"Tout n'a pas encore été dit
dans le débat sur l'attitude de la Suisse pendant la
Seconde
Guerre mondiale. Les travaux d'un groupe de
chercheurs genevois viennent jeter un éclairage nouveau sur
la question du refoulement des réfugiés civils, et particulièrement
des réfugiés juifs.
Selon les conclusions de ces
historiens genevois, le nombre des réfugiés juifs refoulés
à nos frontières pourrait être très
largement inférieur aux estimations jusqu'ici
avancées par les spécialistes. Il serait en tout cas très
inférieur aux chiffres retenus par les historiens de la
Commission Bergier dans leur rapport intermédiaire.
Du coup, la polémique s'enflamme. La commission chargée de
conduire l'examen collectif de mémoire n'a-t-elle
pas failli à sa tâche? A-t-elle jeté trop prestement
l'opprobre sur la politique de fermeture des frontières?
C'est la thèse qu'esquissent quelques âpres critiques de la
Commission Bergier, tel le professeur Jean-Christian
Lambelet, qui voit confirmés les doutes qu'il avait
lui-même émis au terme de ses propres travaux sur le sujet.
Le débat est d'importance, il touche à l'un des points les
plus sensibles de notre histoire. De 1995 à 1999, il a fallu
du courage pour entamer et conduire, sous des pressions
internationales parfois démesurées, des recherches
historiques qui ressemblaient furieusement à un examen de
conscience. C'était une obligation
morale envers les victimes de notre politique
d'alors, quel qu'en soit le nombre. La Suisse s'en est acquittée
avec dignité, alors que bien d'autres nations se sont épargné
jusqu'ici ce terrible exercice.
Aujourd'hui, la pression est retombée, un accord financier a
été conclu, et la tentation est là de passer à autre
chose. Le même courage, pourtant, le même devoir envers les
générations passées commande maintenant de poursuivre
ce travail de vérité jusqu'au bout. Et tant pis s'il
faut bousculer la toute nouvelle histoire officielle. Ce débat
n'est pas la propriété des historiens, il mérite d'être
public. Le voici ouvert dans ces colonnes."