ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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Brève introduction
 
 

Il convient tout d'abord de s'entendre sur la définition de ce qu'est la période hellénistique. On peut considérer que c'est l'époque allant du règne d'Alexandre le Grand (336-323) à la disparition du dernier grand royaume né du démembrement de l'empire macédonien d'Alexandre; le royaume des Lagides (Ptolémées) qui disparaît devant l'impérialisme romain en -31 par la bataille d'Actium qui voit la victoire d'Octave (futur empereur) face à Antoine et Cléopâtre.

Le terme d'hellénistique que nous employons ne doit pas être confondu avec celui d'hellénique. On trouve en grec le terme hellenikus, mais le terme hellenistikos n’est pas attesté. « Hellénistique » est un terme moderne qui ne nous est pas hérité du grec (bien qu'il soit formé de mots grecs); c'est, en effet, un mot qui est né à la fin du 19ème siècle et qui fut employé pour la première fois par Gustave Droysen. Droysen étudie la période des successeurs d'Alexandre, il en fait une histoire fournie qu'il appellera Geschichte des Hellenismus dont l'étude porte sur un monde postérieur et bien plus large que celui du monde grec. Le terme d'hellénistique qu'il emploie se rattache à des mots grecs tels que hellenismos, hellenistès (ce terme caractérisait le plus souvent des juifs hellénisés) qui signifient "usages grecs", "utilisation de la langue grecque"; un helléniste dans l'antiquité c'est quelqu'un qui n'est pas grec mais qui pratique le grec et ses modes de vie…il s'hellénise. On distingue donc entre l'époque ou le grec et la civilisation grecque sont "enfermés" dans la Grèce proprement dite et l'époque où le grec et sa civilisation deviennent une image à copier. C'est alors le tour de l'hellénisation.

L'expansion de l'hellénisme ne se fait pas uniquement en direction de l'orient mais s'étend également vers l'occident (bien qu'il faille préciser que le grec en tant que langue ne sera pas adopté, cela étant notamment dû à la grande fierté "nationale" de peuple comme ceux des romains ou des carthaginois). Mais on sait tout de même que le mode de vie et la culture grecs s'insinuent en occident. Prenons un exemple: Dans la guerre des Gaules, Jules César mentionne un passage relatant un fait remarquable; après avoir arrêté les Helvètes à Bibracte, Jules César rapporte que l'on découvrit des tablettes comportant des lettres grecques (tabellae litteris Graecis) dans les bagages de ces derniers ! Cet état de fait durera III siècles, mais il ne faut pas croire que la date de -31 signifie l'arrêt complet et immédiat de la culture grecque aussi bien en orient qu'en occident, elle continuera à se diffuser largement après cette date, -31 n’est que la date d’une passation de pouvoir ! Ce qui fait l'intérêt de cette époque fait aussi son extrême difficulté : l'immensité géographique (de l’Italie au Moyen-Orient et de la Russie (Mer Noire) à la Libye). Étude rendue d'autant plus difficile que nous n'avons aucun récit continu, aucun fil conducteur qui retracerait l'ensemble de cette période; et c'est cela notamment qui fit que l'on ne l'étudia pas avant le 19ème.

La situation est bien plus complexe pour l'historien qui étudie cette période que pour celui des époques antérieures ou postérieures (Thucydide, Hérodote, Xénophon couvrent la période s'étalant de -540 à -360 !). Un auteur pourtant s'était attelé à l'étude de l'époque qui nous intéresse, Diodore de Sicile, qui rédigea une histoire universelle des origines de l'homme à Auguste. Mais la malchance fit que les tomes couvrant les périodes suivant les années -300 ne nous sont pas parvenus (nous n'en avons que des fragments…). Un autre auteur du II siècle eut une importance non négligeable, Pausanias; il intéresse les historiens de par ses nombreux discours et descriptions. Mais l'œuvre de Pausanias est composite et n'a pas de véritable fil conducteur. Comprenons bien que ce que nous avons vu ne signifie pas que nous ne possédions pas de sources pour cette époque, mais elles sont de toute nature et aucun grand récit n'a survécu (si ce n'est le tableau lucide, mais mutilé, de Polybe qui écrit sur la période de -240 à -146). Entre les textes de Diodore de Sicile et l'œuvre de Polybe se situe ce que l'on appelle le "trou noir" du III siècle (de -300 à -240). Actuellement on rebouche ce trou grâce aux diverses découvertes archéologiques ou grâce aux mentions qui en sont faites dans la littérature (archéologie, numismatique, épigraphie sont aussi d'un précieux secours). La difficulté de l'entreprise de reconstruction est très importante; un ouvrage s'y consacre, celui d’Edouard Will : Histoires politiques du monde hellénistique, mais c'est un ouvrage difficile d'accès.

Le point de vue dAthènes

La solution que nous adopterons pour étudier cette période sera celle de se placer d'un point de vue précis ; les points de vues peuvent être multiples mais nous nous intéresserons au point de vue d'Athènes… Il y a deux paradoxes à choisir Athènes : 

- C'est ce point de vue précisément que l'on est obligé de prendre quand on étudie le IV ou le V siècle, siècles durant lesquels la ville est à son apogée. Pour l'époque que nous étudierons Athènes n'est plus à l'apogée de son pouvoir, on pourrait alors penser qu'il est temps de s'en défaire enfin…

- Un autre paradoxe est de choisir une cité alors que justement la nouveauté de cette période c'est l'émergence de royautés en plus ou moins grand nombre et dont les représentants sont les meneurs de l'histoire…Il semblerait donc plus logique de prendre le point de vue de ces royaumes plutôt que celui de la cité d’Athènes. Mais quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit finalement qu'aucun de ces royaumes ne convient vraiment; on ne sait pas quel royaume choisir. Si on prend le cas de l'Egypte on se rend vite compte que son éloignement est un handicap, dans le cas de la Macédoine c'est son caractère éphémère (détruit en -167 par Rome), dans celui de Rhodes (île de la mer Egée) c’est sa mise à l’écart politique dès -167. Même si Athènes n'est plus au cœur de l'histoire elle reste tout de même une puissance avec laquelle il faut compter et qui a une aura qui dépasse le cadre politico-militaire, en effet, Athènes reste un centre culturel brillant et dont la puissance politique est respectée. Ce ne sera pas le cas de Rhodes par exemple.

Athènes continue à être la cité au travers de laquelle on voit le mieux se dessiner les grands événements de cette époque (il arrive qu'elle soit le centre même de ces événements). Nous savons que la ville d'Athènes a une histoire qui nous est relativement bien parvenue et que la relative continuité de ses sources est d'une importance majeure. Une autre raison que l'on a de préférer Athènes à Rhodes pour cette période c'est que l'on a la chance d'avoir pour l'Athènes hellénistique une synthèse récente, celle de l'historien Christian Habicht, Athènes (le dernier livre de référence datait de 1911, c'était celui de Ferguson livre réédité en 1974; Hellenistic Athens). Nous possédons aujourd'hui, grâce au professeur Denis Knoepfler, la traduction française de cet ouvrage: Athènes hellénistique, (Belles Lettres, 2000) ce sera l'ouvrage de référence que nous utiliserons dans ce dossier. L'ouvrage d'Habicht est un ouvrage dense mais fait pour un public large avec toutefois des exigences élevées pour sa lecture. Ce livre est la meilleure référence actuelle pour Athènes. 

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