LE RAPPORT BERGIER

La Suisse durant la Seconde Guerre mondiale: Analyse du rapport Bergier et des transactions suisse sur l'or. Nous vous conseillons la lecture du dossier consacré à l'or nazi en guise d'introduction ou de complément au présent dossier.

 

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 Les études, depuis 1957, sur le nombre de réfugiés 

 
 

Article du journal le Temps, mardi 10 octobre 2000. Auteur: Marc Comina

 

Rapport Ludwig (1957)

En 1954, le Conseil fédéral charge le juriste Carl Ludwig de rédiger une étude d'ensemble sur la politique du refuge entre 1933 et 1955. En 1957, Ludwig rend son étude, dans laquelle il est fait état de 10 000 refoulés civils, sans précisions sur leur confession.

Etude de Guido Koller (1996)

Archiviste fédéral, Guido Koller publie en 1996 un long article dans Etudes et Sources, la revue des Archives fédérales suisses. Dans un tableau récapitulatif (p. 94), on lit que, entre janvier 1940 et mai 1945, 24 398 refoulements ont été opérés aux frontières suisses. Ce chiffre fait immédiatement l'objet de spéculations hasardeuses. Dans un autre article du même volume, Heinz Roschewski indique que, sur les «30 000 réfugiés» qui furent expulsés, la proportion de Juifs «devait être très élevée». Dans la traduction française du résumé de son article, il est même affirmé la chose suivante: «Ce sont au moins 30 000 Juifs qui ont été enregistrés comme refoulés, selon les études les plus récentes effectuées aux Archives fédérales […].» Le décalage est énorme entre ces affirmations et le texte de G. Koller. D'une part, tous les réfugiés civils arrêtés aux frontières n'étaient pas Juifs. De l'autre, en ce qui concerne les refoulements, la question des doubles refoulements est éludée. On sait pourtant que certaines personnes ont été renvoyées à deux, voire à plusieurs reprises, ce qui fausse les statistiques en les gonflant. Quoi qu'il en soit, le chiffre indiqué par G. Koller a relancé toute la question des réfugiés et déclenché une sorte de surenchère historique et médiatique.

Rapport Bergier (1999)

En se basant principalement sur les travaux existants, et notamment ceux de G. Koller, le rapport Bergier n'établit pas une distinction claire entre les cas de refoulements et les personnes refoulées. Ainsi, à la page 21, on trouve la phrase suivante: «Pour la période de janvier 1940 à mai 1945, on a la preuve que 24 500 refoulements ont été opérés à la frontière.» A la page 133, on lit en revanche ceci: «L'évaluation la plus précise indique un total de 24 398 cas attestés de réfugiés refoulés pendant la guerre.» A notre connaissance, la distinction entre refoulements et personnes refoulées n'est pas thématisée dans cette étude – qui n'est encore, il est vrai, qu'un rapport intermédiaire.

Rapport Santschi (sept. 2000)

Rédigé par Pierre Flückiger et Gérard Bagnoud sous la direction de Catherine Santschi, le rapport s'intitule Les réfugiés civils à la frontière genevoise durant la Deuxième Guerre mondiale. Il est le résultat d'un premier dépouillement du fonds d'archives de l'arrondissement territorial de Genève. Sur cette base, le rapport contient des premières estimations: à la page 114, il est indiqué que, sur l'ensemble de la période étudiée, à savoir entre août 1942 et août 1944, «ce sont près de 1259 réfugiés civils étrangers arrêtés par l'Ar. ter. GE qui ont été refoulés, sur un total d'environ 14 200 [réfugiés arrêtés]». Plus loin, à la page 122, apparaît l'affirmation suivante: «Si l'on s'en tient à l'échantillonnage représentatif des dossiers dépouillés et vérifiés, on peut dire que le 8% des Juifs ayant passé par Genève [soit 10 130] ont été refoulés […]». Comme la Cité de Calvin était l'une des principales, sinon la principale porte d'entrée des réfugiés juifs pendant la guerre – on estime que plus de 40% des Juifs entrés en Suisse sont passés par Genève –, les fichiers conservés aux Archives d'Etat constituent une précieuse source d'information pour les historiens.

Livre de Ruth Fivaz

Dans un livre à paraître prochainement aux éditions de la Fondation Serge et Beate Klarsfeld à Paris, Ruth Fivaz, qui a collaboré au rapport Santschi, estime à 884 le nombre de réfugiés juifs refoulés et à 2036 le nombre de réfugiés civils refoulés à la frontière genevoise. Comparé aux 1259 réfugiés civils mentionnés dans le rapport Santschi, ce dernier chiffre montre qu'il reste du travail aux historiens avant que les faits ne soient établis avec précision. Basée sur des recherches dans les archives genevoises et dans les archives départementales de Haute-Savoie, l'étude de Ruth Fivaz retrace également le destin de 117 Juifs parmi ceux qui ont été refoulés à la frontière genevoise et dont on sait qu'ils ont par la suite été déportés ou fusillés.

Projet FNRS

«Aux frontières genevoises: passage, accueil et refoulement durant la Seconde Guerre mondiale», tel est le titre d'un projet de recherche de deux ans du FNRS qui va être conduit par Joëlle Droux et Ruth Fivaz, sous la direction de Mauro Cerutti et Jean-Claude Favez. En plus du travail dans les archives, la presse de l'époque fera aussi l'objet d'une étude approfondie pour vérifier dans quelle mesure cette dernière a réagi et a parlé du problème des réfugiés et des refoulés.

     

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 Source

Article du journal le Temps, mardi 10 octobre 2000. Auteur: Marc Comina

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