L’hérésie
albigeoise, aussi nommée catharisme
(venant du grec et signifiant pur),
ne fut pas une religion chrétienne mais une religion
dualiste,
distinguant le bien et le mal, issue du manichéisme,
une doctrine du III siècle. Elle s’apparente à des
mouvements de même type en Orient et dans les Balkans (les
Bogomiles ;
bien que l’on ne sache pas si ce n’est qu’un simple jeu de
mot entre Albigeois et Albanais, très proche en latin, qui
impliqua ce rapprochement) ou encore en Italie du Nord. Cette
religion se répandit au cours du
XII
siècle, c’est d’abord au
travers des croisades que cette diffusion se fit mais déjà en 1176, à
Saint-Félix
de Caraman, près de Toulouse, un concile avait précisé
l’organisation du culte et l’organisation d’une véritable
Église cathare. Des réformateurs catholiques, adeptes de la
pauvreté, les Vaudois,
qui furent déclarés hérétiques par la papauté en
1184,
prirent aussi de l’importance dans ces régions et, bien
qu’ils fussent très hostiles aux cathares et qu’ils
auraient fallu les en distinguer soigneusement, l’Église eut
de plus en plus tendance à les considérer comme étant de la même
religion, ou du moins du même bord. Il
existe de véritables missionnaires de la religion cathare,
comme Nicétas de Constantinople
par exemple. En France c’est
particulièrement le Languedoc
qui est touché par le catharisme ;
ses principaux centres furent Albi,
d’où le nom d’hérésie albigeoise, bien que ce ne fut pas
le principal centre de l’hérésie, Béziers,
Carcassonne
et surtout Toulouse.
Les cathares rejetaient les enseignements et le clergé
catholique, ils ne pratiquaient pas la messe ni les sacrements.
Ils exécutaient une sorte de baptême, le
consolamentum,
destinés aux « parfaits », certains croyants, qui
se devaient alors de mener une vie exemplaire. C’est sûrement
en réaction au faste de l’église catholique que l’hérésie
albigeoise développa une morale très stricte, par cet aspect
elle séduit plus d’un adepte ; par exemple le comte de
Toulouse Raimond VI,
qui entraîna avec lui ses vassaux.
Pour
les sources de l’appellation « albigeois » notons
que dès 1146,
Geoffroy d’Auxerre signale que le populus
civitatis albigensis
est
infesté par l’hérésie. Le concile
de Tours en 1163 parle
aussi des hérétiques albigeois et en 1183,
Geoffroy de
Vigeois nomme albigeois les hérétiques combattus en
1181
par le légat Henri
cardinal d’Albano, alors
abbé
de Clairvaux, qui en 1181 avait conduit contre la ville de
Lavaur une expédition militaire sans lendemain.
Et
dans le prologue de sa chronique écrite entre 1250 en 1275,
Guillaume
de Puylaurens dit que son œuvre est «l’histoire de
l’affaire vulgairement appelée albigeoise par les Français,
car elle a eu pour théâtre la Narbonnaise et les diocèses de
Narbonne, Albi, Rodez, Cahors et Agen».
Les
premiers moyens utilisés par l’Eglise pour faire céder les hérétiques
furent
pacifiques mais n’eurent aucun succès. Le pape,
ne pouvant se tourner vers
Philippe
Auguste retenu par ses
luttes contre les rois
anglais, espéra alors trouver en la personne de Raimond
VI un
allié pour mâter les hérétiques, il se trompa lourdement
puisqu’en 1207
Raimond fut excommunié pour avoir
refuser de rejoindre le camp de ceux qui lutteraient contre les
cathares.
Innocent
III décréta
alors que l’Eglise n’était plus obligée de recourir au
bras séculier pour mâter l’hérésie d’une région et
s’arrogeait le droit de distribuer les terres conquises aux
conquérants (cette méthode pris le nom aux 16-17 siècles
d’ « exposition
en proie »),
la croisade prenait forme…
Le
15 janvier
1208,
après une entrevue avec Raimond VI,
le légat
Pierre de Castelnau
fut
assassiné par
un écuyer du comte de Toulouse;
rien ne prouvait que Raimond eut un rapport direct avec
l’assassinat mais le
10 mars
1208 Innocent
III prêcha la croisade contre les Albigeois ; devant le
danger Raimond VI se soumit le 18
juin 1209 et
rejoignit le camp du pape. C’est
Simon
de Montfort, petit
seigneur d’Île-de-France, qui allait mener l’expédition,
son armée était composée surtout de barons du Nord, avides en
nouvelles terres, mais aussi de nombreux éléments étrangers.
La
croisade commença par un coup exemplaire: le
22 juillet 1209 la
prise et la destruction de Béziers suivie du massacre
d’une partie de ses habitants ; le 15
août Carcassonne
capitulait. En
1212 un
ultimatum était envoyé à Raimond VI, ce dernier refusa les
exigences des légats. Une nouvelle armée menée par Simon de
Montfort vint le battre lors de plusieurs batailles. Entre alors
en jeu Pierre II d’Aragon,
vassal du Saint-Siège, et dont la réputation de pourfendeur
d’hérétiques le précède ; il répond à l’appel à
l’aide lancé par le comte de Toulouse et obtint d’Innocent
III la condamnation des abus des croisés de Simon de Montfort.
Mais tout allait se finir comme on pouvait le prévoir : Pierre
II prit
les armes et affronta Simon de Montfort à Muret
le 12 septembre 1213.
L’armée aragonaise fut mise en
déroute et Pierre II tué ;
cette victoire faisait basculer le Languedoc vers la France: il
ne serait pas espagnol. Mais Raimond VI ne s’était toujours
pas soumis et Simon obtint en 1215 la déchéance du comte et
l’obtention de toutes ses terres. Mais les Toulousains se révoltèrent
aux côtés de Raimond ; au cours du siège de la ville, le
25 juin 1218,
Simon de Montfort fut tué par une pierre
lancée
du haut des murailles par une habitante de la ville.
Ce fut la débandade pour les croisés,
Raimond VI allait mourir à son tour laissant à son fils,
Raimond VII,
le soin de reconquérir sur le fils de Simon de Montfort
tous ses états.
C’est
alors que le fils de Philippe Auguste, le roi de France,
Louis
VIII, qui après avoir
repris le Poitou aux anglais en 1224
se tourna vers le midi et, dès 1226,
prit la relève et poursuivit la croisade. Louis VIII ne règnera
pas longtemps mais soumettra le Languedoc (c’est
en rentrant de cette conquête qu’il mourut) dont il
annexa une partie
au domaine royal et promit l’autre à son fils Alphonse
au traité de Meaux
en 1229. Raimond VII
conservait le comté de Toulouse et le Lauragais, mais, après sa mort, ces terres devaient revenir à Alphonse, le frère
du jeune roi Louis IX
( qui était alors enfant et sous la régence de
Blanche
de Castille). Les terres du
comte tombèrent en 1271 sous la suzeraineté royale ;
comme l’avait prévu le traité de Meaux.
1230-1244 :
la résistance du château de
Montségur