Né à Morrens en 1670, où son père était
pasteur, il suit sa mère devenue veuve à Lausanne en 1676,
accompagné de ses trois frères et de sa soeur. Dès l'âge de huit
ans, il suit les classes du Collège latin de Lausanne. En 1686
il entre chez un notaire pour y faire un apprentissage. Quand il
est reçu notaire et peut s'installer à Cully, il n'est âgé que
de 18 ans.
Il sera notaire un peu plus de trois
ans, entre décembre 1688 et avril
1692. Davel suit la tradition suisse
du
service mercenaire
à l'étranger. La période y est
particulièrement propice, puisque la
guerre est générale en Europe: le
roi de France est aux prises avec
une immense coalition allant de
l'empereur au roi d'Espagne, du roi
d'Angleterre au duc de Savoie. Davel
s'engage tout d'abord dans les
armées protestantes (la
Révocation de
l'Edit de Nantes a marqué
les esprits), au service de
Guillaume d'Orange.
En 1708, il quitte l'armée
austro-hollandaise pour passer dans
les rangs français. Ce changement de
cap, quoique conforme aux coutumes
de l'époque, constitue un enrôlement
tout de même curieux pour ce
protestant qui avait vécu la
Révocation de l'Edit de Nantes et eu
conscience de ses conséquences
funestes. Davel fut en outre marqué
par l'afflux de réfugiés
huguenots.
C’est en 1711 que
Davel est de retour à Cully. En
1712, il est du côté des Bernois
dans le cadre de la
seconde guerre
de Villmergen. Après la
victoire des cantons protestants,
les Bernois lui servent une rente
pour les services rendus, il reprend
alors ses activités juridiques.
En juillet 1717, il
est nommé major d'un des quatre
départements militaires du Pays de
Vaud, celui comprenant Lavaux, Vevey
et Oron. Davel mène alors une
existence tranquille. Son état de
notable lui procure une place de
choix pour observer ce qui se passe
autour de lui: l'autoritarisme de
Berne dans les affaires militaires,
où les Vaudois sont relégués dans
des emplois subalternes, les procès,
les charges qui pèsent sur les
Vaudois quand les gouverneurs
comptent sur eux pour s'enrichir en
quelques années, la disparition des
rares libertés politiques encore
concédées aux sujets vaudois.
La situation morale et matérielle
dans laquelle végétaient une partie
des gens de son pays, le cadre
toujours plus contraignant qui était
le leur et le mécontentement qui en
résultait, ont certainement porté
Davel à analyser toujours plus
sévèrement l'état des choses et
l'ont finalement déterminé à agir
contre Berne.
Mais comment comprendre plus avant
les motivations du major ? Peut-on y
voir se dessiner les idées des
Lumières ?
Le document fondamental pour mieux
comprendre sa vision de la situation
vaudoise est le
Manifeste
rédigé par le major. Sorte de cahier
de doléances, écrit à la manière
d’un réquisitoire. Davel y analyse
les défauts et les abus du
gouvernement bernois dans l'ordre
politique et social. Ses griefs
touchent l'administration, le fisc,
le commerce, la justice, l'Académie,
l'Eglise enfin. On peut être surpris
que le thème de la liberté vaudoise
n’y soit pas directement abordé,
Davel critique surtout le monopole
des hautes charges militaires. Les
bernois reconnaissent d'ailleurs le
bien-fondé des critiques et des
revendications de Davel. On a en
effet retrouvé les commentaires du
plus haut magistrat bernois de
l'époque,
Christophe de Steiger,
qui l'attestent. Les idées des
lumières n’ont certainement pas
influencé directement le major
Davel, la liberté qu’il cherche à
acquérir pour les vaudois est avant
tout ce qui devrait permettre
l’autonomie de la Patrie vaudoise,
sans autres visées intellectuelles.
Ce que Davel aurait fait du pouvoir
conquit sur les bernois, une fois
les réformes indiquées dans son
Manifeste appliquées, on l’ignore.
En 1798, avec l’accès
à l'indépendance des vaudois,
Frédéric-César
de Laharpe cherche à
faire reconnaître en Davel sinon le
précurseur, du moins un martyr des
idées nouvelles et surtout de la
liberté vaudoise. Mais
l’indifférence envers l’entreprise
du major est quasi générale. L'Assemblée
provisoire du Pays de Vaud
réhabilite les condamnés politiques
immédiatement après la Révolution,
le major Davel ne fait pas partie
des élus. C'est
Juste Olivier,
historien, poète, qui fait
véritablement redécouvrir Davel aux
Vaudois en 1842. L'obélisque de
Cully date de cette époque; le
tableau de Gleyre est réalisé en
1850. Les Vaudois ont leur héros.