Maire
du palais de 718 à 741. Fils de
Pépin II,
dit de Herstal, et de sa concubine
Alpaïde.
Bien que bâtard, Charles (dont le
prénom signifie « soldat
brave » ou « gars
solide ») est issue d’une
puissante famille seigneuriale, les
Péppinides.
Possédant d’immenses domaines entre
Brabant et Moselle, cette lignée
aristocratique occupait la fonction
de maire du palais depuis trois
générations. A l’origine
intendant
général (chargé de diriger
les services politiques et
domestiques de la maison du roi), le
maire du palais apparaît, dès le
milieu du VIIe siècle, comme le
personnage principal de l’Etat.
C’est lui, de
fait, qui exerce la réalité du
pouvoir. Dans un royaume
fractionné en trois parties, les
rois mérovingiens de l’Austrasie, de
la Neustrie et de la Bourgogne ne
sont plus que des fantoches, sous
tutelle du maire. Ainsi, Pépin II
laisse-t-il à ses descendants non
seulement une fonction désormais
héréditaire, mais encore le pouvoir
sur deux mairies qu’il a réussi à
rassembler : l’Austrasie et la
Neustrie. A sa mort en 714, la
bataille pour la succession
s’engage. Sa veuve légitime,
Plectrude,
revendique « l’héritage » pour son
fils Théobald.
Pas question que Charles le bâtard
s’en empare. Fait prisonnier, il
s’évade en 715,
rassemble des compagnons, se rend
bientôt maître de l’Austrasie, avec
le titre de duc et prince des
Francs.
Se tournant contre les Neustriens,
Charles les bat à
Amblève,
près de Malmédy (716), puis à
Vincy,
près de Cambrai (717), et se fait
livrer par Plectrude la ville de
Cologne et le trésor royal. Il
déploie une énergie farouche à
unifier l’Etat mérovingien, met en
déroute les Saxons et les Frisons,
soumet la Thuringe et la Bavière. En
novembre 719, par une victoire
décisive à
Néry, il met définitivement
la main sur la Neustrie, en évinçant
Rainfroi
qui venait d’être proclamé nouveau
maire du palais.
Homme de guerre remarquable, mais
aussi fin politique, Charles
s’empresse de reconnaître
la dérisoire
souveraineté de Chilpéric II,
puis de
Thierry IV, afin de
s’attacher la confiance de
l’aristocratie neustrienne. Maire de
deux palais, Charles ne détient pas
encore la totalité du pouvoir :
l’Aquitaine, dirigée par
Eudes,
garde son autonomie; les
princes-évêques restent puissants,
notamment en Bourgogne. Mais,
surtout, la
pression croissante des Arabes
sur le midi de la France
devient un danger mortel. La
deuxième vague musulmane s’abat sur
la Gascogne, s’avance sur Tours.
Charles accourt avec son armée aux
abords de Poitiers. Les soldats en
rangs serrés, « immobiles
comme un mur »,
brisent net l’élan des cavaliers
ennemis (octobre
732). La mort de leur
chef Abd
El-Rahman, tué au combat, est
le signal de la débandade.
Par cette victoire, Charles a stoppé
l’invasion arabe en Europe du Nord.
Par cette éclatante victoire
l’a-t-il sauvé de l’Islam ? En tout
cas, il apparaît comme le
champion de la
Croix aux yeux du monde
chrétien. Exploitant totalement son
immense prestige dans toute la
Gaule, il se sent assez fort pour
soumettre les évêques d’Orléans et
d’Auxerre, en confisquant leurs
biens. En 737 et 739, il entreprend
des campagnes militaires qui
assurent son autorité sur
l’Aquitaine et la Provence. A la
mort de Thierry IV (737), Charles
laisse le trône vacant. Il gouverne
seul, mais se
garde de s’approprier le titre royal.
Bien qu’ayant laïcisé les biens
ecclésiastiques, il ne cesse de
maintenir sa collaboration avec
Rome. Cette alliance avec le
Saint-Siège sera encore développée
par ses successeurs, et plus
spécialement par son petit-fils,
Charlemagne.
De son vivant, Charles règle sa
succession en partageant le royaume
entre ses deux fils,
Carloman
et
Pépin le bref.
Mort à Quierzy le 22 octobre 741,
Charles Martel est enterré à
Saint-Denis.
Ce guerrier politique, cet
infatigable réunificateur, doit son
surnom de Martel à la forte
impression qu’il a laissé, façonnant
comme avec un marteau le monde de
son temps et ouvrant la voie à la
dynastie nouvelle des Carolingiens.