SOMMAIRE - Divers

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Colbert, Jean-Baptiste (1619-1686)

 
 

Parmi les ministres qui laissèrent en France, et même en Europe, un éclatant souvenir de grandeur, Colbert est au premier rang. C'est l'un des hommes les plus éminents qui ait jamais servi un roi de France, le plus grand après Richelieu. Mais Richelieu ne fut-il pas davantage qu'un ministre ? Bien plutôt, un vice-roi, le vrai maître d'Etat. Fils d'un marchand drapier de Reims, formé dès son jeune âge à la stricte discipline du « Doit » et de l'« Avoir », Colbert fut à la fois contrôleur général des finances, secrétaire d'Etat de la marine, secrétaire d'Etat de la maison du roi: en réalité, neuf ministères voués aux soins d'un seul homme. Entré jeune dans les bureaux de Le Tellier, passé de là au service de Mazarin dont il géra la malhonnête fortune, Colbert est le type même de ces grands « commis », comme on disait sous l'Ancien régime, qui n'ont jamais manqué aux « rois très chrétiens ». C'est lui qui mit fin aux malversations du surintendant aux finances, le somptueux Fouquet, et lui fit rendre gorge avant de prendre sa place.

Figure âpre et ingrate - on l'avait surnommé « le Nord » tant son accueil était glacial -, il eut la passion du travail, le génie de l'administration et de l'économie. « C'est lui qui fournit à Louis XIV les moyens de magnificence au dedans et au dehors et qui donna au royaume, pendant quelques années cette prospérité éclatante sans laquelle les peuples n'ont pas le sentiment de leur grandeur » écrit Madaule dans son Histoire de France.

Vrai ministre de l'économie nationale pendant 22 ans, il avait pris pour devise: « Pro rege saepe, pro patria semper », ce qui prouve, bien que des esprits partisans l'aient trop oublié, que le sentiment de la nation française ne date pas de la Révolution. Il travailla sans relâche, par passion de la grandeur publique, par dévouement à son roi et à son pays, parce qu'il les voulait le premier roi et le premier royaume de l'Europe. Pour faire la France plus riche, lui assurer « l'abondance d'argent », il ne s'agit pas seulement de trouver des moyens de remplir les coffres de l'Etat, mais aussi d'accroître la richesse des particuliers. L'ordre dans les finances de l'Etat, n'est donc qu'une partie d'une oeuvre plus vaste. Il régularisa la comptabilité publique, tenant un compte exact des recettes et des dépenses, cherchant à rendre l'impôt plus équitable, et, déjà, il dénonçait le privilège fiscal de la noblesse et du clergé dont la monarchie devait, au siècle suivant, mourir. C'est justement sur ce terrain qu'il échoua, et son échec montre que l'ancienne monarchie était irréformable sur le plan financier parce qu'il ne saurait exister d'ordre dans les finances que si l'emploi de l'argent est contrôlé par ceux qui le fournissent. Louis XIV ne voulut pas suivre jusqu'au bout son ministre dans la réforme radicale qu'il préconisait parce que la monarchie était étroitement liée aux ordres privilégiés.

Les finances publiques devaient être nourries par une prospérité économique toujours croissante. Pour l'assurer, Colbert pensait que le pays devait vendre à l'étranger plus qu'il ne lui achète. La balance des payements sera alors en sa faveur et il ne cessera d'attirer l'or, qui est le signe matériel de la richesse. La France se suffisait à elle-même au point de vue agricole, mais elle était encore fort en retard dans l'industrie et le commerce. Colbert créera donc de nouvelles industries; il les soutiendra par des tarifs douaniers protecteurs, faisant aux pays étrangers cette « guerre d'argent », comme il disait pour porter le royaume au plus haut degré de puissance dans le monde. C'était pratiquer le « mercantilisme » en même temps que l'impérialisme économique. Les Hollandais, les Anglais, les Espagnols l'apprirent à leurs dépens, et l'on comprend l'âpreté des guerres du règne, la monarchie considérant alors l'essor économique à peu près exclusivement comme un moyen de la puissance militaire et politique. Le commerce extérieur suppose avant tout une marine marchande, une marine de guerre, des débouchés, des colonies. Colbert s'ingénia à les lui procurer. Il créa des compagnies de commerce à privilèges pour les Indes orientales et les Indes occidentales. Il soutint les expéditions de Cavelier de la Salle et du Père Marquette qui découvrirent le Mississipi - le « fleuve Colbert » - d'autres encore aux Antilles, en Guyane, au Sénégal, aux Indes. Cette oeuvre immense n'épuisa pas toute l'activité de Colbert. Il sut encore reprendre l'oeuvre législative du siècle précédent, édicter des codes de commerce et de navigation, réorganiser la police. C'est lui qui pensionna les écrivains et les artistes, fonda des académies et des écoles: celle des Sciences, celle des Inscriptions, celle de France à Rome, celle qui deviendra l'Ecole des langues orientales, d'autres encore.

A côté de Colbert, son rival, Louvois, est le créateur de l'armée nouvelle d'une grande monarchie moderne. D'une manière générale, exception faite de la guerre de Hollande, entreprise pour ruiner la puissance commerciale de la république des Pays-Bas, Colbert se montra hostile aux entreprises guerrières. C'est qu'elles désorganisent les finances et nuisent au développement du commerce et de l'industrie; et c'est aussi qu'elles réduisaient son rôle au profit de son rival, l'impérieux et dur ministre de la guerre. Colbert et Louvois représentent plus que la paix et la guerre, deux tendances opposées de la politique française. La France, à moitié maritime, à moitié continentale, était attirée par la mer, les colonies, le grand commerce qui faisait la prospérité de l'Angleterre et de la Hollande. Mais elle était aussi retenue par l'Europe dont la menace n'était jamais longtemps absente de ses frontières, et il était difficile, sinon impossible de lutter, à la fois, contre les puissances maritimes et contre les puissances continentales. C'est pourquoi l'on a pu dire que le drame du royaume fut d'avoir été presque toujours forcé de « choisir entre Colbert et Louvois ». Louis XIV eut la chance, pendant quelques années, d'avoir pu se servir de l'un et de l'autre. Louvois donna à son maître l'armée de sa politique, une armée permanente et régulière, dotée d'un matériel moderne. Le fusil remplaça le mousquet, avec la baïonnette, inventée par Vauban, le créateur d'un nouveau système de fortifications qui tenait compte des progrès de l'artillerie.

Colbert mourut en 1683, attristé par le désordre grandissant des finances, par les fastueuses prodigalités du roi, par la faveur croissante de Louvois; huit ans plus tard, son rival le suivait dans la tombe. Depuis de longues années déjà, Louis XIV, gonflé d'orgueil par ses triomphes et comme enivré de gloire, en était venu à ne plus vouloir entendre aucun conseil de modération ni de prudence. On a vu où le mena sa politique d'hégémonie. Dans les affaires religieuses, qui tiennent une si grande place dans son règne, l'absolutisme de Louis XIV ne put pas souffrir davantage que son autorité fût en quoi que ce soit limitée. Comme à l'immense majorité de ses contemporains, l'orthodoxie religieuse et la fidélité politique lui apparaissaient liées. Des rapports entre le trône et l'autel se dégagea ainsi un catholicisme d'Etat qui ne tolérait pas de dissidents et dont l'empreinte fut durable et profonde.

 
     

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