De nouvelles recherches réduisent
de 30 000 à 3000
l'estimation des refoulements effectués par la Suisse durant
la Seconde
Guerre mondiale.
La question du nombre de réfugiés
refoulés aux frontières suisses pendant la Deuxième Guerre
mondiale semblait réglée avec le rapport Bergier, qui a
repris les travaux de l'historien Guido
Koller estimant à 25 000 les personnes interdites
d'entrée, voire à 30 000 en tenant compte des lacunes des
archives. C'est ce chiffre qui est communément admis
aujourd'hui. Or, une équipe de chercheurs a publié le mois
dernier une étude approfondie
sur les refoulements entre août 1942 et
août 1944 à la frontière genevoise.
Ils auraient été environ
1250. Comme Genève était l'une des principales
voies d'accès en Suisse, cette estimation permet,
par extrapolation, de chiffrer à environ 3000 le nombre de
personnes réellement refoulées pendant les années de
guerre.
Comment
expliquer une différence de un à dix dans les évaluations?
Et la nouvelle estimation serait-elle de nature à modifier
l'interprétation historique de la politique suisse vis-à-vis
des réfugiés, qui est au centre du travail de mémoire
entrepris dans la foulée de l'affaire des fonds en déshérence?
Telle est l'opinion de l'économiste Jean-Christian
Lambelet qui affirme que la politique d'accueil de
la Suisse fut plus libérale que ne laissaient entendre les
directives officielles, et que les excuses de la Suisse n'ont aucune
raison d'être.
Un grand débat s'ouvre. Le Temps présente les pièces du
dossier et ouvre ses pages à une série d'interventions
d'historiens qui se prolongeront ces prochains jours (voir les
pages constituant ce dossier et portant la mention -article
publié dans le Temps-).