ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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Sommaire >>> Histoire de l'Antiquité  >>> La crise de l'Empire

Le péril barbare et l'anarchie militaire (235-284)
 
 

Les événements

La période qui s’étend de la mort de Sévère Alexandre à celle de Gallien en 368, est une période fort agitée. Entre invasions et usurpations, la peste sévit de 250 à 270 environ. Tous les empereurs, ainsi que tous les usurpateurs, moururent de mort violente (tués au combat, assassinés, contraints au suicide), un seul d’entre eux mourra naturellement, de la peste…

La période des Gordiens (235-244)

C'est en 235 que les soldats de Germanie se révoltèrent et portèrent à l'Empire le préfet des recrues, Maximin (appelé aussi le Thrace), l'armée se chargeant de massacrer Sévère Alexandre. Il fut, après Macrin, le second empereur d’origine équestre et le premier d’origine illyrienne. C’est par le prestige de sa vigueur physique qu’il est parvenu aux grades supérieurs. C’est l’armée qui le mit à la tête de l’Empire, Maximin ne sollicita même pas l’agrément du Sénat, il venait de se faire un redoutable adversaire. Maximin combattit vaillamment les Germains. En 236, il nomma César et prince de la jeunesse son fils, Maximus, affirmant son désir de fonder à son tour une dynastie. Il mena une politique brutale, même pire que celle de Caracalla, il s’acharna en particulier contre les riches, les nobles et les élites. Il imposa un véritable terrorisme fiscal. En Afrique Proconsulaire, les sénateurs et les villes souffraient particulièrement de la politique de l’empereur ; une révolte éclata en 238. Le proconsul de la province, M.Antonius Gordianus, fut placé de force à la tête de l’insurrection. Il fut proclamé empereur et s’associa son fils : Ils sont connus sous le nom de Gordien I et Gordien II. A Rome le Sénat les reconnut avec enthousiasme, des partisans de Maximin furent massacrés (dont le préfet de la Ville et celui du prétoire. L’Italie s’arma et organisa sa défense. Une commission sénatoriale de 20 membres (les vingt consulaires) fut chargée de la défense de l’Etat. Le danger était grand car en Afrique la situation avait tourné : les deux Gordiens avaient perdu la vie face à la IIIe Augusta. Le sénat choisit deux des consulaires, Pupien et Balbin, qui furent tous deux Auguste. La population exigea qu’on leur adjoint le petit-fils de Gordien I, un neveu de Gordien II, il prit le nom de Gordien III. Les armées des Provinces l’acceptèrent.

Entre 238 et 241, le gouvernement fut entre les mains de sénateurs parents ou partisans de Gordien I. Bientôt des menaces barbares apparurent en Afrique où la défense était affaiblie par le licenciement de la IIIe Augusta coupable d’avoir tué les Gordiens. De 241 à 243, c’est le préfet du prétoire, Timésithée, qui gouverna au nom de son gendre. Il se consacra en particulier à la guerre contre les Perses (Shapur I). A sa mort, le nouveau préfet, M.Julius Philippus (peut-être meurtrier de son prédécesseur), se débarrassa rapidement du faible Gordien III et devint empereur en 244.

Les empereurs-soldats Philippe l’Arabe et Trajan Dèce (244-251)

Philippe l’Arabe (originaire de l’Arabie du nord), ne nous est que peu connu. Son gouvernement fut modéré, respectueux du Sénat et manquant quelque peu de fermeté. Il conclut une paix précaire avec Shapur (en faisant des concessions pécuniaires et territoriales). Il célébra à Rome, selon le comput de Varron, l’anniversaire du millénaire de la fondation de la Ville de façon somptueuse. Il passa pour le premier empereur chrétien, ce qui reste improbable ou du moins indémontrable. En Orient, les difficultés commençaient, des usurpateurs se proclamèrent empereurs. Sur le Danube, les barbares s’agitaient également (épisode de l’acte héroïque du philosophe Maximus à Marcianopolis). En 248, Philippe confia la défense des régions menacées au préfet de la Ville, l’énergique C.Messius Quintus Decius, qui avait ranimé le courage à Rome où régnait déjà la panique. Il s’acquitta de sa mission et, malgré lui, ses soldats le proclamèrent empereur. Malgré les manifestations de loyauté de Dèce, prêt à déposer la pourpre au retour de Philippe, ce dernier décida de le combattre mais fut vaincu et tué à la bataille de Vérone. Dèce adopta le surnom de Traianus et fut un excellent empereur. Il fut le premier persécuteur systématique des chrétiens (tous les habitants de l’Empire devaient sacrifier aux Dieux sous peine de rigueurs allant croissant jusqu’à la peine capitale, cette rigueur fut cependant brève et ne s’étendit que sur l’année 250 et une partie de l’année 251). Son règne fut cependant bref et fut marqué par la lutte contre les barabares et le début des horreurs de la peste. Il prit pour collaborateur de premier plan le princeps senatus Licinius Valerianus, le futur empereur Valérien. Dèce gouverna en accord étroit avec le Sénat. Les Goths avaient envahi la Mésie et la Thrace, c’est en les combattant que Trajan Dèce perdit la vie. Cet empereur aux actions brutales et fortes, mais capable et patriote romain avant tout, reçut l’apothéose que lui valait sa mort au combat.

Les empereurs Valérien et Gallien (253-268)

Les deux années qui séparent la mort de Dèce et l’avènement de Valérien furent troublées. C’est Trébonien Galle qui régna, règne qui nous est mal connu. Après avoir négocié avec les Goths dès son avènement il du pourtant les combattre à nouveau ; une victoire d’Aemilianus (son successeur au gouvernement de la Mésie) lui suscita un nouveau compétiteur. Pour le combattre, il fit appel à Valérien qui, au cours de sa marche sur la Mésie, fut à son tour proclamé par ses soldats. Il y avait alors 4 Augustes en compétition ! Leurs armées se rencontrèrent à Terni en Ombrie : Trébonien et Volusien furent tués et peu après Emilien aussi, laissant l’Empire à Valérien en 253. Agé de 70 ans déjà, Valérien s’associa son fils, Gallienus, lui confiant la défense de l’Occident et gardant celle de l’Orient pour lui. Valérien reprit la persécutions des chrétiens de manière virulente (exécution du pape Sixte II et de saint Cyprien en Afrique). L’Orient était alors menacé par les Goths et les Perses de Shapur ; l’empereur partit les combattre mais fut fait prisonnier ! Ce drame imposait à Gallien, déjà à l’ouvrage en Occident, de nouvelles responsabilités. C’est à cette époque que Francs et Alamans pénétrèrent plus profondément que jamais dans le territoire romain. Les deux fils de Valérien furent tués par des généraux révoltés et se fut Postumus qui fut acclamé empereur par ses soldats au moment où la nouvelle de la capture de Valérien parvint en Gaule. Jamais la situation n’avait été aussi grave. Gallien régna donc, seul empereur légitime, entre 260 et 268, dans des conditions terribles qui ont frappé les contemporains et expliquent, sans toujours la justifier, la sévérité de la tradition à son égard. Dès la disparition de Valérien, Gallien mit fin à la persécutions des chrétiens et entreprit de grandes réformes pour l’armée et l’administration. L’usurpation de Postumus en Gaule le délivrait du souci de défendre cette région. En Orient, deux anciens collaborateurs de Valérien (Macrien et Ballista) s’assurèrent la succession. Les fils de Macrien furent proclamés empereurs à Ephèse. Le premier fut tué en Illyrie et le second le fut par le Palmyrénien Odénat qui « fonda » le royaume de Palmyre. Gallien battit les Alamans et les Goths, mais une conspiration de l’état-major fit proclamer empereur le chef de la cavalerie, Aureolus. Gallien accourut et au moment de le réduire succomba à un complot dont les raisons n’apparaissent pas clairement.

Les empereurs illyriens (268-284)

M.Aurelius Claudius bénéficia du complot. Agé de 55 ans, il dirigeait les opérations contre Aureolus assiégé dans Milan. Il calma l’armée, mécontente de la mort de Gallien, par un donatium de 20 aurei par tête et en assurant que Gallien l’avait désigné comme successeur sur son lit de mort. Aureolus, qui se crut sauvé, se rendit à Claude, qui le fit ou du moins le laissa assassiner par ses soldats. Claude se concilia les faveurs du Sénat, bien que sa politique ne fut pas très différente de son prédécesseur détesté. Claude était avant tout un soldat, il se prépara à combattre les Alamans et les Goths qui constituaient la menace la plus directe (laissant de côté la Gaule et Palmyre). Il vainquit les Alamans au Lac de Garde et les Goths à Naissus ; il prit les titres de Germanicus et de Gothicus Maximus, qui lui resta dans l’histoire : Claude II le Gothique. Dès 269, les Palmyréniens s’emparèrent de pratiquement tout l’Orient, sans du reste rompre ouvertement avec Rome. En Gaule, la vieille cité d’Autun fut détruite pour s’être soulevée en 269. Claude mourut de la peste en 270. Le Sénat désigna son frère, Quintillus, qui fut abandonné par ses soldats après trois mois, au profit d’Aurélien. Aurélien se révéla avoir de grandes qualités d’homme d’état. Son règne dura 5 ans (de 270 à 275), il fut rempli de guerres et de déplacements. Il commença la construction de l’immense rempart de Rome qui porte son nom (le mur d’Aurélien). Il se consacra avant tout au rétablissement de l’unité de l’Empire. Il rassembla contre Palmyre une forte armée, abandonnant officiellement la Dacie (devenue trop dure à protéger par le prélèvement de troupe du Danube). En 273, la cité du désert fut vaincue et pillée (construction du temple du Soleil à Rome, garnit par les fruits du pillage). En 274, l’Empire Gaulois qu’avait hérité Tetricus fut réduit à son tour. L’unité de l’Empire était rétablie. Aurélien fut assassiné près de Byzance, en 275, par des officiers de son entourage.

Le Sénat désigna le vieux sénateur Claudius Tacitus, il fut choisit pour son grand âge afin de ménager une transition qui devait permettre à tous de réfléchir à l’avenir. Tacite mourut en 276. Son frère, Florianus, fut reconnu par le Sénat mais les armées proclamèrent Probus (un grand général), à l’été 276 Florianus, abandonné par ses troupes, fut tué. Le règne de Probus dura 6 ans, de 276 à 282. Il fut assassiné par des soldats qui en avait assez des travaux de force. Au même moment, sans doute par pure coïncidence, le préfet du prétoire Carus fut proclamé empereur (il refusa d’abord puis accepta à l’annonce de la mort de Probus). Après une campagne victorieuse contre les Perses, Carus mourut en 283. Son fils, Numérien, fut assassiné par son beau-père, le préfet du prétoire Aper. Ce dernier fut mis en accusation et le chef des protectores, Diocles, le tua de sa main en plein conseil. Ce qui lui valu d’être aussitôt proclamé empereur. Dioclétien, c’est le nom qu’il prit, du faire face à l’autre fils de Carus, Carinus, ce dernier fut victorieux sur la Morava, mais l’un de ses officiers l’assassinat pour des raisons personnelles. Dioclétien, bien que vaincu, fut accepté par l’ensemble des armées. De ce hasard heureux devait naître un grand règne.

La défense de l’empire et la rupture de son unité

Rome, les Perses et Palmyre

Entre 235 et 238, les adversaires de Rome se montrent particulièrement dangereux et mettent en péril l’unité de l’Empire, puisque, pour mieux le défendre, se constitue l’Empire gaulois de Postumus et le royaume palmyrénien d’Odénat. Du côté perse, la dynastie des Sassanides s’était défaite de la tutelle Parthe, avait accru sensiblement la centralisation et avait mis au pas ses vassaux, donnant ainsi à leur empire une redoutable cohésion, renforcée encore par la création d’une Eglise officielle fondée sur la religion mazdéenne, le zoroastrisme (dont le livre saint est l’Avesta). A la mort du premier sassanide, son fils, Shapur (Sapor) lui succéda : Il toléra et protégea même le mouvement hérétique de Mani, le fondateur du manichéisme, il mit également un terme à la persécution des juifs et des chrétiens. Nous ne nous arrêterons pas ici sur les diverses campagnes qui opposèrent les romains aux sassanides. Sachons simplement que Valérien fut capturé par ses ennemis (à une date controversée, soit à la fin 259, soit au milieu de 260). Toute la Mésopotamie fut perdue, ses villes pillées, ainsi qu’en Syrie, en Cappadoce, et en Cilicie. Antioche fut occupée. Mais l’heure de Palmyre était venue. Shapur, déjà harcelé par la résistance romaine, fut attaqué par Odénat, prince de Palmyre. Notons qu’Odénat s’était d’abord tourné vers Shapur pour solliciter une alliance, il fut repoussé avec mépris et se tourna donc du côté des Romains. Gallien lui donna un titre lui permettant de commander légalement des troupes romaines. Odénat ne tarda pas à se nommer Persicus Maximus (puisqu’il battait les Perses). En 267, Odénat était assassiné par Cocceius Ruffus, gouverneur de l’Arabie (acte commis avec, peut-être, la connivence de Gallien). Sa succession échue à sa femme, Zénobie. Gallien fut empêché de remettre la main sur les provinces des Palmyréniens à cause des graves invasions barbares de 267 en Asie Mineure et en Grèce. 

Germains orientaux et Goths sur le Danube et la mer Noire.

Les Goths ou Germains orientaux, longtemps encore appelés Scythes par les auteurs anciens, étaient plus nombreux et mobiles que les Germains occidentaux et devaient être au IIIe siècle les plus dangereux ennemis de l’Empire. Ils partirent de Suède pour s’établir sur la Vistule, en Prusse orientale et en Posnanie. Au milieu du IIe siècle, de nouveau trop nombreux dans ces régions, ils se déplacèrent vers le sud-est, repoussant ainsi sur le limes romain les Marcomans et les Quades (nous avons vu les luttes menées par Marc Aurèle entre 167 et 180). Sous Gordien III une contre-offensive fut victorieuse, mais sous les règnes de Philippe et de Dèce, de 244 à 251, le danger ne cessa point. Les barbares formaient toujours de nouvelles coalitions. C’est de cette époque, entre 248 et 250, que daterait la division des Goths entre Ostrogoths et Wisigoths. Dèce perdit la vie dans sa lutte contre les barbares. Les nombreuses invasions (par mer ou par terre) que menaient les Goths causèrent de lourds dégâts et firent régner des années d’insécurités dans les mers Noire et Egée. Dès 261-262, toute l’Asie Mineure était atteinte par ces raids. Les expéditions les plus terribles furent celles de 266, 267 et 268. Odénat parvint à arrêter la progression ennemie mais sans les détruire. Bientôt, Hérules et Goths débarquèrent en Attique et dans le Péloponnèse. Athènes fut prise et pillée. En 268, Gallien remporta une belle victoire contre une partie de l’armée gothique, sans pouvoir toutefois achever son œuvre car l’usurpation d’Aureolus le rappela en Italie. La frontière du Rhin, la Pannonie et la Dacie allaient bientôt connaître une situation précaire. La Dacie fut la première menacée (dès 250) ; Gallien, bien loin de vouloir abandonner la Dacie comme l’en ont accusé les auteurs anciens, vint y combattre en 256-257 et prit le titre de Dacicus Maximus, mais s’en avoir le temps de chasser les envahisseurs. A partir de 260, la Dacie était submergée. Une grande partie des troupes romaines quittèrent les lieux, mais sans qu’il y ait eu véritablement abandon ni évacuation.

Les Germains occidentaux sur le Rhin et les Alpes.

Après les échecs de Sévère Alexandre, Maximin réussit à vaincre les Alamans en pénétrant profondément en Germanie, pendant 20 ans les Alamans se tinrent tranquilles. A partir du milieu du IIe siècle et jusqu’en 280, les invasions furent particulièrement graves en Occident et causèrent en définitive plus de dégâts que les raids goths en Europe Orientale. En Germanie et en Gaule, une fois le cordon du limes rompu, l’absence de défenses intérieures et la nécessité où se trouva Gallien de faire face en Pannonie à de multiples compétiteurs ouvraient en son absence, et malgré ses nombreux allers et retours, de vastes espaces libres aux envahisseurs. Les premières invasions se produisirent en 254, lors du départ pour l’Italie de Valérien, emmenant avec lui contre Aemilianus les troupes qui défendaient le limes. Ce sera à Gallien de repousser les Alamans, mais lorsqu’il du partir pour la Pannonie la situation s’aggrava à nouveau. Gallien remporta cependant une brillante victoire (260) en se postant à Milan, position centrale, qui lui permit de défaire plusieurs bandes barbares ayant traversées les Alpes.

L’ « Empire Gaulois » de Postumus (260-268/9) eut pour point de départ la proclamation de ce général par l’armée du Rhin, en été 260. Il accepta la pourpre après avoir tué le fils de Gallien, Saloninus, et le général Silvanus. Il eut à lutter contre les Francs, il réorganisa les défenses et lutta vigoureusement contre ses adversaires. Hors de la Gaule, Postumus fut reconnu par la Bretagne et par l’Espagne qui ne pouvaient compter que sur lui pour être défendues contre les pirateries des Francs. La Bétique seule semble être restée fidèle à Gallien. Avec le succès, les ambitions de Postumus s’accrurent. Prétendant au départ se consacrer uniquement à la défense et à la prospérité de la Gaule, il en vint à se considérer comme un véritable empereur romain, surtout après l’échec des efforts de Gallien pour l’évincer. Bien que battu deux fois par Gallien, Postumus réussit à s’en sortir et Gallien finit par tolérer provisoirement l’usurpation gauloise. Pendant que Gallien remportait contre les Goths l’importante bataille de Nestos, Postumus gagnait à sa cause Aureolus, alors à Milan et chargé de défendre l’Italie contre lui. Cependant, l’usurpateur gaulois mécontenta ses troupes en leur adjoignant des barbares en vue d’une prochaine campagne contre Gallien. Une mutinerie suscita en Germanie inférieure l’usurpation d’un certain Marius, ce qui empêcha sans doute Postumus de secourir son allié Aureolus, vaincu et tué à Milan, peu après la mort de Gallien. Le nouvel empereur, Claude II, n’eut pas le temps de se tourner contre Postumus : après avoir, au début de 269, vaincu un autre compétiteur, Laelianus, l’empereur gaulois fut à son tour tué par ses troupes pour leur avoir refusé le sac de Mayence. Victorinus lui succéda et dut subir une humiliante retraite devant Claude II.

Ainsi, la fin de ce règne riche en traverses de toutes sortes et qui connut plusieurs années terribles, l’Empire semblait en voie de désagrégation, puisque l’Orient était dominé par les successeurs d’Odénat et que plusieurs provinces d’Occident formaient une sorte d’imperium Galliarum. Rien n’était perdu pourtant, car partout les Romains, fidèles à la légitimité ou dissidents, faisaient front avec des forces presque toujours impatientes de combattre les barbares. Cependant, la majeure partie de la Dacie, ainsi que les champs décumates étaient définitivement perdus.

Au centre de la crise : le règne de Gallien

Gallien a été sévèrement traité par la tradition ; il fut détesté par le Sénat auquel pourtant il appartenait, pour des raisons politiques, et cette haine a dressé contre lui tous les auteurs latins : on lui oppose sans cesse les mérites de Postumus et d’Odénat. Seuls les auteurs grecs païens (notamment Zosime) donnent de lui une image plus favorable. Quant aux militaires, ils mirent longtemps à accepter cet empereur aux origines sénatoriales et civiles. Il convient donc, non pas de réhabiliter Gallien, mais de lui rendre sa juste place parmi les empereurs du siècle.

Les réformes de Gallien.

L’armée romaine n’était plus à même de répondre aux nouveaux impératifs stratégiques ; de plus, l’octroi du droit de cité à tous les habitants de l’Empire en 212 a annulé le principal avantage que procurait le service aux pérégrins. La disposition des armées n’était pas optimale, elles étaient cantonnées sur le limes, mais une fois ce rideau défensif enfoncé, plus rien n’arrêtait à l’intérieur des terres, en Occident surtout, les envahisseurs. Ce fut le mérite de Gallien de comprendre qu’une réorganisation de l’armée s’imposait. D’abord il ordonna la plus fréquente dislocation des armées, de la frontière vers l’intérieure des terres (dans les grandes villes comme Milan, Vérone, Aquilée…). L’armée était en quelque sorte en réserve dans ces villes fortifiées et pouvait intervenir plus rapidement partout ou le limes était enfoncé. L’inconvénient de cette nouvelle disposition étant que les régions situées immédiatement au contact du limes devenaient facilement ravagables… Ensuite, afin de gagner en rapidité, Gallien développa la cavalerie. Les grands lieutenants de Gallien, Aureolus, Claude et, plus tard, Aurélien et Probus eurent sous leurs ordres cette armée de rupture qui remporta les beaux succès du règne. Malheureusement, ces chefs grisés par l’éclat de leurs services furent souvent les plus dangereux usurpateurs.

Nous ne nous étendrons pas sur les divers changements au sein de l’armée, sachons seulement encore que l’enrôlement de barbares était de plus en plus fréquent, et que, parfois, des tribus germaines étaient enrôlées en bloc avec leurs rois pour la protection de secteurs militaires. Ce procédé ayant des inconvénients puisque c’est ainsi, en Orient, que débuta le royaume de Palmyre. Au niveau du commandement, il fut progressivement retiré aux sénateurs et confié à des chevaliers (plus efficaces, ce qui n’empêcha pas Gallien de s’attirer ainsi les foudres du Sénat). Cependant une difficulté demeurait : les gouverneurs des grandes provinces impériales disposaient normalement de légions, directement ou indirectement sous leurs ordres et ils étaient sénateurs. La solution eut été de séparer complètement les carrières civiles et militaires, mais Gallien jugea que c’était prématuré et résolut le problème par des réformes administratives. L’évolution fut lente et le système souple. Mais ainsi l’ordre équestre acquiert dans les domaines civil et militaire une importance qu’il n’avait jusqu’alors que dans le domaine financier, ce qui prépare son assimilation prochaine avec l’ordre sénatorial.

Problèmes monétaires et réformes sous Gallien.

On sait que la monnaie subit au cours du IIIe siècle une constante et catastrophique inflation. La monnaie de bronze a perdu son importance ; les frappes municipales autonomes de l’Orient disparaissent vers 260. Les fluctuations des monnaies sont évidemment calquées sur les aléas de la politique, extérieure notamment. Les guerres et l’entretien de l’armée pèsent lourdement sur le budget, en plus les recettes sont diminuées par l’amputation des larges territoires administrés par Postumus et les Palmyréniens. La thésaurisation contribue aussi à diminuer la masse monétaire : entre accapareurs d’anciennes monnaies et ceux qui, devant fuir devant les barbares, entèrent leur monnaie et ne pourront jamais la récupérer. Cette inflation généralisée exerce des ravages sur les prix et sur l’économie monétaire. Cependant les empereurs n’ont jamais abandonné la partie et ont évité la banqueroute. Comme avantages, notons que la disparition des frappes locales prépare l’unification monétaire du monde romain.

L’ambiance idéologique et religieuse du règne de Gallien.

Il est très probable que Gallien n’avait pas du tout les mêmes idées en matière de gouvernement que son père Valérien. Dès la capture de celui-ci, Gallien ne montre aucune tristesse, ne fait aucun effort pour le sauver, ce qui lui sera reproché dès l’Antiquité. Gallien va rapidement prendre le contre-pied de la politique, conservatrice et favorable au Sénat, de son père.

260-262            : grandes réformes militaires et administratives dont le Sénat fait les frais.

260                   : fin de la persécution des chrétiens.

Gallien était comme Hadrien un amoureux de la Grèce et d’Athènes. Il se rattachait également à Auguste, désireux comme lui de maintenir la balance égale entre les deux grandes parties de l’Empire. Il fut entouré par l’école des néo-platoniciens, dont Plotin était le chef. Par ses tendances naturelles et par son entourage, Gallien s’attira l’inimitié des rudes Pannoniens et de l’état-major, sans parler du Sénat. En effet, en ce siècle brutal, où le sort de l’Empire était entre les mains des soldats illyriens, la figure de cet humaniste prend un singulier relief.

L’œuvre des Illyriens (268-284)

Le rétablissement de l’unité.

Ce fut l’œuvre d’Aurélien, car son prédécesseur Claude n’eut pas le temps de s’y consacrer. Aurélien décida la construction de remparts, encore bien conservés aujourd’hui, sous le nom de « mur d’Aurélien ». Les Alamans se tinrent tranquilles sur les Alpes pendant un bon moment, sur le Danube l’empereur remporta de beaux succès. Plus à l’est, il obtenait également des succès. Dès 271, la frontière danubienne fut raccourcie par le retrait progressif de la Dacie. L’empereur voulait rétablir en Orient son autorité sur les Palmyréniens, il avait besoin de troupes et préféra laisser la Dacie aux barbares. Après la mort d’Odénat en 267, le pouvoir à Palmyre était aux mains de sa veuve, l’énergique et ambitieuse Zénobie. En août 271, profitant des difficultés d’Aurélien en Italie, le fils de Zénobie se proclame Imperator Caesar Augustus, ce qui signifiait la rupture avec Rome. Palmyre était en passe de devenir une grande puissance et de réaliser un dangereux séparatisme dans les provinces orientales, toujours conscientes de leur mutuelle solidarité. Fin 271, Aurélien se mit en marche après avoir envoyé en Egypte (envahit par les Palmyréniens) son principal lieutenant, le futur empereur Probus. L’empereur remporta une suite de succès et s’empara, en août 272, de Palmyre (lâché par les Perses que la reine avait appelé au secours). La ville fut épargnée et reçut une petite garnison. Zénobie et son fils furent pris mais rejetèrent les responsabilités sur leurs conseillers. Après le départ d’Aurélien, une révolte éclata : un parent de Zénobie se déclara roi, en même temps l’Egypte se soulevait. Dès fin 272, Aurélien revenait en hâte et reprit Palmyre qu’il laissa cette fois piller par les soldats. Alexandrie fut prise et frappée de lourds impôts punitifs. L’expédition victorieuse avait supprimé tout danger de séparatisme et procura à l’Etat un riche butin qui facilita la réforme des finances. Mais la ruine de Palmyre porta un coup sévère au commerce avec l’Orient.

En Gaule, après la fin de Postumus, en 269 probablement, et les règnes éphémères de Laelianus et de Marius, vint au pouvoir Victorinus, qui perdit l’Espagne et la Narbonnaise, revenues sous l’autorité de Claude II. Victorinus fut tué et remplacé par Tétricus en 270, pacifique il finit par se rendre à l’empereur légitime. L’unité ainsi complètement rétablie en tous lieux et les frontières assurées, Aurélien célébra à Rome un grand triomphe et se montra clément envers ses prisonniers. Mais les frontières du Rhin avait été affaiblies par les incursions romaines en Orient, dès 275-277 les Alamans menèrent des raids terrifiants. Les Francs ne se privèrent pas non plus. Probus combattit vaillamment en 277-279 : venu par les Alpes, il chercha surtout à protéger le Rhin et reconstitua un limes, allant même attaquer les barbares sur la rive droite, où les Champs décumates furent en partie réoccupés. Les barbares furent tués en grand nombre. Mais les troubles continuèrent jusqu’en 385.

Malgré le danger barbare, l’empire, réunifié et pourvu depuis Gallien d’une armée de qualité, se sentait de taille à résoudre définitivement le problème de ses confins orientaux, notamment en Perse (aussi pour venger l’humiliation de la capture de Valérien). Mais ce fut une illusion que bien d’autres époques devaient encore partager : Aurélien préparait une expédition quand il fut assassiné ; Probus aurait également préparé une campagne ; Carus réussit à occuper la Mésopotamie, mais il mourut subitement et l’expédition tourna court. Mais l’heure de l’explication décisive n’était que retardée.

Les tentatives de réformes des Illyriens

Malgré le peu de temps dont il a disposé, Aurélien semble avoir entrepris plusieurs réformes administratives, à Rome et en Italie du moins. On s’est demandé s’il n’est pas l’initiateur de la « provincialisation » de l’Italie, que l’on attribue généralement à Dioclétien. Il semble que l’on ne doive pas considérer Aurélien comme l’auteur d’une mesure générale mais il peut avoir précipité l’évolution vers la division de l’Italie en provinces. Il eut le mérite de tenter une réforme monétaire, sans doute après 274. Il va également organiser les diverses corporations.

Aurélien mis sa politique religieuse au service d’une idéologie tournée toute entière vers le renforcement de la monarchie absolue. Il est monothéiste, on voit s’esquisser la doctrine qu’Eusèbe devait développer pour Constantin : un seul dieu, un seul empereur. Il organise à Rome le culte officiel du soleil. Probus hérita d’un empire réunifié et d’un pouvoir sérieusement renforcé.

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