LE CANADA ET LA GUERRE

Refusant le libéralisme issu de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, le fascisme se caractérisa par la mise en place d'un Etat totalitaire à parti unique, la négation de la lutte des classes par le corporatisme, un nationalisme exalté et l'obéissance absolue à un chef charismatique, exemple typique de l'état que mis en place Mussolini en Italie de 1922 à 1945. L'usage du mot s'est étendu à l'ensemble des régimes dictatoriaux de droite.

 

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Le contexte politique canadien

 
 

Il est difficile de juger l’effort de guerre canadien. Le contexte politique de ce pays était assez particulier. Les Français et les Anglais n’ont pas été des peuples qui se sont vraiment aimés avant le XXe siècle. Mais au Canada, ils vivent dans le même pays; et ça n'a pas toujours été facile de s’accepter. Certains hommes politiques canadien ont tenté de faire que les deux peuples s’acceptent; et certains ont même réussi avec succès. Je dis donc qu’il existe une certaine unité entre les francophones et les anglophones (Frogs pour un français et  Bloke pour un anglais dans les termes respectifs). Mais dans certains moments de crise, elle peut être fragile. Le texte qui suit parlera du contexte canadien et des dangers qui menaçaient cette unité en 1939, en remontant depuis 1914.

Depuis la confédération canadienne de 1867, 2 partis politique se sont partagé le pouvoir, le parti Libéral et le parti Conservateur et une fois, une coalition de conservateurs et de libéraux (j’y reviendrai plus loin).

Depuis 1911, c’était les conservateurs de Sir Robert Laird Borden qui étaient au pouvoir. La Première Guerre mondiale a été déclenchée en 1914 et la Grande-Bretagne et son empire furent entraînés dans le conflit. Au Canada, on procéda par recrutement volontaire des soldats. Mais en 1917, le recrutement militaire était en chute libre. Le gouvernement Borden qui était au pouvoir depuis six ans (selon les lois constitutionnelles, les élections doivent avoir lieu tous les cinq ans tout au plus) dut se résigner aux élections. Il songea à fonder un gouvernement unioniste entre les conservateurs et les libéraux afin d’appliquer la conscription obligatoire. Il en parla avec le chef libéral, Sir Wilfrid Laurier qui refusa. Il refusa parce que les Canadiens français ne partageaient pas le même point de vu que les Canadiens anglais : pour un Canadien anglais s’engager était une façon de protéger la Grande-Bretagne. Mais chez les Canadiens français aucun lien ne les unissaient à la Grande-Bretagne et la France n’était pas leur premier souci. Il faut faire remarquer que beaucoup de Québécois étaient des agriculteurs, et de voir leurs fils partirent au front n’était pas très réjouissant car ils avaient besoin d’eux dans leurs champs. Mais les soldats qui s’étaient engagés volontairement étaient extrêmement fier de protéger leur ancienne mère-patrie.

Afin d’éviter une défaite électorale, Borden mit en application une ancienne loi qui interdisait le droit de vote à tous les Canadiens d’origines étrangères qui étaient arrivés après 1905. De plus, toute femme qui avait un frère ou un mari au front (ou mort au front) se voyait accorder le droit de vote. La raison de ces mesures était d’éliminer le plus d’électeurs susceptibles de voter pour Laurier et d'encourager ceux qui voteraient pour Borden.

La victoire fut totale pour les unionistes, sauf au Québec qui se mit derrière Laurier. Le nouveau gouvernement unioniste se composa de 10 libéraux et de 13 conservateurs ce qui fut un cas sans précédant au Canada. Néanmoins, aucun n'était francophone. La conscription fut appliquée. Il y eut des émeutes, ainsi à Québec, 4 personnes furent tuées par des soldats anglophones. Dans l’Ouest canadien aussi on se révolta car Borden, durant sa campagne électorale, promettait qu'il n’y aurait pas de conscription pour les fils des agriculteurs. Mais Borden n’a pas tenu parole et la conscription leur fut imposée à eux aussi. L’unité nationale fut finalement détruite par les préjugés entre les anglophones et les francophones. On reparlera de cette conscription pendant encore plusieurs décennies.

En 1919, Sir Wilfrid Laurier meurt, laissant le parti Libéral sans chef et profondément divisé par la conscription. Lors du congrès du parti libéral de 1919, c’est un jeune spécialiste de relation de travail ontarien qui prend la tête du parti. William Lyon Mackenzie King, était le seul anglophone a être resté fidèle à Sir Wilfrid. Il a été le premier sous-ministre du travail, et était reconnu comme un médiateur hors-pair dans le milieu ouvrier. Il avait longtemps travaillé pour la fondation Rockfeller qui agissait comme médiatrice entre les compagnies et leurs employés. C’était un homme très sage. Sa grande réputation comme médiateur fait de lui un candidat avec une importante avance à une époque où le parti libéral est alors divisé. Le Québec est aussi avec lui, car même s’il était anglophone (sa famille est originaire d’Écosse), il avait soutenu Laurier durant les années de guerre et s’était même présenté dans une circonscription ontarienne avec les couleurs anti-conscriptionnistes. Ses discours étaient longs, ennuyeux et moralisateurs. Il était parfois difficile d’obtenir une réponse satisfaisante de sa part. Dans les années 30, lorsqu’on lui demandait quelle serait la participation du Canada en cas de guerre, il répondait « Le parlement décidera ».

Également en 1919, Borden quitta la politique. Le nouveau chef conservateur sera Arthur Meighen. Meighen, lui, était complètement à l’opposé de King. Il ne tournait jamais autour du pot, soit c’était blanc, soit c’était noir pourrions-nous dire. De plus, il était doué d’une intelligence sans pareille, ses discours étaient vivants et enflammés. Il ne cessait de lancer des commentaires sarcastiques à ses adversaires. Les électeurs ne pouvaient avoir que deux points de vu face à Meighen : soit ils l’aimaient, soit ils ne l’aimaient pas. Le Québec ne voulait rien savoir de lui, car il était celui qui leur avait imposé la conscription en 1917. King et Meighen se détestaient mutuellement, mais King avait le Québec avec lui. Il avait comprit depuis longtemps que pour être élu, il fallait absolument avoir l’appui de cette province.

En 1921, King remporte les élections et devient le 10e premier ministre du Canada. Ce mandat fut surtout consacré à restructurer le parti Libéral divisé par la conscription. En 1925, King perd les élections par 10 sièges. Mais grâce à l’appui des progressistes (une autre formation politique de l’ouest canadien), le parti libéral réussit à garder le pouvoir avec un gouvernement minoritaire. Mais, vers la fin de l’année, les choses allaient trop mal (à cause d’un scandale aux douanes, où d’importantes cargaisons d’alcool américaines arrivaient illégalement). King demanda au gouverneur-général (le représentant du souverain britannique dans les pays du commonwealth ) Lord Byng, de dissoudre la chambre des communes pour aller en élections. Il refusa, et malgré l’insistance de King, le Lord britannique resta inflexible. King présenta sa démission et Lord Byng invita Meighen à former un nouveau cabinet. Meighen présenta par la suite un cabinet composé de ministres sans portefeuille. Les journaux qualifièrent le nouveau cabinet de "cabinet fantôme". Le nouveau gouvernement fut très vite renversé et le pays fut plongé dans des élections.

Byng et Meighen étaient tombé dans le piège de King. Il qualifia cette histoire de "crise constitutionnelle"; il prétendait également que maintenant les Britanniques se mêlaient de la politique canadienne, et promettait que s’il était élu, il ferait tout pour renforcer l’autonomie canadienne vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Bref, ce fut une belle victoire.

Les années 1920 furent une décennie où la prospérité économique régnait partout. Mais en octobre 1929, le gros crash de la bourse de New York amena la période que nous nommons la Dépression (voir les pages d'ATRIUM sur la crise de 29). Le Canada fut le pays le plus touché par la Dépression après les États-Unis. King ne s’en faisait pas trop. Il ne cessait de nier la crise économique. Le taux de chômage augmentait sans cesse et les manufactures fermaient leurs portes l’une après l’autre. Lors des élections de 1930, King est battu et ce fut les conservateurs de Bennet qui prirent le pouvoir. Bennet avait promis de mettre en place divers programmes pour enrayer le chômage et ramener la prospérité des années 20. Mais arrivé au pouvoir, Bennet compris très vite qu’il ne pouvait rien faire contre le chômage qui augmentait sans cesse; et il ne semblait exister aucune solution à ce problème. Cinq années passèrent. Bennet toujours impuissant dut céder en 1935, au profit de King qui avait adopté le slogan « King ou le chaos » .

La menace d’une guerre en Europe s’appesantissait de plus en plus. Hitler ainsi que son allié, Mussolini semblait vouloir s’emparer de toute l’Europe. King était horrifié à l’idée d’une guerre qui briserait l’unité du pays. La guerre signifiait des morts, mais elle menaçait également l’unité canadienne si fragile en moment de crise.

Le 1er septembre 1939, King se réveille et apprend par la radio que l’Allemagne a envahit la Pologne aux petites heures du matin. Le 3 septembre, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à Hitler, et le 9 septembre, après une décision du parlement canadien, Georges VI signe la déclaration de guerre à l’Allemagne. Le Québec voit réapparaître le spectre de la conscription

 
 
 

Auteur

Maxime Gagné, étudiant, Québec ; E-mail de l'auteur: miste_08@hotmail.com

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