Sous
son pontificat est signé le Concordat de Worms (1122). Ce furent
les princes qui agirent en sorte qu'enfin la paix fût conclue
entre le pape et l'empereur (Henri
V). Au moment où, sous les murs de Mayence, les
armées impériales et les rebelles venus de Saxe allaient en
découdre, l'archevêque de Trèves réunit les membres de
l'aristocratie qui enjoignirent à l'empereur de se soumettre au
pape, sous réserve que celui-ci préservât «
l'honneur du royaume
». La diète de Wurzbourg confirma cette décision (29 septembre
1121). Il fallut encore un an de difficiles négociations pour
que, le 23 septembre 1122, fût conclu le concordat, dit de Worms
parce qu'il fut signé dans cette ville. L’empereur renonçait à
l'investiture par la crosse et l'anneau ; il reconnaissait que
les évêques devaient être élus et consacrés librement et
s'engageait à restituer tous les biens que son père et lui-même
avaient pris à l'Église. Pour sa part, Calixte Il, qui avait
succédé à Gélase II, permettait que dans le royaume d'Allemagne
Henri V assistât aux élections, étant entendu qu'il n'userait ni
de la simonie ni de la violence pour que le vote fût favorable à
son candidat et qu'en cas d'élection contestée, il appuierait
celui qu'aurait choisi l'archevêque du lieu ; enfin,
l'investiture temporelle par la remise du sceptre interviendrait
en Allemagne avant le sacre, six mois au plus tard après le
sacre en Bourgogne et en Italie ; l'évêque investi de la sorte
était tenu de s'acquitter des obligations que lui imposait la
possession des biens concédés par l'empereur. Cet accord qui,
très probablement, dans l'esprit de ses signataires, devait
avoir un caractère définitif même si le texte ne le disait pas
expressément, mettait fin à la querelle qui depuis près d'un
demi-siècle opposait l'empire à la papauté. Que celle-ci fût
sortie victorieuse de ce rude et long combat, personne
assurément ne pouvait en douter. L’autorité morale du
Saint-Siège avait été considérablement renforcée. Le concile
convoqué par Calixte avant même que le concordat eût été ratifié
rassembla plus de deux cents évêques au Latran en 1123, ce qui
lui valut d'être qualifié d'oecuménique. Le pape y était reconnu
à l'évidence comme l'initiateur de la réforme ; responsable des
succès remportés par cette réforme dans toute la chrétienté, il
avait le droit de punir quiconque en gênait le progrès. Les
appuis qu'il avait trouvés dans le clergé régulier comme dans le
clergé séculier tout au long de la querelle des investitures
montraient que la primauté de juridiction n'était pas une
prétention chimérique, mais qu'elle était acceptée largement.
Sans doute, le programme défini par Grégoire VII dans les
Dictatus n'était pas encore explicitement contenu dans les
conventions qui réglaient les rapports entre les pouvoirs
temporel et spirituel ; l'usage de formules floues est de règle
en diplomatie. Il restait donc, momentanément mis en réserve,
bien des sujets de discorde et les risques de voir la guerre
reprendre étaient grands. Mais que la papauté, qui pouvait
rassembler dans son palais des bataillons de prélats, était
différente de celle qui, à Sutri en 1046, avait senti la poigne
de l'empereur ! Ce qui alors passait pour un triomphe n'avait
été qu'une méprise tragique : en plaçant sur le trône de Pierre
des hommes acquis à la réforme,
Henri III avait inoculé
à la papauté l'idée-force qui ferait d'elle l'adversaire
redoutable de l'empire. Un empire que la lutte avait
terriblement affaibli. L’auréole de cette monarchie sacrale
avait été ternie. L’humiliation de Canossa n'était pas de celles
dont le souvenir s'efface facilement; l'empereur pouvait-il
encore se dire le vicaire de Dieu, le « Nouveau David » ?
Naguère, la Reichskirche avait servi de système nerveux à ses
États et, comme des fonctionnaires, il avait nommé les prélats
là où bon lui semblait. Désormais, conformément aux règles
canoniques, c'était le chapitre qui les élirait. Certes, en
Allemagne, l'empereur pourrait assister au vote et sa présence
empêcherait sans doute les électeurs de choisir un candidat qui
lui déplût, mais l'influence qui lui était ainsi laissée
dépendrait en fait de son autorité morale ; seule une forte
personnalité tirerait pleinement profit de ce reliquat de droit.
Certes, les prélats prêteraient hommage au souverain au titre
des biens et des pouvoirs régaliens qui continueraient à leur
être concédés, mais ce rite montrait clairement qu'ils étaient
maintenant des vassaux, plus des officiers. Le roi ne perdait
pourtant pas tout : s’il laissait s’organiser une élection selon
les règles canoniques, il était invité à donner son accord et à
remettre les régales avant que la consécration ne puisse avoir
lieu. C’était un pis aller. L’investiture religieuse était entre
les mains des clercs ; la concession des régales se faisait par
le sceptre. L’Eglise allemande gardait ses richesses et sa
puissance et ne souhaitait pas couper le cordon qui la reliait
au souverain. Les principautés épiscopales et abbatiales de
l’Empire étaient sauvées.
Le concile
de Latran I (1123)
ratifie le concordat de Worms (le concile de Latran II (1139)
est convoqué par Innocent II et met fin au schisme d'Anaclet).