Rapport
Ludwig (1957)
En 1954, le Conseil fédéral charge le juriste Carl
Ludwig de rédiger une étude d'ensemble sur la
politique du refuge entre 1933 et 1955. En 1957, Ludwig
rend son étude, dans laquelle il est fait état de 10
000 refoulés civils, sans précisions
sur leur confession.
Etude
de Guido Koller (1996)
Archiviste fédéral, Guido Koller
publie en 1996 un long article
dans Etudes et Sources, la revue des Archives fédérales
suisses. Dans un tableau récapitulatif (p. 94), on lit que,
entre janvier 1940 et mai 1945, 24
398 refoulements ont été opérés aux frontières
suisses. Ce chiffre fait immédiatement l'objet de spéculations
hasardeuses. Dans un autre article du même volume, Heinz
Roschewski indique que, sur les «30 000 réfugiés»
qui furent expulsés, la proportion de Juifs «devait
être très élevée». Dans la traduction française du résumé
de son article, il est même affirmé la chose suivante: «Ce
sont au moins 30 000 Juifs qui ont été enregistrés comme
refoulés, selon les études les plus récentes effectuées
aux Archives fédérales […].» Le décalage
est énorme entre ces affirmations et le texte de G. Koller.
D'une part, tous les réfugiés civils arrêtés aux frontières
n'étaient pas Juifs. De l'autre, en ce qui concerne les
refoulements, la question des doubles
refoulements est éludée.
On sait pourtant que certaines personnes ont été renvoyées
à deux, voire à plusieurs reprises, ce qui fausse les
statistiques en les gonflant. Quoi qu'il en soit, le chiffre
indiqué par G. Koller a relancé toute la question des réfugiés
et déclenché une sorte de surenchère historique et médiatique.
Rapport
Bergier (1999)
En se basant principalement sur les travaux existants, et
notamment ceux de G. Koller, le rapport Bergier n'établit pas
une distinction claire entre les cas de refoulements et les
personnes refoulées. Ainsi, à la page 21, on trouve la
phrase suivante: «Pour la période de janvier 1940 à mai
1945, on a la preuve que 24 500 refoulements ont été opérés
à la frontière.» A la page 133, on lit en revanche ceci: «L'évaluation
la plus précise indique un total de 24 398 cas attestés de réfugiés
refoulés pendant la guerre.» A notre connaissance, la
distinction entre refoulements et personnes refoulées n'est
pas thématisée dans cette étude – qui n'est encore, il
est vrai, qu'un rapport intermédiaire.
Rapport
Santschi (sept. 2000)
Rédigé par Pierre Flückiger
et Gérard Bagnoud sous la
direction de Catherine Santschi,
le rapport s'intitule Les réfugiés civils à la frontière
genevoise durant la Deuxième Guerre mondiale. Il est
le résultat d'un premier dépouillement du fonds d'archives
de l'arrondissement territorial de Genève. Sur cette base, le
rapport contient des premières estimations: à la page 114,
il est indiqué que, sur l'ensemble de la période étudiée,
à savoir entre août 1942 et août 1944,
«ce sont près de 1259 réfugiés civils étrangers arrêtés
par l'Ar. ter. GE qui ont été refoulés, sur un total
d'environ 14 200 [réfugiés arrêtés]». Plus loin, à la
page 122, apparaît l'affirmation suivante: «Si l'on s'en
tient à l'échantillonnage représentatif des dossiers dépouillés
et vérifiés, on peut dire que le 8% des Juifs ayant passé
par Genève [soit 10 130] ont été refoulés […]». Comme
la Cité de Calvin était l'une des principales,
sinon la principale porte d'entrée des réfugiés juifs
pendant la guerre – on estime que plus de 40%
des Juifs entrés en Suisse sont passés par Genève
–, les fichiers conservés aux Archives d'Etat constituent
une précieuse source d'information pour les historiens.
Livre
de Ruth Fivaz
Dans un livre à paraître prochainement aux éditions de la
Fondation Serge et Beate Klarsfeld à Paris, Ruth
Fivaz, qui a collaboré au rapport Santschi, estime
à 884 le nombre de réfugiés
juifs refoulés et à 2036
le nombre de réfugiés civils refoulés à la frontière
genevoise. Comparé aux 1259 réfugiés civils mentionnés
dans le rapport Santschi, ce dernier chiffre montre qu'il reste
du travail aux historiens avant que les faits ne soient établis
avec précision. Basée sur des recherches dans les
archives genevoises et dans les archives départementales de
Haute-Savoie, l'étude de Ruth Fivaz retrace également le
destin de 117 Juifs parmi ceux qui ont été refoulés à la
frontière genevoise et dont on sait qu'ils ont par la suite
été déportés ou fusillés.
Projet
FNRS
«Aux frontières genevoises: passage, accueil et
refoulement durant la Seconde Guerre mondiale», tel
est le titre d'un projet de recherche de deux ans du FNRS qui
va être conduit par Joëlle Droux et
Ruth Fivaz, sous la direction de Mauro
Cerutti et Jean-Claude Favez.
En plus du travail dans les archives, la presse de l'époque
fera aussi l'objet d'une étude approfondie pour vérifier
dans quelle mesure cette dernière a réagi et a parlé du
problème des réfugiés et des refoulés.