LE RAPPORT BERGIER

La Suisse durant la Seconde Guerre mondiale: Analyse du rapport Bergier et des transactions suisse sur l'or. Nous vous conseillons la lecture du dossier consacré à l'or nazi en guise d'introduction ou de complément au présent dossier.

 

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 Crise et mesure de redressement

 
 

La crise de l'année 1940

Le 20 janvier 1940, le Conseiller fédéral Motta meurt. Il est remplacé à la tête du Département politique fédéral par le Vaudois Pilet-Golaz, membre du Conseil fédéral depuis 1928. Les positions ambiguës de ce dernier vont marquer l'année 1940 de leur empreinte. 

Le plus ardent défenseur d'une politique de résistance, le conseiller fédéral Hermann Obrecht, doit démissionner pour cause de santé à la fin juin. Rudolf Minger est également remplacé par Edouard von Steiger, connu pour ses penchants corporatistes. Un autre Conseiller fédéral, Ernst Wetter, se montre ouvert aux mouvements fascistes. Il est clair que la volonté de résister est fortement contrebalancée par le désir de s'adapter à l'ordre nouveau au sein du Conseil fédéral. 

Cette crise trouve son paroxysme à la fin juin, lorsque la France capitule après moins de deux mois de combat face à Hitler. L'Allemagne paraît invincible. Le 25 juin, Pilet-Golaz prononce une allocution radiodiffusée dans laquelle il proclame la nécessité d'une « renaissance intérieure » et invite le peuple à « suivre le Conseil fédéral comme un guide sûr et dévoué, qui ne pourra pas toujours expliquer, commenter, justifier ses décisions ». Ce discours, ambigu dans son contenu, a été approuvé par le gouvernement tout entier (pour lire le discours en intégralité: Discours de Juin 1940 de Pilet-Golaz).

Autre symptôme de l'anxiété qui rôde alors, le Conseil fédéral interdit aux pilotes de l'aviation militaire suisse de s'approcher de la frontière. Les pilotes ayant abattu ou intercepté plusieurs avions allemands qui avaient violé l'espace aérien suisse, le Conseil fédéral se soumet aux pressions d'un Goering blessé dans son amour-propre.

Avec la victoire allemande, les Fronts resurgissent. Une délégation de la Ligue populaire pour l'indépendance de la Suisse, fortement germanophile, est reçue par Pilet-Golaz le 1er août. Elle lui présente ses exigences politiques, qui comprennent notamment des mesures contre les journaux hostiles à l'Allemagne et une adaptation de la politique étrangère à l'ordre nouveau. Les mêmes milieux reprendront ces points dans une pétition, soutenue par des membres éminents de l'armée et de l'industrie, qui est remise au Conseil fédéral en novembre. C'est la fameuse « pétition des 200 », qui compte en fait 173 signatures.

Le Mouvement National Suisse, principal regroupement fasciste d'alors, envoie des porte-parole à un entretien avec Pilet-Golaz. A l'issue de la réception, un communiqué laisse croire qu'une discussion sur la rénovation des institutions sur le modèle national-socialiste est à l'ordre du jour... Mais la réaction des partis politiques et de la presse, qui reste critique, met fin à ces hésitations et ces abandons. Le Conseiller fédéral doit s'expliquer devant le Parlement quant à ces entrevues avec les mouvements fascistes. Le Mouvement National Suisse et le Parti communiste sont interdits.

Les mesures de redressement

Après cette crise, d'autres milieux veulent continuer à rester indépendants face à l'Allemagne. Diverses mesures sont prises dans cette optique.

  • Le réduit national. Le général Guisan se rend compte que la Suisse peut difficilement résister à l'Allemagne en rase campagne. L'armée est donc chargée de construire dans les Alpes un noyau bien fortifié, le réduit national, englobant les forteresses de Saint-Maurice, du Gothard et de Sargans. Cette notion de réduit devient le nouveau principe fondamental de la politique militaire et est approuvée dès juillet 1940 par le Conseil fédéral. Le 25 juillet, Guisan convoque les officiers supérieurs au Grütli, lieu symbolique de la fondation du pays. Il y expose sa nouvelle stratégie, tout en voulant redonner confiance à l'armée et à la population. Le but de son nouveau plan est d'augmenter le pouvoir dissuasif de l'armée en protégeant les objectifs stratégiques les plus importants pour l'Allemagne : les principaux axes de communication à travers les Alpes. D'autre part, en cas d'attaque, l'ennemi doit s'attendre à une longue et épuisante guerre de montagne pour finalement trouver les principaux itinéraires rendus impraticables : les tunnels et les ponts sont en effet minés. Mais le plan a aussi le désavantage de laisser le Plateau, sa population et son appareil industriel à la merci des troupes ennemies. Malgré le côté dissuasif du réduit, Hitler ne comptait pas plus de 3 à 5 jours pour « avaler le petit porc-épic suisse ». Des historiens critiques, tels Jakob Tanner, estiment néanmoins que le réduit est une concession au Reich : la démobilisation partielle des troupes du Plateau suisse permet de réaffecter la main d'oeuvre aux industries qui exportent vers l'Allemagne.

 

  • Le plan Wahlen. Dès 1940, le Conseil fédéral prend des mesures supplémentaires pour assurer le ravitaillement. La consommation de combustibles, de graisses et de carburants est contrôlée par la Confédération. On recherche dans le sous-sol suisse quelques rares gisements de charbon et de pétrole. Mais la mesure la plus spectaculaire est le Plan Wahlen dont nous avons déjà parlé. Friedrich Traugott Wahlen est professeur à l'école polytechnique fédérale. Le Plan permet de doubler la surface cultivée, ce qui doit permettre à la population de tenir pendant une assez longue période, même si les importations étaient coupées. Mais plus que sa réussite économique, c'est son aspect socio-psychologique qui va être déterminant. On fait participer les populations urbaines aux travaux des champs et les patates se cultivent en plein centre de Zurich. Ces travaux créent un formidable esprit de solidarité entre deux couches de la population qui d'habitude s'ignorent royalement. Mais contrairement au mythe, l'autarcie agricole restera une fiction. Le degré d'autosuffisance n'atteint que 59%.

 

  • Mesures politiques et de résistance morale. Le Conseil fédéral met sur pied un service de surveillance de la presse et de la radio. On demande à la presse une plus grande réserve dans ses critiques face au Reich. Après la capitulation française, les nazis suisses demandent que la Confédération se montre bienveillante envers l'Allemagne. Mais dès octobre 1940, la police opère des descentes dans les milieux nationaux-socialistes suisses. Enfin, le groupe « armée et foyer » est fondé en hiver 1939 déjà. Il agit comme véritable centre d'information et de lutte contre les faux bruits. Berne est aussi soucieuse d'éviter les troubles sociaux de la Première Guerre mondiale. En décembre 1939, un régime d'indemnités pour perte de gain et de salaire est introduit en faveur des soldats. Ce régime est à l'origine de la réalisation de l'AVS après la guerre. De même, le Conseil fédéral édicte une protection contre la résiliation des contrats de travail et des baux ; il introduit le blocage des loyers et le contrôle des prix.

     

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