Fils d’un maître de
forges, Karl Canaris, de lointaine ascendance italienne, Wilhelm Canaris
est le benjamin de trois enfants. Intelligent, vif d’esprit, espiègle,
il fait ses études au lycée de Duisbourg, lit beaucoup, retient sans
effort et apprend facilement les langues. Au début de la Première
Guerre mondiale, il prend part au combat naval de
Coronel, puis à celui des Falkland,
désastreux pour la flotte allemande. L’équipage de son navire est
interné au Chili. Canaris réussit à s’échapper, met huit mois
pour parvenir à Buenos Aires, se fait passer pour un Chilien afin de
regagner l’Allemagne, où il arrive au printemps 1916. La réussite
d’un tel exploit incite ses chefs à le verser dans le
Service
des renseignements.
Après quelques mois
d’instruction, il est envoyé en Espagne où, sous une fausse identité,
il organise un réseau destiné à surveiller le
mouvement des navires alliés. Alors qu’il tente de rentrer en
Allemagne par l’Italie, il est arrêté et incarcéré. Puis, il
parvient à revenir en Espagne par mer. Après quelques mois, il est
alors recueilli clandestinement par un sous-marin allemand venu le
chercher en rade de Carthagène, en octobre 1917. Il demande à
reprendre de l’activité, mais dans les sous-marins. Après avoir suivi des
cours de formation, il reçoit le commandement d’un
U-Boot
affecté à des opérations en Méditerranée. Au cours des années
troublées qui suivent la défaite, il prend part à la lutte contre les
spartakistes. Il est aussi impliqué à
tort dans le meurtre de Karl Liebknecht et
de Rosa Luxemburg et soupçonné
d’avoir favorisé l’évasion de l’un des officiers condamnés. Le
ministère de la Défense lui confie, plus tard, la création
de milices patriotiques. Il est ensuite rapporteur de cette
question à l’Assemblée nationale de la république
de Weimar. Après cette brève intrusion dans le monde de la
politique, il réintègre la Marine où il gravit normalement les échelons
jusqu’en 1933. S’il n’approuve pas sans réserve la prise du
pouvoir par
Hitler,
du moins espère-t-il que le nouveau chancelier sortira l’Allemagne du
marasme, la soustraira à un coup de force communiste et redonnera à la
flotte une place prépondérante.
C’est
en janvier 1935 que son expérience d’agent secret le fait désigner
pour prendre la direction de l’Abwehr (Service
de renseignements de l’armée). Canaris rencontre fréquemment Hitler:
ses qualités de diplomate discret, capable d’écouter,
d’enregistrer, de retenir et d’exécuter, sont appréciées.
Dès
1938, année où il est promu vice-amiral,
il comprend cependant que le Führer mène l’Allemagne à sa perte et
s’entoure de collaborateurs hostiles au nazisme. Canaris est tourmenté
par un grave conflit moral: doit-il donner sa démission?
Si finalement il ne s’y résout pas, c’est pour éviter la mainmise
de
Heydrich
sur l’Abwehr. Il est certain que son poste lui
permet de protéger des personnalités antinazies, de favoriser et de
soutenir les complots contre Hitler. On prétend même qu’il
aurait pris des contacts avec les Alliés. Beaucoup de légendes ont
couru sur sa personne, en raison de la complexité et du caractère
secret de ses activités. Bien que, dès 1942, les dirigeants nazis
l’aient tenu pour suspect, Canaris réussit à ne donner aucune prise
à leurs attaques. Ce n’est qu’en février 1944 qu’il est relégué
à l’état-major de la section de la guerre économique.
Impliqué
dans l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, il est
arrêté, torturé et pendu au camp de concentration de
Flossenburg,
bien que la
Gestapo
n’ait pu lui arracher des aveux, ni trouver aucun document prouvant sa
participation à la préparation du complot.