Resté
dans l’histoire comme l’«homme
de Munich» Édouard Daladier a été mêlé à
d’autres graves événements. Maire de Carpentras
en 1911, puis député en 1919, il le reste jusqu’en 1940 et
le redevient de 1946 à 1958. En 1924, il rédige la partie
consacrée à la Défense nationale
du programme du Cartel des gauches.
Ministre des Colonies puis
de la Guerre en 1925, puis
de l’Instruction publique
en 1926, il devient président du Parti
radical en 1927. De 1930 à 1932, il est, par trois
fois, ministre des Travaux publics.
À
partir de décembre 1932, il s’attache à la Défense
nationale dont il sera le ministre au cours de neuf
cabinets, entre 1933 et 1940. Son premier gouvernement est
constitué le 30 janvier 1933, jour où
Hitler
prend en main les destinées de l’Allemagne. Confronté au
problème difficile du déficit budgétaire, le gouvernement
Daladier propose des économies par prélèvements
exceptionnels sur le traitement des fonctionnaires qui
dépassent les vingt mille francs, et des ressources fiscales
nouvelles sans majoration de l’impôt
sur le revenu, avec un renforcement général du contrôle
fiscal. Cherchant
à asseoir son autorité, Daladier prend l’initiative d’un
pacte à quatre avec l’Allemagne,
l’Italie et la Grande-Bretagne,
le 7 juin 1933, pacte qui
se révélera inefficace dès la fin de
l’année,
Hitler
s’étant retiré de la Société des
nations et de la Conférence du désarmement. Daladier
est mis en minorité à propos de ses réformes budgétaires
(oct. 1933). Il revient à la tête du gouvernement le 30
janvier 1934, en pleine période d’effervescence politique
et de scandale financier (Stavisky).
Le déplacement du préfet de police
Jean Chiappe provoque l’émeute
du 6 février. Le gouvernement
tombe sous la pression de la rue. Éloigné des
premiers rôles pendant deux ans, Daladier participe à la préparation
de la victoire du Front populaire de
1936. Léon
Blum, au pouvoir, lui confie le ministère de la Défense
nationale avec le titre de vice-président du Conseil. Blum
tombant pour la deuxième fois, et devant la montée des périls,
Lebrun fait de nouveau
appel à Daladier. Le 9 avril 1938,
à sa présentation, le troisième gouvernement Daladier
obtient l’unanimité des voix; l’extrême droite n’a pas
voté. Sa politique va marquer l’échec
du Front populaire. En août 1938, Daladier demande au
pays de «remettre la France au travail»;
cette demande heurte ceux pour qui les conquêtes sociales récentes
ne peuvent être touchées.
Le
29 septembre 1938, la crise tchécoslovaque
met l’Europe au bord de la guerre, conjurée apparemment à
Munich. Daladier reçoit un accueil triomphal à son retour à
Paris. Sceptique, il savait seulement que l’Angleterre et la
France avaient livré la Tchécoslovaquie.
Le Parlement approuve par un vote
massif les accords de Munich. À l’automne de
1938, après ratification des accords de Munich qui ont
superposé de nouvelles divisions aux divisions
traditionnelles au sein des formations politiques et dans
l’opinion publique, le gouvernement obtient de l’Assemblée
nationale un vote des pleins pouvoirs;
mais la majorité s’est rétrécie et la gauche du
gouvernement se trouve désormais au centre du
Parlement.
En
octobre de la même année, sur proposition de Daladier, le
congrès radical rompt les relations
avec le Parti communiste. Le 30 novembre 1938,
enfin, la C.G.T. réunifiée décrète une grève
générale pour protester contre les accords de Munich
et les décrets-lois économiques. C’est un échec dû à la
fermeté du gouvernement et au caractère politique que revêt
la grève aux yeux de beaucoup. Daladier gouverne par décrets-lois
avec l’appui des radicaux et des modérés. Le gouvernement
s’attaque aux deux maux de l’économie française: stagnation
de la production et dépréciation monétaire,
donc agitation sociale. Il réalise une stabilisation de fait
de la monnaie par action du fonds d’égalisation des
changes. La guerre va modifier le déroulement de la vie
politique normale: censure, comités secrets.
Le
dépècement de la Tchécoslovaquie avait déchaîné les
passions et les discussions; l’invasion de la Pologne se développera
devant un Parlement muet, reflet
d’une opinion politique résignée. Le 26 septembre
1939, le gouvernement décide la dissolution du Parti
communiste en raison du pacte
germano-soviétique; le 16 janvier 1940, une loi
prononcera même la déchéance du mandat parlementaire de
tous les députés communistes. Ce sera la drôle
de guerre.
À
la France qui avait tenté un simulacre d’attaque de la
Sarre,
Hitler
offrait la paix, ainsi qu’à
l’Angleterre, sur la base du fait accompli. Daladier
refuse. Le 13 septembre 1939, il remanie son
cabinet et se charge du portefeuille des Affaires étrangères.
La France offre son aide à la Finlande
attaquée par la Russie le 30 novembre 1939; le 12 mars
1940 la Finlande capitule et met le
gouvernement en mauvaise posture. Les silences de
Daladier devant les événements inquiètent l’opinion. Le
20 mars 1940, la confiance au gouvernement est votée par 239
députés: il y a 300 abstentionnistes. On fait appel à Paul
Reynaud. Daladier reste ministre de la Défense
nationale. Le 10 mai, la guerre éclair
déferle sur la France, la Belgique et la Hollande. Le 18 mai,
Reynaud prend le portefeuille de la Défense nationale (et
remplace Gamelin par Weygand).
Daladier
hérite de celui des Affaires étrangères pour dix-sept
jours. Lors de l’ultime remaniement ministériel du 5 juin
1940, il est éliminé. Il devra comparaître au procès
de Riom en février 1942. Les
occupants le déportent en Allemagne en avril 1943; il en
reviendra en 1945; jusqu’en 1958, il poursuivra son
activité politique: député, président du Rassemblement des
gauches républicaines.