôt des menaces barbares
apparurent en Afrique où la défense était affaiblie par le
licenciement de la IIIe Augusta coupable d’avoir tué les
Gordiens. De 241 à 243, c’est le préfet du prétoire,
Timésithée,
qui gouverna au nom de son gendre. Il se consacra en particulier
à la guerre contre les Perses (Shapur I). A sa mort, le nouveau
préfet, M.Julius Philippus (peut-être meurtrier de son prédécesseur),
se débarrassa rapidement du faible Gordien III et devint
empereur en 244.
Philippe
l’Arabe (originaire de l’Arabie du nord), ne nous est que
peu connu. Son gouvernement fut modéré, respectueux du Sénat
et manquant quelque peu de fermeté. Il conclut une paix précaire
avec Shapur (en faisant des concessions pécuniaires et
territoriales). Il célébra à Rome, selon le comput de Varron,
l’anniversaire du millénaire de la fondation de la Ville de
façon somptueuse. Il passa pour le premier empereur chrétien,
ce qui reste improbable ou du moins indémontrable. En Orient,
les difficultés commençaient, des usurpateurs se proclamèrent
empereurs. Sur le Danube, les barbares s’agitaient également
(épisode de l’acte héroïque du philosophe Maximus à
Marcianopolis). En 248, Philippe confia la défense des régions
menacées au préfet de la Ville, l’énergique
C.Messius
Quintus Decius, qui avait ranimé le courage à Rome où régnait
déjà la panique. Il s’acquitta de sa mission et, malgré
lui, ses soldats le proclamèrent empereur. Malgré les
manifestations de loyauté de Dèce, prêt à déposer la
pourpre au retour de Philippe, ce dernier décida de le
combattre mais fut vaincu et tué à la bataille de Vérone. Dèce
adopta le surnom de Traianus et fut un excellent empereur. Il
fut le premier persécuteur systématique des chrétiens
(tous
les habitants de l’Empire devaient sacrifier aux Dieux sous
peine de rigueurs allant croissant jusqu’à la peine capitale,
cette rigueur fut cependant brève et ne s’étendit que sur
l’année 250 et une partie de l’année 251). Son règne fut
cependant bref et fut marqué par la lutte contre les barabares
et le début des horreurs de la peste. Il prit pour
collaborateur de premier plan le princeps senatus
Licinius Valerianus, le futur empereur Valérien. Dèce gouverna
en accord étroit avec le Sénat. Les Goths avaient envahi la Mésie
et la Thrace, c’est en les combattant que Trajan Dèce perdit
la vie. Cet empereur aux actions brutales et fortes, mais
capable et patriote romain avant tout, reçut l’apothéose que
lui valait sa mort au combat.
Les deux années
qui séparent la mort de Dèce et l’avènement de Valérien
furent troublées. C’est Trébonien Galle qui régna, règne
qui nous est mal connu. Après avoir négocié avec les Goths dès
son avènement il du pourtant les combattre à nouveau ;
une victoire d’Aemilianus (son successeur au gouvernement de
la Mésie) lui suscita un nouveau compétiteur. Pour le
combattre, il fit appel à Valérien qui, au cours de sa marche
sur la Mésie, fut à son tour proclamé par ses soldats. Il y
avait alors 4 Augustes en compétition ! Leurs armées se
rencontrèrent à Terni en Ombrie : Trébonien et
Volusien
furent tués et peu après Emilien aussi, laissant l’Empire à
Valérien en 253. Agé de 70 ans déjà, Valérien s’associa
son fils, Gallienus, lui confiant la défense de l’Occident et
gardant celle de l’Orient pour lui. Valérien reprit la persécutions
des chrétiens de manière virulente (exécution du pape Sixte
II et de saint Cyprien en Afrique). L’Orient était alors
menacé par les Goths et les Perses de Shapur ;
l’empereur partit les combattre mais fut fait prisonnier !
Ce drame imposait à Gallien, déjà à l’ouvrage en Occident,
de nouvelles responsabilités. C’est à cette époque que
Francs et Alamans pénétrèrent plus profondément que jamais
dans le territoire romain. Les deux fils de Valérien furent tués
par des généraux révoltés et se fut Postumus qui fut acclamé
empereur par ses soldats au moment où la nouvelle de la capture
de Valérien parvint en Gaule. Jamais la situation n’avait été
aussi grave. Gallien régna donc, seul empereur légitime, entre
260 et 268, dans des conditions terribles qui ont frappé les
contemporains et expliquent, sans toujours la justifier, la sévérité
de la tradition à son égard. Dès la disparition de Valérien,
Gallien mit fin à la persécutions des chrétiens et entreprit
de grandes réformes pour l’armée et l’administration.
L’usurpation de Postumus en Gaule le délivrait du souci de défendre
cette région. En Orient, deux anciens collaborateurs de Valérien
(Macrien et Ballista) s’assurèrent la succession. Les fils
de Macrien furent proclamés empereurs à Ephèse. Le premier
fut tué en Illyrie et le second le fut par le Palmyrénien
Odénat
qui « fonda » le royaume de Palmyre. Gallien battit
les Alamans et les Goths, mais une conspiration de l’état-major
fit proclamer empereur le chef de la cavalerie,
Aureolus.
Gallien accourut et au moment de le réduire succomba à un
complot dont les raisons n’apparaissent pas clairement.
M.Aurelius
Claudius bénéficia du complot. Agé de 55 ans, il dirigeait
les opérations contre Aureolus assiégé dans Milan. Il calma
l’armée, mécontente de la mort de Gallien, par un donatium
de 20 aurei par tête et en assurant que Gallien
l’avait désigné comme successeur sur son lit de mort.
Aureolus, qui se crut sauvé, se rendit à Claude, qui le fit ou
du moins le laissa assassiner par ses soldats. Claude se
concilia les faveurs du Sénat, bien que sa politique ne fut pas
très différente de son prédécesseur détesté. Claude était
avant tout un soldat, il se prépara à combattre les Alamans et
les Goths qui constituaient la menace la plus directe (laissant
de côté la Gaule et Palmyre). Il vainquit les Alamans au Lac
de Garde et les Goths à Naissus ; il prit les titres de
Germanicus et de Gothicus Maximus, qui lui resta dans
l’histoire : Claude II le Gothique. Dès 269, les Palmyréniens
s’emparèrent de pratiquement tout l’Orient, sans du reste
rompre ouvertement avec Rome. En Gaule, la vieille cité
d’Autun fut détruite pour s’être soulevée en 269. Claude
mourut de la peste en 270. Le Sénat désigna son frère,
Quintillus, qui fut abandonné par ses soldats après trois
mois, au profit d’Aurélien. Aurélien se révéla avoir de
grandes qualités d’homme d’état. Son règne dura 5 ans (de
270 à 275), il fut rempli de guerres et de déplacements. Il
commença la construction de l’immense rempart de Rome qui
porte son nom (le mur d’Aurélien). Il se consacra avant tout
au rétablissement de l’unité de l’Empire. Il rassembla
contre Palmyre une forte armée, abandonnant officiellement la
Dacie (devenue trop dure à protéger par le prélèvement de
troupe du Danube). En 273, la cité du désert fut vaincue et
pillée (construction du temple du Soleil à Rome, garnit par
les fruits du pillage). En 274, l’Empire Gaulois qu’avait hérité
Tetricus fut réduit à son tour. L’unité de l’Empire était
rétablie. Aurélien fut assassiné près de Byzance, en 275,
par des officiers de son entourage.
Le Sénat désigna
le vieux sénateur Claudius Tacitus, il fut choisit pour son
grand âge afin de ménager une transition qui devait permettre
à tous de réfléchir à l’avenir. Tacite mourut en 276. Son
frère, Florianus, fut reconnu par le Sénat mais les armées
proclamèrent Probus (un grand général), à l’été 276
Florianus, abandonné par ses troupes, fut tué. Le règne de
Probus dura 6 ans, de 276 à 282. Il fut assassiné par des
soldats qui en avait assez des travaux de force. Au même
moment, sans doute par pure coïncidence, le préfet du prétoire
Carus fut proclamé empereur (il refusa d’abord puis accepta
à l’annonce de la mort de Probus). Après une campagne
victorieuse contre les Perses, Carus mourut en 283. Son fils,
Numérien, fut assassiné par son beau-père, le préfet du prétoire
Aper. Ce dernier fut mis en accusation et le chef des protectores,
Diocles, le tua de sa main en plein conseil. Ce qui lui valu
d’être aussitôt proclamé empereur. Dioclétien, c’est le
nom qu’il prit, du faire face à l’autre fils de Carus,
Carinus, ce dernier fut victorieux sur la Morava, mais l’un de
ses officiers l’assassinat pour des raisons personnelles.
Dioclétien, bien que vaincu, fut accepté par l’ensemble des
armées. De ce hasard heureux devait naître un grand règne.
Entre 235 et
238, les adversaires de Rome se montrent particulièrement
dangereux et mettent en péril l’unité de l’Empire,
puisque, pour mieux le défendre, se constitue l’Empire
gaulois de Postumus et le royaume palmyrénien d’Odénat. Du côté
perse, la dynastie des Sassanides s’était défaite de la
tutelle Parthe, avait accru sensiblement la centralisation et
avait mis au pas ses vassaux, donnant ainsi à leur empire une
redoutable cohésion, renforcée encore par la création d’une
Eglise officielle fondée sur la religion mazdéenne, le
zoroastrisme (dont le livre saint est l’Avesta). A la mort du
premier sassanide, son fils, Shapur (Sapor) lui succéda :
Il toléra et protégea même le mouvement hérétique de Mani,
le fondateur du manichéisme, il mit également un terme à la
persécution des juifs et des chrétiens. Nous ne nous arrêterons
pas ici sur les diverses campagnes qui opposèrent les romains
aux sassanides. Sachons simplement que Valérien fut capturé
par ses ennemis (à une date controversée, soit à la fin 259,
soit au milieu de 260). Toute la Mésopotamie fut perdue, ses
villes pillées, ainsi qu’en Syrie, en Cappadoce, et en
Cilicie. Antioche fut occupée. Mais l’heure de Palmyre était
venue. Shapur, déjà
harcelé par la résistance romaine, fut attaqué par Odénat,
prince de Palmyre. Notons qu’Odénat s’était d’abord
tourné vers Shapur pour solliciter une alliance, il fut repoussé
avec mépris et se tourna donc du côté des Romains. Gallien
lui donna un titre lui permettant de commander légalement des
troupes romaines. Odénat ne tarda pas à se nommer Persicus
Maximus (puisqu’il battait les Perses). En 267,
Odénat était
assassiné par Cocceius Ruffus, gouverneur de l’Arabie (acte
commis avec, peut-être, la connivence de Gallien). Sa
succession échue à sa femme, Zénobie. Gallien fut empêché
de remettre la main sur les provinces des Palmyréniens à cause
des graves invasions barbares de 267 en Asie Mineure et en Grèce.
Les Goths ou
Germains orientaux, longtemps encore appelés Scythes par les
auteurs anciens, étaient plus nombreux et mobiles que les
Germains occidentaux et devaient être au IIIe siècle les plus
dangereux ennemis de l’Empire. Ils partirent de Suède pour
s’établir sur la Vistule, en Prusse orientale et en Posnanie.
Au milieu du IIe siècle, de nouveau trop nombreux dans ces régions,
ils se déplacèrent vers le sud-est, repoussant ainsi sur le
limes romain les Marcomans et les Quades (nous avons vu les
luttes menées par Marc Aurèle entre 167 et 180). Sous Gordien
III une contre-offensive fut victorieuse, mais sous les règnes
de Philippe et de Dèce, de 244 à 251, le danger ne cessa
point. Les barbares formaient toujours de nouvelles coalitions.
C’est de cette époque, entre 248 et 250, que daterait la
division des Goths entre Ostrogoths et Wisigoths. Dèce perdit
la vie dans sa lutte contre les barbares. Les nombreuses
invasions (par mer ou par terre) que menaient les Goths causèrent
de lourds dégâts et firent régner des années d’insécurités
dans les mers Noire et Egée. Dès 261-262, toute l’Asie
Mineure était atteinte par ces raids. Les expéditions les plus
terribles furent celles de 266, 267 et 268. Odénat parvint à
arrêter la progression ennemie mais sans les détruire. Bientôt,
Hérules et Goths débarquèrent en Attique et dans le Péloponnèse.
Athènes fut prise et pillée. En 268, Gallien remporta une
belle victoire contre une partie de l’armée gothique, sans
pouvoir toutefois achever son œuvre car l’usurpation
d’Aureolus le rappela en Italie. La frontière du Rhin, la
Pannonie et la Dacie allaient bientôt connaître une situation
précaire. La Dacie fut la première menacée (dès 250) ;
Gallien, bien loin de vouloir abandonner la Dacie comme l’en
ont accusé les auteurs anciens, vint y combattre en 256-257 et
prit le titre de Dacicus Maximus, mais s’en avoir le temps de
chasser les envahisseurs. A partir de 260, la Dacie était
submergée. Une grande partie des troupes romaines quittèrent
les lieux, mais sans qu’il y ait eu véritablement abandon ni
évacuation.
Après les échecs
de Sévère Alexandre, Maximin réussit à vaincre les Alamans
en pénétrant profondément en Germanie, pendant 20 ans les
Alamans se tinrent tranquilles. A partir du milieu du IIe siècle
et jusqu’en 280, les invasions furent particulièrement graves
en Occident et causèrent en définitive plus de dégâts que
les raids goths en Europe Orientale. En Germanie et en Gaule,
une fois le cordon du limes rompu, l’absence de défenses intérieures
et la nécessité où se trouva Gallien de faire face en
Pannonie à de multiples compétiteurs ouvraient en son absence,
et malgré ses nombreux allers et retours, de vastes espaces
libres aux envahisseurs. Les premières
invasions se produisirent en 254, lors du départ pour
l’Italie de Valérien, emmenant avec lui contre
Aemilianus les
troupes qui défendaient le limes. Ce sera à Gallien de
repousser les Alamans, mais lorsqu’il du partir pour la
Pannonie la situation s’aggrava à nouveau. Gallien remporta
cependant une brillante victoire (260) en se postant à Milan,
position centrale, qui lui permit de défaire plusieurs bandes
barbares ayant traversées les Alpes.
L’ « Empire
Gaulois » de Postumus (260-268/9) eut pour point de départ
la proclamation de ce général par l’armée du Rhin, en été
260. Il accepta la pourpre après avoir tué le fils de Gallien,
Saloninus, et le général Silvanus. Il eut à lutter contre les
Francs, il réorganisa les défenses et lutta vigoureusement
contre ses adversaires. Hors de la Gaule, Postumus fut reconnu
par la Bretagne et par l’Espagne qui ne pouvaient compter que
sur lui pour être défendues contre les pirateries des Francs.
La Bétique seule semble être restée fidèle à Gallien. Avec le succès,
les ambitions de Postumus s’accrurent. Prétendant au départ
se consacrer uniquement à la défense et à la prospérité de
la Gaule, il en vint à se considérer comme un véritable
empereur romain, surtout après l’échec des efforts de
Gallien pour l’évincer. Bien que battu deux fois par Gallien,
Postumus réussit à s’en sortir et Gallien finit par tolérer
provisoirement l’usurpation gauloise. Pendant que
Gallien remportait contre les Goths l’importante
bataille de Nestos, Postumus gagnait à sa cause Aureolus, alors à Milan et
chargé de défendre l’Italie contre lui. Cependant,
l’usurpateur gaulois mécontenta ses troupes en leur
adjoignant des barbares en vue d’une prochaine campagne contre
Gallien. Une mutinerie suscita en Germanie inférieure
l’usurpation d’un certain Marius, ce qui empêcha sans doute
Postumus de secourir son allié Aureolus, vaincu et tué à
Milan, peu après la mort de Gallien. Le nouvel empereur, Claude
II, n’eut pas le temps de se tourner contre Postumus :
après avoir, au début de 269, vaincu un autre compétiteur,
Laelianus, l’empereur gaulois fut à son tour tué par ses
troupes pour leur avoir refusé le sac de Mayence. Victorinus
lui succéda et dut subir une humiliante retraite devant Claude
II.
Ainsi, la fin
de ce règne riche en traverses de toutes sortes et qui connut
plusieurs années terribles, l’Empire semblait en voie de désagrégation,
puisque l’Orient était dominé par les successeurs d’Odénat
et que plusieurs provinces d’Occident formaient une sorte
d’imperium Galliarum. Rien n’était perdu pourtant, car
partout les Romains, fidèles à la légitimité ou dissidents,
faisaient front avec des forces presque toujours impatientes de
combattre les barbares. Cependant, la majeure partie de la
Dacie, ainsi que les champs décumates étaient définitivement
perdus.
Gallien a été
sévèrement traité par la tradition ; il fut détesté
par le Sénat auquel pourtant il appartenait, pour des raisons
politiques, et cette haine a dressé contre lui tous les auteurs
latins : on lui oppose sans cesse les mérites de Postumus
et d’Odénat. Seuls les auteurs grecs païens (notamment
Zosime) donnent de lui une image plus favorable. Quant aux
militaires, ils mirent longtemps à accepter cet empereur aux
origines sénatoriales et civiles. Il convient donc, non pas de
réhabiliter Gallien, mais de lui rendre sa juste place parmi
les empereurs du siècle.
L’armée
romaine n’était plus à même de répondre aux nouveaux impératifs
stratégiques ; de plus, l’octroi du droit de cité à
tous les habitants de l’Empire en 212 a annulé le principal
avantage que procurait le service aux pérégrins. La
disposition des armées n’était pas optimale, elles étaient
cantonnées sur le limes, mais une fois ce rideau défensif
enfoncé, plus rien n’arrêtait à l’intérieur des terres,
en Occident surtout, les envahisseurs. Ce fut le mérite de
Gallien de comprendre qu’une réorganisation de l’armée
s’imposait. D’abord il ordonna la plus fréquente
dislocation des armées, de la frontière vers l’intérieure
des terres (dans les grandes villes comme Milan, Vérone, Aquilée…).
L’armée était en quelque sorte en réserve dans ces villes
fortifiées et pouvait intervenir plus rapidement partout ou le
limes était enfoncé. L’inconvénient de cette nouvelle
disposition étant que les régions situées immédiatement au
contact du limes devenaient facilement ravagables… Ensuite, afin
de gagner en rapidité, Gallien développa la cavalerie. Les grands
lieutenants de Gallien, Aureolus, Claude et, plus tard, Aurélien
et Probus eurent sous leurs ordres cette armée de rupture qui
remporta les beaux succès du règne. Malheureusement, ces chefs
grisés par l’éclat de leurs services furent souvent les plus
dangereux usurpateurs.
Nous ne nous étendrons
pas sur les divers changements au sein de l’armée, sachons
seulement encore que l’enrôlement de barbares était de plus
en plus fréquent, et que, parfois, des tribus germaines étaient
enrôlées en bloc avec leurs rois pour la protection de
secteurs militaires. Ce procédé ayant des inconvénients
puisque c’est ainsi, en Orient, que débuta le royaume de
Palmyre. Au niveau du commandement, il fut progressivement retiré
aux sénateurs et confié à des chevaliers (plus efficaces, ce
qui n’empêcha pas Gallien de s’attirer ainsi les foudres du
Sénat). Cependant une difficulté demeurait : les
gouverneurs des grandes provinces impériales disposaient
normalement de légions, directement ou indirectement sous leurs
ordres et ils étaient sénateurs. La solution eut été de séparer
complètement les carrières civiles et militaires, mais Gallien
jugea que c’était prématuré et résolut le problème par
des réformes administratives. L’évolution fut lente et le
système souple. Mais ainsi l’ordre équestre acquiert dans
les domaines civil et militaire une importance qu’il n’avait
jusqu’alors que dans le domaine financier, ce qui prépare son
assimilation prochaine avec l’ordre sénatorial.
On sait que la
monnaie subit au cours du IIIe siècle une constante et
catastrophique inflation. La monnaie de bronze a perdu son
importance ; les frappes municipales autonomes de
l’Orient disparaissent vers 260. Les fluctuations des monnaies
sont évidemment calquées sur les aléas de la politique, extérieure
notamment. Les guerres et l’entretien de l’armée pèsent
lourdement sur le budget, en plus les recettes sont diminuées
par l’amputation des larges territoires administrés par
Postumus et les Palmyréniens. La thésaurisation contribue
aussi à diminuer la masse monétaire : entre accapareurs
d’anciennes monnaies et ceux qui, devant fuir devant les
barbares, entèrent leur monnaie et ne pourront jamais la récupérer.
Cette inflation généralisée exerce des ravages sur les prix
et sur l’économie monétaire. Cependant les empereurs n’ont
jamais abandonné la partie et ont évité la banqueroute. Comme
avantages, notons que la disparition des frappes locales prépare
l’unification monétaire du monde romain.
Il est très
probable que Gallien n’avait pas du tout les mêmes idées en
matière de gouvernement que son père Valérien. Dès la
capture de celui-ci, Gallien ne montre aucune tristesse, ne fait
aucun effort pour le sauver, ce qui lui sera reproché dès
l’Antiquité. Gallien va rapidement prendre le contre-pied de
la politique, conservatrice et favorable au Sénat, de son père.
260-262
: grandes réformes militaires et administratives dont le
Sénat fait les frais.
260
: fin de la persécution des chrétiens.
Gallien était
comme Hadrien un amoureux de la Grèce et d’Athènes. Il se
rattachait également à Auguste, désireux comme lui de
maintenir la balance égale entre les deux grandes parties de
l’Empire. Il fut entouré par l’école des néo-platoniciens,
dont Plotin était le chef. Par ses tendances naturelles et par
son entourage, Gallien s’attira l’inimitié des rudes
Pannoniens et de l’état-major, sans parler du Sénat. En
effet, en ce siècle brutal, où le sort de l’Empire était
entre les mains des soldats illyriens, la figure de cet
humaniste prend un singulier relief.
Ce fut l’œuvre
d’Aurélien, car son prédécesseur Claude n’eut pas le
temps de s’y consacrer. Aurélien décida la construction de
remparts, encore bien conservés aujourd’hui, sous le nom de
« mur d’Aurélien ». Les Alamans se tinrent
tranquilles sur les Alpes pendant un bon moment, sur le Danube
l’empereur remporta de beaux succès. Plus à l’est, il
obtenait également des succès. Dès 271, la frontière
danubienne fut raccourcie par le retrait progressif de la Dacie.
L’empereur voulait rétablir en Orient son autorité sur les
Palmyréniens, il avait besoin de troupes et préféra laisser
la Dacie aux barbares. Après la mort
d’Odénat en 267, le pouvoir à Palmyre était aux mains de sa
veuve, l’énergique et ambitieuse Zénobie. En août 271,
profitant des difficultés d’Aurélien en Italie, le fils de Zénobie
se proclame Imperator Caesar Augustus, ce
qui signifiait la rupture avec Rome. Palmyre était en passe de
devenir une grande puissance et de réaliser un dangereux séparatisme
dans les provinces orientales, toujours conscientes de leur
mutuelle solidarité. Fin 271, Aurélien se mit en marche après
avoir envoyé en Egypte (envahit par les Palmyréniens) son
principal lieutenant, le futur empereur Probus. L’empereur
remporta une suite de succès et s’empara, en août 272, de
Palmyre (lâché par les Perses que la reine avait appelé au
secours). La ville fut épargnée et reçut une petite garnison.
Zénobie et son fils furent pris mais rejetèrent les
responsabilités sur leurs conseillers. Après le départ
d’Aurélien, une révolte éclata : un parent de Zénobie
se déclara roi, en même temps l’Egypte se soulevait. Dès
fin 272, Aurélien revenait en hâte et reprit Palmyre qu’il
laissa cette fois piller par les soldats. Alexandrie fut prise
et frappée de lourds impôts punitifs. L’expédition
victorieuse avait supprimé tout danger de séparatisme et
procura à l’Etat un riche butin qui facilita la réforme des
finances. Mais la ruine de Palmyre porta un coup sévère au
commerce avec l’Orient.
En Gaule, après
la fin de Postumus, en 269 probablement, et les règnes éphémères
de Laelianus et de
Marius, vint au pouvoir
Victorinus, qui
perdit l’Espagne et la Narbonnaise, revenues sous l’autorité
de Claude II. Victorinus fut tué et remplacé par
Tétricus en
270, pacifique il finit par se rendre à l’empereur légitime.
L’unité ainsi complètement rétablie en tous lieux et les
frontières assurées, Aurélien célébra à Rome un grand
triomphe et se montra clément envers ses prisonniers. Mais les frontières
du Rhin avait été affaiblies par les incursions romaines en
Orient, dès 275-277 les Alamans menèrent des raids
terrifiants. Les Francs ne se privèrent pas non plus. Probus
combattit vaillamment en 277-279 : venu par les Alpes, il
chercha surtout à protéger le Rhin et reconstitua un limes,
allant même attaquer les barbares sur la rive droite, où les
Champs décumates furent en partie réoccupés. Les barbares
furent tués en grand nombre. Mais les troubles continuèrent
jusqu’en 385.
Malgré le
danger barbare, l’empire, réunifié et pourvu depuis Gallien
d’une armée de qualité, se sentait de taille à résoudre définitivement
le problème de ses confins orientaux, notamment en Perse (aussi
pour venger l’humiliation de la capture de Valérien). Mais ce
fut une illusion que bien d’autres époques devaient encore
partager :
Aurélien préparait une expédition quand il
fut assassiné ; Probus aurait également préparé une
campagne ; Carus réussit à occuper la Mésopotamie, mais
il mourut subitement et l’expédition tourna court. Mais
l’heure de l’explication décisive n’était que retardée.
Malgré le peu
de temps dont il a disposé, Aurélien semble avoir entrepris
plusieurs réformes administratives, à Rome et en Italie du
moins. On s’est demandé s’il n’est pas l’initiateur de
la « provincialisation » de l’Italie, que l’on
attribue généralement à
Dioclétien. Il semble que l’on ne
doive pas considérer
Aurélien comme l’auteur d’une mesure
générale mais il peut avoir précipité l’évolution vers la
division de l’Italie en provinces. Il eut le mérite de tenter
une réforme monétaire, sans doute après 274. Il va également
organiser les diverses corporations.
Aurélien mis
sa politique religieuse au service d’une idéologie tournée
toute entière vers le renforcement de la monarchie absolue. Il
est monothéiste, on voit s’esquisser la doctrine qu’Eusèbe
devait développer pour
Constantin : un seul dieu, un seul
empereur. Il organise à Rome le culte officiel du soleil.
Probus hérita d’un empire réunifié et d’un pouvoir sérieusement
renforcé.