Il est difficile de juger l’effort
de guerre canadien. Le contexte politique de ce pays était
assez particulier. Les Français et les Anglais n’ont pas été
des peuples qui se sont vraiment aimés avant le XXe
siècle. Mais au Canada, ils vivent dans le même pays;
et ça n'a pas toujours été facile de s’accepter. Certains
hommes politiques canadien ont tenté de faire que les deux
peuples s’acceptent; et certains ont même réussi avec succès. Je dis
donc qu’il existe une certaine unité entre les francophones
et les anglophones (Frogs
pour un français et Bloke pour un anglais
dans les termes respectifs). Mais dans certains moments de
crise, elle peut être fragile. Le texte qui suit parlera du
contexte canadien et des dangers qui menaçaient cette unité
en 1939, en remontant depuis 1914.
Depuis
la confédération canadienne de 1867,
2 partis politique se sont
partagé le pouvoir, le parti Libéral
et le
parti Conservateur et une fois, une coalition
de conservateurs et de libéraux (j’y reviendrai plus loin).
Depuis
1911, c’était les
conservateurs de Sir Robert
Laird Borden qui étaient au pouvoir. La Première
Guerre mondiale a été déclenchée en 1914
et la Grande-Bretagne et son empire furent entraînés dans le
conflit. Au Canada, on procéda par recrutement volontaire
des soldats. Mais en 1917, le
recrutement militaire était en chute libre. Le gouvernement
Borden qui était au pouvoir depuis six
ans (selon les lois constitutionnelles, les élections
doivent avoir lieu tous les cinq ans
tout au plus) dut se résigner aux élections. Il songea à
fonder un gouvernement unioniste entre
les conservateurs et les libéraux afin d’appliquer la conscription
obligatoire. Il en parla avec le chef libéral, Sir
Wilfrid Laurier qui refusa. Il refusa parce que les
Canadiens français ne
partageaient pas le même point de vu que les Canadiens
anglais : pour un
Canadien anglais s’engager était une façon de protéger la
Grande-Bretagne. Mais chez les Canadiens français aucun lien
ne les unissaient à la Grande-Bretagne et la France n’était
pas leur premier souci. Il faut faire remarquer que beaucoup
de Québécois étaient des agriculteurs, et de voir leurs
fils partirent au front n’était pas très réjouissant car
ils avaient besoin d’eux dans leurs champs. Mais les soldats
qui s’étaient engagés volontairement étaient extrêmement
fier de protéger leur ancienne mère-patrie.
Afin
d’éviter une défaite électorale,
Borden mit en application
une ancienne loi qui interdisait
le droit de vote à tous les Canadiens d’origines
étrangères qui étaient arrivés après 1905. De
plus, toute femme qui avait un frère
ou un mari au front (ou mort au front) se voyait
accorder le droit de vote. La raison de ces mesures était
d’éliminer le plus d’électeurs susceptibles de voter
pour Laurier et d'encourager ceux qui voteraient pour Borden.
La
victoire fut totale
pour les unionistes, sauf au Québec qui se mit derrière
Laurier. Le nouveau gouvernement
unioniste se composa de 10
libéraux et de 13
conservateurs
ce qui fut un cas sans précédant au Canada. Néanmoins,
aucun n'était francophone. La conscription fut appliquée. Il
y eut des émeutes, ainsi à Québec, 4
personnes furent tuées par des soldats anglophones.
Dans l’Ouest canadien aussi on se révolta car Borden,
durant sa campagne électorale, promettait qu'il n’y aurait
pas de conscription pour les fils des agriculteurs. Mais
Borden n’a pas tenu parole et la conscription leur fut imposée
à eux aussi. L’unité nationale fut finalement détruite
par les préjugés entre les anglophones et les francophones.
On reparlera de cette conscription pendant encore plusieurs
décennies.
En
1919, Sir Wilfrid Laurier meurt,
laissant le parti Libéral sans chef et profondément divisé
par la conscription. Lors du congrès du parti libéral de
1919, c’est un jeune spécialiste de relation de travail
ontarien qui prend la tête du parti. William
Lyon Mackenzie King, était le seul anglophone a être
resté fidèle à Sir Wilfrid. Il a été le premier sous-ministre
du travail, et était reconnu comme un médiateur
hors-pair dans le milieu ouvrier. Il avait longtemps travaillé
pour la fondation Rockfeller qui
agissait comme médiatrice entre les compagnies et leurs
employés. C’était un homme très sage. Sa grande réputation
comme médiateur fait de lui un
candidat avec une importante avance à une époque où le
parti libéral est alors divisé. Le Québec est aussi avec
lui, car même s’il était anglophone (sa famille est
originaire d’Écosse), il avait soutenu Laurier
durant les années de guerre et s’était même présenté
dans une circonscription ontarienne avec les couleurs anti-conscriptionnistes.
Ses discours étaient longs, ennuyeux et moralisateurs. Il était
parfois difficile d’obtenir une réponse satisfaisante de sa
part. Dans les années 30, lorsqu’on lui demandait quelle
serait la participation du Canada en cas de guerre, il répondait
« Le parlement décidera ».
Également
en 1919, Borden quitta la politique. Le nouveau chef
conservateur sera Arthur Meighen.
Meighen, lui, était complètement à l’opposé
de King. Il ne tournait jamais autour du pot, soit c’était
blanc, soit c’était noir pourrions-nous dire. De plus, il
était doué d’une intelligence
sans pareille, ses discours étaient vivants et enflammés. Il
ne cessait de lancer des commentaires sarcastiques
à ses adversaires. Les électeurs ne pouvaient avoir que deux
points de vu face à Meighen : soit ils l’aimaient,
soit ils ne l’aimaient pas. Le
Québec ne voulait rien savoir de lui, car il était celui qui
leur avait imposé la conscription
en 1917. King et Meighen se détestaient
mutuellement, mais King avait le Québec avec lui. Il
avait comprit depuis longtemps que pour être élu, il fallait
absolument avoir l’appui de cette province.
En
1921, King remporte les élections
et devient le 10e premier ministre du Canada. Ce
mandat fut surtout consacré à restructurer
le parti Libéral divisé par la conscription. En 1925, King
perd les élections par 10 sièges. Mais grâce à l’appui
des progressistes
(une autre formation politique de l’ouest canadien), le
parti libéral réussit à garder le pouvoir avec un gouvernement
minoritaire. Mais, vers la fin de l’année, les
choses allaient trop mal (à cause d’un scandale aux
douanes, où d’importantes cargaisons d’alcool américaines
arrivaient illégalement). King demanda au gouverneur-général
(le représentant du souverain britannique dans les pays du
commonwealth ) Lord Byng,
de dissoudre la chambre des communes pour aller en élections.
Il refusa, et malgré l’insistance de King, le Lord
britannique resta inflexible.
King présenta sa démission et Lord Byng invita Meighen à
former un nouveau cabinet. Meighen présenta par la suite un
cabinet composé de ministres sans
portefeuille. Les journaux qualifièrent le nouveau
cabinet de "cabinet fantôme". Le nouveau
gouvernement fut très vite renversé et le pays fut plongé
dans des élections.
Byng
et Meighen étaient tombé dans le piège
de King. Il qualifia cette histoire de "crise
constitutionnelle"; il prétendait également
que maintenant les Britanniques se mêlaient de la politique
canadienne, et promettait que s’il était élu, il ferait
tout pour renforcer l’autonomie
canadienne vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Bref, ce fut une
belle victoire.
Les
années 1920 furent une décennie où la prospérité économique
régnait partout. Mais en octobre 1929,
le gros crash de la bourse de New York
amena la période que nous nommons la Dépression
(voir les pages d'ATRIUM sur la
crise
de 29). Le Canada
fut le pays le plus touché par la Dépression après les États-Unis.
King ne s’en faisait pas trop. Il ne cessait de nier la
crise économique. Le taux de chômage
augmentait sans cesse et les manufactures fermaient leurs
portes l’une après l’autre. Lors des élections de 1930,
King est battu et ce fut les conservateurs de Bennet
qui prirent le pouvoir. Bennet avait promis de mettre en place
divers programmes pour enrayer le chômage et ramener la prospérité
des années 20.
Mais
arrivé au pouvoir, Bennet compris très vite qu’il ne
pouvait rien faire contre le chômage qui augmentait sans
cesse; et il ne semblait exister aucune solution à ce problème.
Cinq années passèrent. Bennet toujours
impuissant dut céder en 1935,
au profit de King qui avait adopté le slogan
« King ou le chaos » .
La
menace d’une guerre en Europe s’appesantissait de plus en
plus.
Hitler
ainsi que son allié,
Mussolini
semblait vouloir s’emparer de toute l’Europe. King
était horrifié à l’idée d’une guerre qui briserait l’unité
du pays. La guerre signifiait des morts, mais elle menaçait
également l’unité canadienne si fragile en moment de
crise.
Le
1er septembre 1939,
King se réveille et apprend par la radio que l’Allemagne a envahit
la Pologne aux petites heures du matin. Le 3 septembre, la Grande-Bretagne
et la France déclarent la guerre
à
Hitler,
et le 9 septembre, après une décision du parlement
canadien, Georges VI
signe la déclaration de guerre
à l’Allemagne. Le Québec voit réapparaître
le spectre de la conscription…