Cyrène se trouvait sur la côte nord de l’Afrique,
à environ 900 km d’Alexandrie (en Libye actuelle). Elle était
donc à une grande distance de l’Egypte et de la Tripolitaine.
C’était la plus occidentale des cités de l’Orient. Cyrène a été fondée en -631. On peut comparer cette ville à des centres comme
Syracuse ou Tarente, c’était donc une cité d’importance.
Elle ne prit pas part aux guerres médiques. Au VIe siècle, elle
avait été mêlée à la politique de Polycrate et des Perses.
Au printemps -331,
Alexandre arriva en Egypte
et rencontra des députés cyrénéens à 500 km de Cyrène, entre
l’Egypte et la Cyrénaïque. On possède à ce sujet deux témoignages :
celui de Diodore et celui de
Quinturce. Les cyrénéens offrirent
des cadeaux à Alexandre, notamment cinq quadriges, ce qui, pour
l’époque, était original, car la charrie avait disparue en Grèce,
c’était un symbole non-militaire de la puissance de Cyrène.
Les Macédoniens reçurent également 300 chevaux. Il résulta de
cette rencontre une alliance. Les historiens sont d’accord pour
dire que Cyrène est restée extérieure à la politique
d’Alexandre. Les cyrénéens n’étaient pas sous la tutelle
d’Alexandre mais agissaient comme s’ils l’étaient. Cet
accord semble être en fait un calcul des cyrénéens ; la
ville de Cyrène était éloignée de l’Egypte, elle n’avait
donc pas de problèmes de voisinage avec Alexandre, mais elle
entretenait des relations avec des cités grecques.
En
-401,
Aristote nous dit qu’une guerre civile avait éclaté à
Cyrène entre l’aristocratie et les grands et moyens propriétaires
terriens pour le pouvoir. Beaucoup de bannis avaient dû fuir la
cité. L’alliance avec Alexandre posait certains problèmes et
empêchait le renversement du pouvoir en place à Cyrène car cela
aurait provoqué trop de complications internationales (par
exemple une intervention des Perses).
Le statut de Cyrène était donc un peu
particulier, la ville reconnaissait certainement la suzeraineté
de la Macédoine et était en relation avec Alexandre, mais en même
temps, elle ne faisait pas partie du royaume. Cette situation peut
sembler bizarre, mais elle s’était déjà produite dans
l’histoire de Cyrène: au VIe siècle (525 av. J-C), Sésilas
III, roi de Cyrène avait été suzerain des Perses.
Peu
avant sa mort, Alexandre avait décidé du retour des bannis dans
les cités grecques. De plus
Harpale avait levé des mercenaires
et était parti pour la Cyrénaïque, loin du royaume d’Alexandre,
pour y trouver refuge, puisqu’il avait puisé dans le trésor de
l’empire. Il passa par la Crète et prit avec lui des bannis de
Cyrène. Une fois arrivée en Cyrénaïque, Tibron, son chef
militaire élimina Harpale, voulant faire cavalier seul.
De
-324 à -321, Cyrène subit trois ans de guerre civile et étrangère.
Aucun des belligérants ne réussit à prendre le dessus; Tibron
était désorganisé et les Cyrénéens divisés.
Ptolémée
intervint par l’intermédiaire de son lieutenant, Ophélas et
prit le contrôle de la région. Certains habitants de Cyrène
appuyaient Ptolémée, mais d’autres étaient farouchement opposés
à son arrivée, en particulier les aristocrates.
Pendant
l’été -321, Ptolémée vint lui-même en Cyrénaïque. On possède
un document sur sa venue, un diagramma. Une loi fut fixée par
l’Egyptien, elle mit en place le retour à de vieilles
institutions en plus de nouvelles. On installa donc un nouveau régime
à Cyrène qui réunit la tradition athénienne et spartiate. Le résultat:
Le régime aristocratique fut reconstitué, mais il fut élargit,
on passa du régime des mille au régime des dix mille.
Cyrène s’est trouvée englobée dans la sphère
d’influence de Ptolémée. Sa stratégie: Dans les institutions
cyrénaïques, il y avait un collège des stratèges, les stratèges
étaient normalement élus pour un an, et Ptolémée réussit à
se faire élire stratège à vie au sein de ce collège, ce
qu’il lui donna un poids considérable à l’intérieur de la
cité. Comme il ne résidait pas souvent à Cyrène, il délégua
Ophélas pour le représenter. Ophélas gouverna donc Cyrène, le
port de Tokaira, la ville d’Euspéride, la cyrénaïque, Barka
et Apollonia, le port de Cyrène jusqu’en 308.
En
313-312, Ophélas du résister à une révolte des Cyrénéens
qui choisirent ce moment car Ptolémée avait des difficultés. Il
du en effet réprimer trois mouvements de révoltes en même
temps:
1.
Une révolte à Chypre
2.
Une révolte à Cyrène
3.
Une
attaque d'un roi
Ophélas réussit à endiguer la révolte et il en
ressortit grandit. De là naquit un pouvoir exceptionnel pour lui.
Ophélas était-il libre ou attaché à Ptolémée?
On pense
qu’il était assez libre de ses mouvements, car il décida seul
d’aller mettre le siège devant Carthage pour rejoindre Agatope.
Ce projet grandiose échoua et Ophélas se fit tuer par Agatope.
Mais l’important dans cette décision, c’est qu’Ophélas
l’avait prise seul.
André
Laronde pense que Ptolémée voulait agrandir son pouvoir sur la
Cyrénaïque après la révolte de 313-312. La Cyrénaïque était
le grenier à blé de l’Afrique du nord, et cela au moment même
où Athènes subit une période de famine.
Cyrène
comptait environ 100 000 habitants et plus ou moins autant
peuplaient le reste de la région. Ptolémée avait donc la main
sur une zone de peuplement grec, ce qui pour l’époque était
important, cela permettait de recruter des
soldats et des administrateurs grecs pour l‘Egypte.
On
peut donc penser que même si Ptolémée laissait une certaine
marge à Ophélas, il n’était pas du tout désintéressé de la
Cyrénaique.
Assandros
était entre -320 et -310 à la tête de la région de la Carie.
C’était un personnage intéressant qui était de la famille des
compagnons d’Alexandre le
Grand. Il avait lutté contre
Perdikkas. En
-319, il s’était allié à
Antigone le
Borgne (monophtalmos),
mais il l’avait abandonné pour se mettre au côté de Ptolémée.
On a trouvé plusieurs décrets concernant Assandros où il apparaît
comme satrape. Une fois arrivé au pouvoir, il mena un jeu de
bascule passant d’une personne à l’autre au gré de ses intérêts.
Ophélas et Assandros avaient des points communs: Ils
administraient tous les deux un grand territoire dépendant de
Ptolémée. Ce qui les plaça comme suzerain d’un personnage
lointain mais tout de même intéressé à ces territoires.
Cyrène
n’était pas, comme on pourrait le croire, une région
marginale. Elle était le lien entre le bassin oriental de la Méditerranée,
la Grèce orientale et Carthage. De Cyrène, on pouvait aller
facilement vers la Sicile, vers Carthage ou vers la Grèce. Cyrène
avait entretenu de très anciens contacts artistiques avec
Syracuse. A Carthage, une ville d’origine phénicienne, Cyrène
avait des contacts avec les Grecs de la ville. Il n’y avait
jamais eu d’affrontements graves entre les deux villes, et les
cyrénéens ne le cherchaient pas.
Au
IVe siècle, Cyrène et Carthage avaient cependant eu un affrontement pour
le contrôle de la grande Cirthe. Chose difficile à comprendre
puisque c’était une terre infertile. On pense que cette dispute
était en relation avec le commerce transsaharien assuré par les
tribus de la région.
Strabon
nous parle d’un Ptolémée (sans préciser lequel) qui avait déplacé
la frontière pour conquérir le contrôle des tribus. On pense
que la date de ce récit se situe entre -321 et -313, ce qui nous
ramène à
Ptolémée fils de Lagos.
Le
projet d’Ophélas vers Carthage était en réalité pour le bénéfice
de Ptolémée. Mais l’entreprise d’Ophélas échoua pour deux
raisons: Il fut dupé par Agatope et les cyrénéens n’étaient
pas très dociles, ils considéraient que cette cause n’était
pas la leur.
Ptolémée
essaya d’étendre son influence en direction de Carthage mais,
suite à la mort d’Ophélas, il abandonna cette ambition car une
nouvelle révolte des cyrénéens éclata entre -308 et -305. De
plus Ptolémée perdit Chypre. Il réussit tout de même à
reprendre Cyrène et y plaça comme représentant son beau-fils à
partir de -300.
Cyrène avait un intérêt en soi, c’était une ville riche, elle
jouissait d’une position avantageuse sur la Méditerranée
occidentale et d’une situation excentrique sur la Méditerranée
orientale. Elle nous apparaît comme une cité grecque normale,
mais avec un destin différent.