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Petit-fils de
Charles Martel, Charles était le fils de
Pépin le Bref et de
Bertrade. Il hérita le 24 septembre 768
d'un royaume (l'Austrasie, la
Neustrie et l'Aquitaine maritime)
qui enserrait les terres de son
frère cadet,
Carloman, avec qui il ne s'entendait guère.
La mort de Carloman, le
4 décembre 771, laissa à Charles
l'ensemble des possessions des
Francs, c'est-à-dire la Gaule et une
partie de la Germanie; mais il
héritait aussi des problèmes nés des
particularismes régionaux
(Aquitaine, Bavière), et des
traditions politiques des premiers
Carolingiens : protection du Saint-Siège, lutte contre
l'infidèle, païen ou musulman.
Un de
ses premiers actes fut de
répudier son
épouse, la fille de
Didier, roi des Lombards, qui se réfugia auprès de son père, avec
la femme et les fils de Carloman.
Charles les poursuivit et les
assiégea dans Pavie, qu'il prit en
juin 774, et se proclama
roi des
Lombards.
À l'appel du pape
Adrien, Charles s'empara également des duchés de
Spolète
et de Bénévent.
Roi d'Italie, il pouvait désormais
imposer ses vues au pontife romain.
Une construction territoriale :
l'Occident carolingien
En 46 années de règne et en 53 campagnes militaires, Charles
va peu à peu réunir sous son
autorité la majeure partie de
l'Europe occidentale et constituer
le plus vaste rassemblement
territorial que l'Occident ait connu
depuis l'Empire romain ; à sa mort,
seules échapperont au contrôle des
Francs la
Bretagne et, bien sûr,
l'Espagne et les
îles
Britanniques.
Pratiquant la christianisation
forcée comme instrument
d'assimilation, Charles va
parachever son
œuvre de rassemblement en
ressuscitant la notion d'empire
d'Occident, perdue depuis
l'effondrement de Rome, en 476, et dont le souvenir était perpétué par l'enseignement des
clercs.
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Tous les ans, en mars ou en mai, les hommes libres,
astreints au service militaire, sont
convoqués avec leur équipement à une
assemblée générale
: pendant que l'empereur et les grands font un tour
d'horizon des problèmes concernant
l'État, l'armée se prépare ; puis,
les buts de guerre fixés, la
cavalerie franque s'ébranle à la
conquête d'un empire. En
Germanie, objet de ses
préoccupations essentielles,
Charlemagne entreprend de soumettre
les peuples germaniques restés hors
de la mouvance franque. Il lui
faudra trente ans pour vaincre les
Saxons qui, installés dans une
région d'accès difficile, mènent une
guerre de partisans derrière un chef
célèbre,
Widukind. L'armée
carolingienne se révèle ici
impuissante, et Charlemagne ne
viendra à bout de la résistance
saxonne qu'en recourant à la terreur
: massacre des prisonniers ; ravage
systématique du pays, notamment en
784-785 ; déportations massives,
comme en 804 ; conversions forcées
(de Widukind en 785).
Dans le même temps, des routes et des fortins sont
construits, qui permettent
l'implantation de groupes francs. À
la suite de la soumission de la
Saxe, la Frise, voisine, doit
accepter la tutelle franque. Quant à
la Bavière, elle est annexée en 788
à la suite des rébellions
continuelles de son duc,
Tassilon, pourtant vassal de Charlemagne. Cette unification de la
Germanie met l'Occident carolingien
en contact avec les Danois, les
Slaves de l'Elbe, les Avars de la
plaine hongroise ; ces derniers sont
vaincus en 796 et leur organisation
politique est détruite. Au nord,
l'empereur doit faire face aux
premiers raids scandinaves.
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Roncevaux (778)
Dernier secteur d'intervention,
l'Espagne. La volonté d'expansion de
Charlemagne le pousse au-delà des
Pyrénées, en 778; les circonstances
sont favorables : trêve du côté
saxon ; appel de petits princes
musulmans du nord de l'Espagne, en
rébellion contre l'émir de Cordoue.
La campagne débute victorieusement
par la prise de Pampelune, mais un
soulèvement des Saxons
oblige
Charles à lever précipitamment le
siège de Saragosse. Au retour,
franchissant les Pyrénées à
Roncevaux, son arrière-garde est
attaquée et détruite par les
Basques
(qui habitent le nord de l'Espagne
et le sud de la Gascogne, et que
Charlemagne n'a jamais réussi à
soumettre) et par des
musulmans.
L'épopée s'est emparée, en le
déformant, de cet événement et a
magnifié ses protagonistes,
l'empereur Charles et
Roland. Les annales nous apprennent
qu'Éginhard,
le comte du palais, et Roland,
préfet des Marches de Bretagne,
furent tués dans ce combat. Les
textes contemporains ont minimisé ce
fait ou l'ont passé sous silence ;
or ce fut un véritable désastre.
Mais Charlemagne revient à la charge
à la fin du VIIIe siècle
et réussit à conquérir une partie de
la Catalogne sur les musulmans :
Barcelone est prise en 801.
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Une construction idéologique :
l'empire
La
restauration de l'empire en
Occident
est le fait majeur du règne
de Charlemagne. Charlemagne a marqué
des hésitations, qui peuvent
s'expliquer par l'existence de
plusieurs conceptions de l'empire à
cette époque :
–
une idée romaine, qui fait de l'empereur le
souverain suprême du monde civilisé
; mais l'empereur d'Orient incarne
déjà cette idée ;
– une idée religieuse, selon laquelle
l'empereur est le
chef temporel d'un
empire chrétien, dont le véritable
dirigeant est le pape ; cette idée,
si elle ignore l'empereur d'Orient,
les conflits entre les Églises étant
permanents, subordonne l'empereur au
pape ;
–
une idée de fait, l'empereur étant celui qui domine
plusieurs royaumes ; c'est le cas de
Charlemagne, mais alors le titre
impérial se réduit à une
simple
dignité qui n'apporte
aucun surcroît
de puissance à celui qui le porte.
Le processus de restauration de l'empire se mit en route en
798 : une émeute éclate à Rome
contre le pape
Léon III, dont la
moralité est suspectée. Le souverain
pontife vient voir Charles à
Paderborn et le principe d'une
intervention en Italie est retenu ;
l'idée d'une restauration de
l'empire est probablement envisagée.
Le concile décide également de
restaurer l'empire et de préparer la
cérémonie du sacre. Le cérémonial
retenu est calqué sur celui de
Constantinople, encore qu'une
entorse importante y est apportée :
à Constantinople le rôle du
patriarche byzantin reste secondaire
; à Rome, en revanche, le pape prend
l'initiative, en couronnant Charles
«empereur des Romains», de « faire
l'empereur ». Au dire d'Éginhard, le
nouvel élu se montra d'ailleurs
fort
mécontent du déroulement de la
cérémonie :
Charles n'entendait pas
dépendre de la papauté ; jusqu'à sa
mort, Charlemagne va s'efforcer de
corriger le sens de cette cérémonie.
D'une part, tout en portant le titre
d'empereur, il conserve sa
titulature traditionnelle ; il est
roi des Francs et roi des Lombards :
sa puissance réelle vient de là et
non du titre impérial. D'autre part,
peu avant sa mort, il couronne à Aix
son fils
Louis le Pieux, signifiant
ainsi au pape qu'il n'a pas à
intervenir dans cette cérémonie
toute laïque. Cette conception de
l'empire ne survivra pas à
Charlemagne, puisque
Louis le Pieux
redonnera au pape l'initiative de
faire l'empereur.
Une construction politique : l'État
carolingien
Charlemagne a consacré les dernières années de sa vie à
l'organisation de ce
Saint Empire
romain d'Occident qui, malgré son
nom, était bien plus germanique que
méditerranéen. Sans innover en
matière de gouvernement
– il a
repris les usages francs –,
il a tenté de doter ses territoires
d'une
organisation étatique
cohérente et unifiée. Au niveau
central, il gouverne avec les
nombreux courtisans et serviteurs
rassemblés dans le «
palais ». Les
conseillers les plus importants
n'ont pas nécessairement de titres
auliques (c'est-à-dire
caractéristiques de la noblesse de
la cour impériale) ; mais les
charges de comte du palais et
d'archichapelain émergent au-dessus
de celles, mi-domestiques,
mi-politiques, de
bouteiller ou de
chambrier. Ce palais se déplace sans
cesse, de domaines royaux en
domaines royaux : les besoins de
nourriture de la cour imposent cette
migration, les nécessités politiques
également, car dans ce vaste empire
le prince doit se montrer pour être
obéi. Toutefois, impressionné par
Ravenne, l'ancienne capitale
impériale, et par Pavie, la capitale
lombarde, Charles fait édifier, à
partir de 794,
Aix-la-Chapelle, où
il résidera de plus en plus souvent
après 800.
Les décisions prises au
palais sont annoncées lors des
assemblées et appliquées par
l'administration. On l'a dit, le
départ de l'armée est annuellement
l'occasion d'une vaste réunion des
notables, clercs et laïcs, du
royaume : les mesures élaborées et
discutées par l'assemblée sont
consignées dans un
texte législatif,
lu à tous les hommes libres présents
: le
capitulaire. Ce texte est
transmis aux agents locaux du
pouvoir, et d'abord aux comtes. Le
comte, juge, percepteur des amendes
et des impôts indirects (les seuls
existants), et chef des contingents
militaires locaux, est le
représentant permanent de l'empereur
dans l'un des trois cents comtés qui
partagent l'empire. Des inspecteurs
itinérants, les
missi dominici
(«envoyés du maître») font des
tournées pour contrôler les comtes.
Aux frontières, un personnage
investi de pouvoirs militaires tient
parfois en main plusieurs comtés,
qui forment une
marche : il est le duc, ou le comte, de la marche.
Les distances et les difficultés de communication,
constantes au Moyen Âge, et surtout
les particularismes ethniques et la
structure sociale rendent fragile et
peu efficace cette construction,
cependant cohérente. Pour obvier aux
inconvénients des
particularismes, Charlemagne a érigé en royaumes
satellites, confiés à ses
fils, les territoires mal assimilés
au monde franc, comme l'Aquitaine ou
l'Italie. L'obstacle constitué par
les structures sociales est plus
grave : la terre est la seule
richesse et la société est dominée
par une aristocratie détentrice de
cette richesse ; dans ces
conditions, une
structure
politique centralisée est vouée à
l'échec. Le comte, nommé et
révoqué par l'empereur, ne peut être
rétribué que par la concession d'une
terre publique : les comtes, et cela
dès Charlemagne, ont tendance à
faire entrer ce bien dans leur
patrimoine et à agir à leur guise.
Pour contrer ces forces centrifuges,
Charlemagne use de divers remèdes :
serment de
fidélité imposé à tous les
hommes libres ;
utilisation
des cadres ecclésiastiques au
profit de l'État, l'évêque tenant
dans sa cité le rôle du comte ;
concessions de
diplômes d'immunité aux
grandes abbayes ; utilisation des
liens privés de dépendance,
l'empereur recevant l'hommage de
nombreux vassaux, à qui il concède
une terre en usufruit, et obligeant
les comtes à entrer dans sa
vassalité. Malgré sa volonté et son
prestige,
Charlemagne n'a pu que contenir ces
forces de désagrégation, non les
maîtriser.
Une construction intellectuelle : la
Renaissance carolingienne
Pour disposer d'administrateurs
compétents, Charlemagne favorisa un
renouveau des études et créa l'École
du palais, que dirigea le célèbre
Alcuin. Les nécessités religieuses
l'amenèrent également à concevoir
une «
politique culturelle
».
Celle-ci était conditionnée par la
réforme religieuse que Charlemagne,
concile après concile, réussit à
imposer : réforme liturgique,
réforme de la discipline dans les
abbayes et les chapitres cathédraux.
Seul un clergé instruit pouvait
permettre le succès de ces réformes
; d'où les mesures « pédagogiques »,
si l'on peut dire, prises à
l'instigation de Charlemagne et de
ses conseillers : création d'écoles
près des églises cathédrales et des
monastères ; réforme de l'écriture,
avec l'adoption de la «
minuscule
caroline », écriture simple
régulière, lisible. Charlemagne
participa aussi aux débats
théologiques de son temps. Au
concile de Francfort (794), il fit
condamner l'iconoclasme et
l'adoptianisme espagnol.
D'une manière générale, l'empereur
encouragea un véritable élan vers la
culture – facilité
par l'ouverture de l'empire sur des
régions où la culture antique
s'était conservée (Italie, Espagne,
Angleterre, Irlande) –,
ce qui permit, sous son règne et
sous celui de son fils
Louis le
Pieux, l'éclosion d'une brève mais
brillante «renaissance
carolingienne» dans le domaine des
arts et des lettres (et qui assura
notamment la survie de nombreux
manuscrits latins) : l'Anglo-Saxon
Alcuin, le Lombard
Paul Diacre, le
Wisigoth
Théodulf, le Franc
Angilbert contribuèrent à relancer
le goût pour la culture antique et,
dans leurs écrits, à restaurer la
langue latine.
La volonté d'imiter l'Antiquité
marque également la renaissance
artistique : le décor architectural,
la sculpture sont calqués sur l'art
romain. Mais on note aussi une
ouverture aux influences
extérieures, irlandaises dans les
manuscrits à peintures, byzantines
dans le décor à mosaïques.
L'architecture connaît un brillant
essor : les constructions
religieuses obéissent aux besoins de
la piété populaire (grandes églises,
cryptes et déambulatoires pour
abriter les reliques dont le culte
se répand) ou aristocratique (Germigny,
chapelle de campagne de Théodulf,
chapelle palatine d'Aix, conçue pour
le service divin du palais). La
construction des palais d'Aix et d'Ingelheim
témoigne du renouveau de
l'architecture civile. Mais
l'état arriéré de l'économie, la
faiblesse des échanges,
l'insuffisance des cadres
administratifs et les
invasions
normandes provoquèrent la
dislocation rapide d'une
construction politique aussi
impressionnante qu'éphémère, que
l'empereur avait d'ailleurs songé à
partager entre ses trois fils, avant
de couronner Louis comme son
héritier en 813.
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Charlemagne : l'homme et le mythe
Éginhard, qui a écrit l'histoire du règne (Vie
de Charlemagne), décrit l'empereur comme un homme
vigoureux, très grand, portant
moustache (et non la barbe), vêtu
simplement du costume du guerrier
franc, passionné de chasse et gros
mangeur. Peu cultivé lui-même,
Charlemagne sut toutefois s'entourer
des meilleurs esprits de son temps
et servit l'Église avec une foi
sincère. Après sa mort en 814,
son règne apparaîtra vite comme
un âge d'or perdu et la légende
s'emparera de ce personnage hors
du commun.
La figure de Charlemagne,
empereur à la barbe fleurie,
désormais mythique survécut dans les
chansons de geste (la Chanson de
Roland, la Chanson des
Saisnes), et les romans de
chevalerie où il apparaît comme
l'infatigable défenseur de la foi et
de la justice, avant de prendre des
traits comiques, au moment où le
pouvoir royal cède devant
l'expansion féodale (le
Pèlerinage de Charlemagne).
Frédéric Barberousse fit canoniser
en 1165, par l'antipape
Pascal III,
le souverain qui devait rester un
modèle pour toutes les monarchies
européennes. |
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