LE RAPPORT BERGIER

La Suisse durant la Seconde Guerre mondiale: Analyse du rapport Bergier et des transactions suisse sur l'or. Nous vous conseillons la lecture du dossier consacré à l'or nazi en guise d'introduction ou de complément au présent dossier.

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Divers >>> Histoire Suisse >>> Le rapport Bergier

 Introduction au rapport Bergier sur l'or

 
 

Pendant de nombreuses années, la Suisse a pensé avoir échappé aux ravages de la seconde guerre mondiale grâce à son armée et à sa stratégie du "réduit national" (qui consista à faire se replier les forces armées dans les Alpes). Mais notre vision est aujourd'hui différente: la Suisse a échappé à la guerre surtout par son utilité au Reich allemand

Elle lui a fourni des devises, exporté du matériel militaire, elle a laissé passer ses trains par le Gothard. Nous verrons dans les quelques pages suivantes comment comprendre l'attitude suisse. Il faut d'abord voir que le commerce avec l'Allemagne était nécessaire pour obtenir charbon, fer, huiles ou encore semences dont la Suisse avait besoin. Mais il était «avant tout indispensable pour abaisser le risque d'une invasion», estime l'historien Philippe Marguerat (de l'université de Neuchâtel, ce dossier est constitué en grande partie des notes de ses cours). 

Le commerce germano-suisse a enrichi des banques et des industries, mais la Suisse n'est globalement pas plus riche après la guerre qu'elle ne l'était avant. En 1943, 80% des exportations suisses vers l'Allemagne sont composées de matériel à usage militaire. Les industries des machines ou de l'horlogerie ont nettement augmenté leur production et exportent surtout outre-Rhin. Entre 1940 et 1944, les exportations de matériel militaire atteignent 1,35 milliard de francs. Ce chiffre peut sembler important, mais en fait il ne représente qu'un millième des dépenses militaires allemandes. Mais il s'agit de matériel de pointe que les Allemands trouvent difficilement ailleurs.

L'Allemagne ne paie pas tout et la Suisse lui accorde des crédits. Pour Berne, l'essentiel est que l'économie tourne. Ce souci est alors partagé par la gauche et les syndicats, qui tiennent à préserver la paix du travail. En 1952, la République fédérale d'Allemagne remboursera à la Suisse la moitié de l'ardoise du Reich. Les échanges ne se font pas qu'avec le Reich, ainsi, malgré l'encerclement et les contrôles allemands, la Suisse parvient toujours à exporter du matériel aux Alliés, notamment des systèmes de guidage pour avions. Nous verrons dans quelles proportions les deux marchés différaient. Les achats d'or allemand par la Suisse sont en partie motivés par un souci de stabilité financière. L'or que la BNS a placé aux Etats-Unis est gelé, elle veut renflouer ses réserves. Mais ces achats servent aussi à dissuader une invasion allemande: le Reich ne pourrait plus alors se servir des francs suisses. «De la pertinence et de l'efficacité de cette arme, la Banque nationale et le Conseil fédéral sont conscients dès l'automne 1940», écrit Philippe Marguerat. Les devises acquisent par l'Allemagne nazie serviront à se procurer les matières premières qui alimentent sa machine de guerre: le manganèse, la bauxite, le chrome, le tungstène.

Dès 1940, la Reichsbank se sert dans les stocks d'or des banques centrales des pays occupés: Hollande, Belgique, Tchécoslovaquie, etc. Les dirigeants de la BNS savent-ils par la suite qu'ils achètent de l'or volé? Après la guerre, ils le nient. Mais les procès-verbaux de leurs réunions montrent qu'ils s'en doutaient dès l'été 1941. En juin 1942, l'un de ses directeurs, Paul Rossy, veut même cacher leur origine: il propose de refondre des lingots sur lesquels les poinçons d'origine montrent qu'ils viennent de Hollande. Les achats d'or à l'Allemagne continuent en 1944 et jusqu'au début de 1945. Les Alliés s'en plaignent, mais Berne estime à l'époque que la neutralité exige de ne pas acheter seulement d'or allié.

     

Page précédente

Page suivante

 
 
 

Liens internet

     
 
Votre site ici !!!   Ecrivez-nous pour ajouter votre site à nos pages...
 
 
Copyright © Yannick RUB