C'est
en 1941 que fut lancé le génocide à l'échelle européenne.
On dispose à cet égard d'un document crucial, le procès-verbal
de la fameuse conférence de Wannsee,
qui se tint à Berlin le 20 janvier
1942. Réunion secrète tenue dans le quartier de
Wannsee, par des dirigeants nazis. Convoquée par
Reinhard
Heydrich, l'un des adjoints de Heinrich
Himmler et chef
de la police et du service de renseignements nazis (SD), cette conférence réunissait les secrétaires
d'État des principaux ministères. Himmler et
Heydrich, sur qui reposait l'exécution du crime, avaient
besoin de la coopération de
l'administration allemande. La conférence aurait dû
avoir lieu le 9 décembre 1941; les invitations avaient été
lancées dès la fin de novembre. Au moment où Heydrich
mettait au courant le cercle extérieur des participants, la décision
était manifestement tombée depuis au moins deux ou trois
mois. La
coordination de l’extermination des Juifs, qualifiée de «solution
finale de la question juive européenne»,
est le sujet de la réunion. Selon le témoignage donné par Eichmann
(responsable
de la section IV B 4a de l’Office central de sécurité du Reich (Reichssicherheitshauptamt)
et chargé de rédiger le protocole de la Conférence)
à
Jérusalem, ce procès-verbal fut épuré;
tout ne devait pas apparaître de ce qui avait été dit, mais
l'essentiel devait s'y trouver.
À l’instigation d’Adolf
Hitler, Hermann Göring a chargé Reinhard Heydrich, le
31 juillet
1941, de mettre au point un «projet
d’ensemble» ;
la
«solution finale de la question
juive», présentée lors de cette conférence,
concernait l'Europe entière. Les statistiques préparées par
Eichmann incluaient même les juifs résidant dans des pays
qui n'étaient pas occupés par le Reich, comme la Suisse ou
le Portugal. Dans l'immédiat, ceux qui se trouvaient sous
contrôle allemand devaient être déportés à l'Est.
Le
protocole demeure elliptique sur le sort qui les attendait; il
mentionne la mise au travail de ceux qui y seraient aptes et
passe sous silence le sort des autres (enfants, vieillards,
malades, infirmes). Il est facile, pourtant, de le connaître
en considérant ce qui était prévu pour les juifs capables
de travailler: il était indiqué qu'ils seraient exterminés
par le travail intensif, exterminés par «diminution
naturelle» consécutivement aux travaux forcés; ceux qui survivraient devraient être
tués pour empêcher toute renaissance du «danger
juif». « Les
survivants éventuels devront être traités de façon adéquate
car, étant le produit d’une sélection naturelle, ils
pourraient être, une fois libérés, le ferment d’une
nouvelle organisation juive.».
Si même les juifs aptes au
travail devaient en définitive disparaître, le sort des
autres ne pouvait faire de doute. Que ce soit par mort immédiate
ou par mort différée, tous les juifs disparaîtraient de
l'Europe. Le document ne dit rien sur la manière dont devait
se faire cette «disparition», bien que l'on sache par le témoignage
de Eichmann que la question fut très ouvertement discutée
lors de la réunion. En pratique, deux méthodes furent utilisées:
la fusillade et le gazage.
La méthode de la fusillade fut
appliquée avant tout en Union soviétique, subsidiairement en
Pologne et en Yougoslavie.
Sous les ordres de Heydrich, 370 000 Juifs ont déjà
été fusillés par les commandos des
Einsatzgruppen dans des régions
occupées de la Pologne et de l’Union soviétique. Le plan
de Heydrich a pour objet la rationalisation de
l’extermination des Juifs et son extension systématique à
toutes les régions sous domination allemande qu’il s’agit
de «nettoyer
d’environ 11 millions
de Juifs».
Avec la conférence
de Wannsee, une implacable machine de mort se met en place, à
laquelle participeront de nombreux services publics et
institutions, des entreprises industrielles et des éléments
des SS, de la police et de l’armée, c’est-à-dire au
total des centaines de milliers de personnes. Environ 6 millions
d’individus ont été les victimes de ce programme
d’extermination, motivé par une idéologie raciste, qui
constitue le plus grand crime de l’histoire de l’humanité.
L'extermination
massive de juifs commença en U.R.S.S., dans le sillage de la
campagne lancée le 22 juin 1941
par
Adolf
Hitler.