SOMMAIRE - Divers

La rubrique Divers regroupe divers travaux et dossiers relatifs à des sujets variés ou spécifiques. Ainsi, par exemple, un important dossier consacré à l'Histoire de la Suisse, un index de personnalités historiques, des chronologies, des dossiers d'histoire économique, d'introduction aux études historiques ou de didactique de la discipline.

 

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Charlemagne ou Charles Ier le Grand (Carolus Magnus) (742-814 Aix-la-Chapelle) Roi des Francs de 768 à 814 et Empereur d'Occident

 
 

Petit-fils de Charles Martel, Charles était le fils de Pépin le Bref et de Bertrade. Il hérita le 24 septembre 768 d'un royaume (l'Austrasie, la Neustrie et l'Aquitaine maritime) qui enserrait les terres de son frère cadet, Carloman, avec qui il ne s'entendait guère. La mort de Carloman, le 4 décembre 771, laissa à Charles l'ensemble des possessions des Francs, c'est-à-dire la Gaule et une partie de la Germanie; mais il héritait aussi des problèmes nés des particularismes régionaux (Aquitaine, Bavière), et des traditions politiques des premiers Carolingiens : protection du Saint-Siège, lutte contre l'infidèle, païen ou musulman. Un de ses premiers actes fut de répudier son épouse, la fille de Didier, roi des Lombards, qui se réfugia auprès de son père, avec la femme et les fils de Carloman. Charles les poursuivit et les assiégea dans Pavie, qu'il prit en juin 774, et se proclama roi des Lombards. À l'appel du pape Adrien, Charles s'empara également des duchés de Spolète et de Bénévent. Roi d'Italie, il pouvait désormais imposer ses vues au pontife romain.

Une construction territoriale : l'Occident carolingien

En 46 années de règne et en 53 campagnes militaires, Charles va peu à peu réunir sous son autorité la majeure partie de l'Europe occidentale et constituer le plus vaste rassemblement territorial que l'Occident ait connu depuis l'Empire romain ; à sa mort, seules échapperont au contrôle des Francs la Bretagne et, bien sûr, l'Espagne et les îles Britanniques. Pratiquant la christianisation forcée comme instrument d'assimilation, Charles va parachever son œuvre de rassemblement en ressuscitant la notion d'empire d'Occident, perdue depuis l'effondrement de Rome, en 476, et dont le souvenir était perpétué par l'enseignement des clercs.

Tous les ans, en mars ou en mai, les hommes libres, astreints au service militaire, sont convoqués avec leur équipement à une assemblée générale : pendant que l'empereur et les grands font un tour d'horizon des problèmes concernant l'État, l'armée se prépare ; puis, les buts de guerre fixés, la cavalerie franque s'ébranle à la conquête d'un empire. En Germanie, objet de ses préoccupations essentielles, Charlemagne entreprend de soumettre les peuples germaniques restés hors de la mouvance franque. Il lui faudra trente ans pour vaincre les Saxons qui, installés dans une région d'accès difficile, mènent une guerre de partisans derrière un chef célèbre, Widukind. L'armée carolingienne se révèle ici impuissante, et Charlemagne ne viendra à bout de la résistance saxonne qu'en recourant à la terreur : massacre des prisonniers ; ravage systématique du pays, notamment en 784-785 ; déportations massives, comme en 804 ; conversions forcées (de Widukind en 785).

Dans le même temps, des routes et des fortins sont construits, qui permettent l'implantation de groupes francs. À la suite de la soumission de la Saxe, la Frise, voisine, doit accepter la tutelle franque. Quant à la Bavière, elle est annexée en 788 à la suite des rébellions continuelles de son duc, Tassilon, pourtant vassal de Charlemagne. Cette unification de la Germanie met l'Occident carolingien en contact avec les Danois, les Slaves de l'Elbe, les Avars de la plaine hongroise ; ces derniers sont vaincus en 796 et leur organisation politique est détruite. Au nord, l'empereur doit faire face aux premiers raids scandinaves.

Roncevaux (778)

Dernier secteur d'intervention, l'Espagne. La volonté d'expansion de Charlemagne le pousse au-delà des Pyrénées, en 778; les circonstances sont favorables : trêve du côté saxon ; appel de petits princes musulmans du nord de l'Espagne, en rébellion contre l'émir de Cordoue. La campagne débute victorieusement par la prise de Pampelune, mais un soulèvement des Saxons oblige Charles à lever précipitamment le siège de Saragosse. Au retour, franchissant les Pyrénées à Roncevaux, son arrière-garde est attaquée et détruite par les Basques (qui habitent le nord de l'Espagne et le sud de la Gascogne, et que Charlemagne n'a jamais réussi à soumettre) et par des musulmans. L'épopée s'est emparée, en le déformant, de cet événement et a magnifié ses protagonistes, l'empereur Charles et Roland. Les annales nous apprennent qu'Éginhard, le comte du palais, et Roland, préfet des Marches de Bretagne, furent tués dans ce combat. Les textes contemporains ont minimisé ce fait ou l'ont passé sous silence ; or ce fut un véritable désastre. Mais Charlemagne revient à la charge à la fin du VIIIe siècle et réussit à conquérir une partie de la Catalogne sur les musulmans : Barcelone est prise en 801.

 

Une construction idéologique : l'empire

La restauration de l'empire en Occident est le fait majeur du règne de Charlemagne. Charlemagne a marqué des hésitations, qui peuvent s'expliquer par l'existence de plusieurs conceptions de l'empire à cette époque :

         une idée romaine, qui fait de l'empereur le souverain suprême du monde civilisé ; mais l'empereur d'Orient incarne déjà cette idée ;

        une idée religieuse, selon laquelle l'empereur est le chef temporel d'un empire chrétien, dont le véritable dirigeant est le pape ; cette idée, si elle ignore l'empereur d'Orient, les conflits entre les Églises étant permanents, subordonne l'empereur au pape ;

         une idée de fait, l'empereur étant celui qui domine plusieurs royaumes ; c'est le cas de Charlemagne, mais alors le titre impérial se réduit à une simple dignité qui n'apporte aucun surcroît de puissance à celui qui le porte.

Le processus de restauration de l'empire se mit en route en 798 : une émeute éclate à Rome contre le pape Léon III, dont la moralité est suspectée. Le souverain pontife vient voir Charles à Paderborn et le principe d'une intervention en Italie est retenu ; l'idée d'une restauration de l'empire est probablement envisagée. Le concile décide également de restaurer l'empire et de préparer la cérémonie du sacre. Le cérémonial retenu est calqué sur celui de Constantinople, encore qu'une entorse importante y est apportée : à Constantinople le rôle du patriarche byzantin reste secondaire ; à Rome, en revanche, le pape prend l'initiative, en couronnant Charles «empereur des Romains», de « faire l'empereur ». Au dire d'Éginhard, le nouvel élu se montra d'ailleurs fort mécontent du déroulement de la cérémonie : Charles n'entendait pas dépendre de la papauté ; jusqu'à sa mort, Charlemagne va s'efforcer de corriger le sens de cette cérémonie. D'une part, tout en portant le titre d'empereur, il conserve sa titulature traditionnelle ; il est roi des Francs et roi des Lombards : sa puissance réelle vient de là et non du titre impérial. D'autre part, peu avant sa mort, il couronne à Aix son fils Louis le Pieux, signifiant ainsi au pape qu'il n'a pas à intervenir dans cette cérémonie toute laïque. Cette conception de l'empire ne survivra pas à Charlemagne, puisque Louis le Pieux redonnera au pape l'initiative de faire l'empereur.

Une construction politique : l'État carolingien

Charlemagne a consacré les dernières années de sa vie à l'organisation de ce Saint Empire romain d'Occident qui, malgré son nom, était bien plus germanique que méditerranéen. Sans innover en matière de gouvernement   il a repris les usages francs , il a tenté de doter ses territoires d'une organisation étatique cohérente et unifiée. Au niveau central, il gouverne avec les nombreux courtisans et serviteurs rassemblés dans le « palais ». Les conseillers les plus importants n'ont pas nécessairement de titres auliques (c'est-à-dire caractéristiques de la noblesse de la cour impériale) ; mais les charges de comte du palais et d'archichapelain émergent au-dessus de celles, mi-domestiques, mi-politiques, de bouteiller ou de chambrier. Ce palais se déplace sans cesse, de domaines royaux en domaines royaux : les besoins de nourriture de la cour imposent cette migration, les nécessités politiques également, car dans ce vaste empire le prince doit se montrer pour être obéi. Toutefois, impressionné par Ravenne, l'ancienne capitale impériale, et par Pavie, la capitale lombarde, Charles fait édifier, à partir de 794, Aix-la-Chapelle, où il résidera de plus en plus souvent après 800.

Les décisions prises au palais sont annoncées lors des assemblées et appliquées par l'administration. On l'a dit, le départ de l'armée est annuellement l'occasion d'une vaste réunion des notables, clercs et laïcs, du royaume : les mesures élaborées et discutées par l'assemblée sont consignées dans un texte législatif, lu à tous les hommes libres présents : le capitulaire. Ce texte est transmis aux agents locaux du pouvoir, et d'abord aux comtes. Le comte, juge, percepteur des amendes et des impôts indirects (les seuls existants), et chef des contingents militaires locaux, est le représentant permanent de l'empereur dans l'un des trois cents comtés qui partagent l'empire. Des inspecteurs itinérants, les missi dominici envoyés du maître») font des tournées pour contrôler les comtes. Aux frontières, un personnage investi de pouvoirs militaires tient parfois en main plusieurs comtés, qui forment une marche : il est le duc, ou le comte, de la marche.

Les distances et les difficultés de communication, constantes au Moyen Âge, et surtout les particularismes ethniques et la structure sociale rendent fragile et peu efficace cette construction, cependant cohérente. Pour obvier aux inconvénients des particularismes, Charlemagne a érigé en royaumes satellites, confiés à ses fils, les territoires mal assimilés au monde franc, comme l'Aquitaine ou l'Italie. L'obstacle constitué par les structures sociales est plus grave : la terre est la seule richesse et la société est dominée par une aristocratie détentrice de cette richesse ; dans ces conditions, une structure politique centralisée est vouée à l'échec. Le comte, nommé et révoqué par l'empereur, ne peut être rétribué que par la concession d'une terre publique : les comtes, et cela dès Charlemagne, ont tendance à faire entrer ce bien dans leur patrimoine et à agir à leur guise. Pour contrer ces forces centrifuges, Charlemagne use de divers remèdes : serment de fidélité imposé à tous les hommes libres ; utilisation des cadres ecclésiastiques au profit de l'État, l'évêque tenant dans sa cité le rôle du comte ; concessions de diplômes d'immunité aux grandes abbayes ; utilisation des liens privés de dépendance, l'empereur recevant l'hommage de nombreux vassaux, à qui il concède une terre en usufruit, et obligeant les comtes à entrer dans sa vassalité. Malgré sa volonté et son prestige, Charlemagne n'a pu que contenir ces forces de désagrégation, non les maîtriser.

Une construction intellectuelle : la Renaissance carolingienne

Pour disposer d'administrateurs compétents, Charlemagne favorisa un renouveau des études et créa l'École du palais, que dirigea le célèbre Alcuin. Les nécessités religieuses l'amenèrent également à concevoir une « politique culturelle ». Celle-ci était conditionnée par la réforme religieuse que Charlemagne, concile après concile, réussit à imposer : réforme liturgique, réforme de la discipline dans les abbayes et les chapitres cathédraux. Seul un clergé instruit pouvait permettre le succès de ces réformes ; d'où les mesures « pédagogiques », si l'on peut dire, prises à l'instigation de Charlemagne et de ses conseillers : création d'écoles près des églises cathédrales et des monastères ; réforme de l'écriture, avec l'adoption de la « minuscule caroline », écriture simple régulière, lisible. Charlemagne participa aussi aux débats théologiques de son temps. Au concile de Francfort (794), il fit condamner l'iconoclasme et l'adoptianisme espagnol. 

D'une manière générale, l'empereur encouragea un véritable élan vers la culture  facilité par l'ouverture de l'empire sur des régions où la culture antique s'était conservée (Italie, Espagne, Angleterre, Irlande) , ce qui permit, sous son règne et sous celui de son fils Louis le Pieux, l'éclosion d'une brève mais brillante «renaissance carolingienne» dans le domaine des arts et des lettres (et qui assura notamment la survie de nombreux manuscrits latins) : l'Anglo-Saxon Alcuin, le Lombard Paul Diacre, le Wisigoth Théodulf, le Franc Angilbert contribuèrent à relancer le goût pour la culture antique et, dans leurs écrits, à restaurer la langue latine. La volonté d'imiter l'Antiquité marque également la renaissance artistique : le décor architectural, la sculpture sont calqués sur l'art romain. Mais on note aussi une ouverture aux influences extérieures, irlandaises dans les manuscrits à peintures, byzantines dans le décor à mosaïques. L'architecture connaît un brillant essor : les constructions religieuses obéissent aux besoins de la piété populaire (grandes églises, cryptes et déambulatoires pour abriter les reliques dont le culte se répand) ou aristocratique (Germigny, chapelle de campagne de Théodulf, chapelle palatine d'Aix, conçue pour le service divin du palais). La construction des palais d'Aix et d'Ingelheim témoigne du renouveau de l'architecture civile. Mais l'état arriéré de l'économie, la faiblesse des échanges, l'insuffisance des cadres administratifs et les invasions normandes provoquèrent la dislocation rapide d'une construction politique aussi impressionnante qu'éphémère, que l'empereur avait d'ailleurs songé à partager entre ses trois fils, avant de couronner Louis comme son héritier en 813.

Charlemagne : l'homme et le mythe

Éginhard, qui a écrit l'histoire du règne (Vie de Charlemagne), décrit l'empereur comme un homme vigoureux, très grand, portant moustache (et non la barbe), vêtu simplement du costume du guerrier franc, passionné de chasse et gros mangeur. Peu cultivé lui-même, Charlemagne sut toutefois s'entourer des meilleurs esprits de son temps et servit l'Église avec une foi sincère. Après sa mort en 814, son règne apparaîtra vite comme un âge d'or perdu et la légende s'emparera de ce personnage hors du commun.

La figure de Charlemagne, empereur à la barbe fleurie, désormais mythique survécut dans les chansons de geste (la Chanson de Roland, la Chanson des Saisnes), et les romans de chevalerie où il apparaît comme l'infatigable défenseur de la foi et de la justice, avant de prendre des traits comiques, au moment où le pouvoir royal cède devant l'expansion féodale (le Pèlerinage de Charlemagne). Frédéric Barberousse fit canoniser en 1165, par l'antipape Pascal III, le souverain qui devait rester un modèle pour toutes les monarchies européennes.

 
     

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