SOMMAIRE - Divers

La rubrique Divers regroupe divers travaux et dossiers relatifs à des sujets variés ou spécifiques. Ainsi, par exemple, un important dossier consacré à l'Histoire de la Suisse, un index de personnalités historiques, des chronologies, des dossiers d'histoire économique, d'introduction aux études historiques ou de didactique de la discipline.

 

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Auguste Pidou (1754-1821)

 
 

« Pidou n'aimait pas les révolutions », surprenante affirmation. En effet, Pidou n'est-il pas, avec Muret et Monod, l'un des Pères de la patrie ?

Fin lettré, parlant avec aisance l'anglais et l'allemand, magistrat intègre et travailleur, Pidou n'a rien d'un patriote exalté. Les excès de la Révolution française ne lui ont pas échappé et, s'il adhère aux idées nouvelles, ce n'est pas par ambition personnelle, mais dans le souci du bien du pays. Le discours qu'il prononce le
30 mars 1798, lors de l'installation des autorités du canton du Léman nouvellement créé, illustre bien sa pensée: « Quel courage, quelle fermeté ne vous seront pas nécessaires pour attaquer, dans ses derniers retranchements, l'égoïsme orgueilleux qui veut tout maintenir et résister en même temps à la pétulance insensée qui voudrait tout renverser et tout détruire ». Fils de pasteur, Pidou est né le 31 mars 1754 à Grancy. Sa mère était la soeur du célèbre médecin Samuel-Auguste Tissot. Après avoir suivi le collège à Lausanne, puis des études de théologie à Genève, Pidou est consacré pasteur. Ne se sentant aucune vocation pour le ministère, il se tourne vers I'enseignement. Il accompagne le prince de Gavre à Strasbourg, où il peut étudier avec son élève le droit et la jurisprudence. Après avoir obtenu une place d'instituteur au collège philanthropique de Dessau, petite ville entre Magdebourg et Leipzig, où il enseigne le français, il rejoint son oncle à Paris. Il y suit des cours de lettres et de sciences. Toujours cherchant fortune, il part pour l'Angleterre. S'ensuivent deux années de misère et de solitude où il tente de survivre en donnant des cours. « Aucune place ne s'offre.... écrivait-il à sa soeur, ... pas même la plus modeste et ne croyez-pas que je sois difficile ». Notre Vaudois meuble tant bien que mal sa solitude en s'essayant à l'écriture et à la poésie. La roue tourne cependant au printemps 1782. De riches et importantes familles anglaises le chargent d'accompagner leurs fils dans des voyages sur le continent. C'est ainsi que Pidou visite l'Allemagne, la Belgique, la Hollande, l'Autriche, l'Italie et la France. Il peut ainsi rentrer au pays en 1793 avec une modeste fortune et un solide bagage intellectuel. Il s'établit à Lausanne où il achète une maison. Cette même année 1793, il épouse la jeune Aubert de 20 ans sa cadette. Un fils, François et une fille, décédée en 1809, naissent de cette union.

Comme beaucoup de Vaudois, Pidou avait connu la bienveillante et toujours intéressée autorité de LL. EE. de Berne. Si les excès de la Révolution française tempèrent l'ardeur des premiers Vaudois à épouser les thèses françaises, la prospérité matérielle ne suffit plus. La condescendance des maîtres bernois et l'absence de débouchés politiques et juridiques poussent les élites vaudoises vers les idées nouvelles. Les événements se précipitent. Le
24 janvier 1798, l'Assemblée provisoire proclame l'indépendance du Pays de Vaud. Le 30 mars, Pidou, élu président de l'Assemblée provisoire, transmet les pouvoirs de l'assemblée aux autorités du canton du Léman, subdivision territoriale de la nouvelle République helvétique. Révolution certes, mais dans l'ordre.

Pidou accepte alors la charge d'
accusateur public auprès du Tribunal de canton. Tâche difficile: les dispositions pénales sont éparpillées dans différents recueils ou coutumiers et sont souvent obscures. Les règles de procédure sont inexistantes. Le Code pénal helvétique, reproduction presque textuelle du code français, n'est en effet promulgué que le 4 mai 1799, code heureusement modifié par une loi du 6 mai 1800 permettant au juge d'atténuer, dans une certaine mesure, les peines prévues. Si Pidou intervient dans un grand nombre d'affaires pénales, celles-ci présentent parfois un caractère plus politique. C'est l'arbre de la liberté qui est arraché à Orbe. C'est l'affaire Louis Reymond, chef du parti des Amis de la liberté. Reymond avait publié dans son journal Le Régénérateur des articles au vitriol contre le gouvernement helvétique, suspecté de n'être pas assez strict avec les partisans de l'Ancien Régime et coupable de mollesse pour n'avoir pas supprimé tout de suite les droits féodaux. Sans céder aux pressions, Pidou poursuivra l'affaire jusqu'au Tribunal suprême où il obtiendra la condamnation exemplaire de Reymond. Dès l'été 1800, les républicains, dont l'aile droite pactise avec les tenants de l'Ancien Régime, prennent le pouvoir. Le gouvernement central veut suspendre le rachat des droits féodaux. C'en est trop pour les campagnes où l'agitation court rapidement. Le Tribunal de canton et Pidou se rendent suspects aux yeux des autorités centrales, qui les trouvent peu empressés à réprimer les divers mouvements qui secouent le canton. Ainsi le 17 décembre 1800, le Tribunal de canton est destitué et Pidou doit démissionner. Calme, contenu, d'un abord quelque peu austère, Pidou a cependant gagné l'estime et la confiance de ses concitoyens. Il est nommé député à la Diète helvétique en 1801, puis sénateur en 1802. Avec Henri-Vincent Carrard et Daniel-Alexandre Chavannes, il participe aux travaux de rédaction d'une nouvelle Constitution fédéraliste car elle laisse - question essentielle - le soin au canton de fixer le taux de rachat de la dîme.

Le Sénat choisit Pidou pour participer parmi la députation vaudoise aux travaux de la
Consulta helvétique auprès de Napoléon, avec Henri Monod, Jules Muret, Louis Secrétan, Jean-Jacques Cart, Antoine Pellis et Louis Bégoz, notamment. Souhaitant une Helvétie plus paisible, Napoléon impose un régime plus fédéraliste et, sur le plan vaudois, plus démocratique que ne l'auraient voulu les membres de la Consulta peu enclins à voir les anciens chefs des Bourla-Papey prendre de l'importance. Le 10 mars 1803, la Commission provisoire, créée par l'Acte de Médiation, et présidée par Monod, proclame la souveraineté du canton de Vaud. Pidou en fait naturellement partie. Le 14 avril 1803, le Grand Conseil se réunit pour la première fois. Elu député à vie, Pidou est alors porté au Petit Conseil, presque à l'unanimité, 150 suffrages sur 159. Le gouvernement se met au travail. Comme le dit Monod: « Il était plus essentiel de faire vite que de très bien faire ». Des lois organisent les tribunaux et règlent le droit d'arrestation. Le 6 juin 1803, les députés adoptent la loi sur les juges et justices de paix. Nommé par le gouvernement, véritable institution, le juge de paix occupe en 1803 de multiples fonctions. Agent de l'Etat, il surveille les communes. Au pénal, il est magistrat instructeur. Au civil, il tente la conciliation et dispose d'une compétence propre jusqu'à 8 francs. Il préside la justice de Paix. En 1804, le Grand Conseil vote deux lois très importantes: l'une sur le rachat des droits féodaux, l'autre qui « règle la poursuite contre les débiteurs ». Le code correctionnel est adopté en 1805. En 1806, le canton se dote d'une loi fort précieuse sur l'instruction publique qui améliore la situation des régents et limite à soixante le nombre d'élèves par classe. Cette loi prévoit notamment la création d'une seconde chaire de droit. En 1811 est également adoptée une importante loi sur les routes. Les membres du Petit Conseil se connaissent bien et leurs rapports sont cordiaux. Monod ayant démissionné fin 1803, Muret et Pidou dirigent la manoeuvre. Même si Muret dispose d'un certain ascendant sur Pidou leur collaboration est non seulement efficace, mais tout empreinte d'amitié. Pidou voue un soin particulier à l'instruction publique. Président du Conseil académique, il n'épargne pas sa peine pour soutenir l'Académie et améliorer le niveau de son enseignement. C'est d'ailleurs avec plaisir et fierté que Pidou prononce les discours d'installation du second professeur de droit, Charles Secrétan, en 1811, et du professeur de littérature française, Charles Monnard, en 1817. En 1813, Napoléon est vaincu à Leipzig et les Bernois publient, le 24 décembre, une proclamation intimant l'ordre à leurs sujets vaudois de se soumettre à leur domination. Monod est en mission auprès du tsar Alexandre de Russie et Muret est à la Diète, à Zurich. Reste Pidou. D'abord persuadé de la vanité de ses efforts, il reprend vite confiance et dirige le pays d'une main de fer. L'heure est grave car le général Bubna et les troupes autrichiennes sont à Lausanne: « Nous nous proposons de maintenir notre indépendance » lui déclare Pidou. « Si un seul bataillon bernois avait suivi les troupes autrichiennes, trente mille Vaudois se seraient dressés pour opposer la force à la force, non pas aux armées alliées, entrées chez nous comme amis, mais aux troupes de Berne. »

Impressionné par le calme régnant dans le canton et la fermeté de Pidou, Bubna renonce à intervenir dans les affaires du canton. Même si la Constitution du
4 août 1814 est nettement réactionnaire, les hommes de 1803 demeurent au pouvoir. Muret, Pidou et Monod qui les a rejoints en 1811 sont en pleine forme. Le triumvirat peut continuer d'oeuvrer à la prospérité du canton. Ainsi, le 11 juin 1819, le canton de Vaud, le premier de Suisse, adopte son Code Civil. Pidou joue un rôle important dans l'élaboration de cet ouvrage, certes inspiré du Code Napoléon, mais oeuvre remaniée et originale, parfois supérieure au modèle français. Magistrat austère et réservé, Pidou n'est guère porté sur les mondanités ou la vie publique. S'il entretient une correspondance chaleureuse avec Madame de Staël, il préfère les discussions entre amis, notamment avec Philippe Secrétan. C'est en famille qu'il trouve comme le dit joliment Henri Vulliemin - « ses plus douces et presque ses seules récréations ». Très touché par le décès de sa fille, il consacre beaucoup de temps à son fils François. Brillant juriste, ce dernier deviendra en 1824 le titulaire de la troisième chaire de droit de l'Académie de Lausanne. Pidou n'aura pas la fierté de prononcer le discours d'installation. Frappé d'apoplexie en pleine séance du Grand Conseil, il s'éteint le 14 mai 1821. « Mes Amis, dit-il encore, je meurs au champ d'honneur. »

     

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Un article de:

- Conod, Philippe (2002), Auguste Pidou, in Vaud sous l'Acte de Médiation, 1803-1813. Bibliothèque historique vaudoise, Lausanne.

 

 
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