Après la prise d'Athènes en -295,
Démétrios
Poliorcète prend alors un certain nombre de
mesures; les Athéniens étaient soucieux de la possible
répression des macédoniens, mais les mesures prisent
par Démétrios
Poliorcète n'allèrent pas dans le sens d'une punition, en
effet Démétrios Poliorcète va fournir
de la nourriture aux athéniens puis rétablir les formes de l'état
démocratique (c'est la fuite de Lacharès).
Pourtant l'instauration du nouveau régime
ne satisfait pas tout le monde et ses adversaires le qualifient
d'oligarchique.
Et l'on peut en effet se rendre compte de l'importante tutelle
que subit alors Athènes en sachant que les Macédoniens,
non contents d'avoir réinstallés une garnison
au Pirée (dans la forteresse de Mounychie), vont en installer
une dans la ville même ! (en fait à la bordure de la
ville sur la colline/forteresse du Mouseion = Musée).
Ce symbole puissant de la domination macédonienne
n'efface pourtant pas la gratitude du peuple envers ceux qui les
on nourrit, le peuple d'Athènes va alors dédier à Démétrios
Poliorcète une nouvelle série d'honneurs, puis iront jusqu'à baptiser du nom de leur
"nouveau Dieu" un des mois de
l'année, celui de Démétrion
(ceci n'est toutefois pas attester par un document précis). En tous les cas cet état de fait ne dura
pas longtemps, tous les honneurs seront
abolis après -287 (mais pas ceux antérieurs à -295
qui seront conservés jusqu'à la fin du III siècle).
Certains hommes, comme Stratoklès précédemment,
font voter des décrets toujours plus honorifiques pour Démétrios
Poliorcète (c'est aussi le cas d'un homme comme Dromokleidos).
Une "déification partielle" de certains bras droit de
Démétrios Poliorcète sera aussi particulièrement en vogue (Hérodôros
se voit conférer les plus grands honneurs réservés d'habitude
aux citoyens athéniens alors qu'il ne l'était pas ! ).
La chance pour Athènes c'est que Démétrios
Poliorcète sera moins
présent dans la ville qu'en -304. En effet, il
entame dès -294 une vaste reconquête de la Grèce, il s'engage
contre la Béotie ceci menant à un deuxième siège de Lacharès
qui s'était alors réfugié à Thèbes. A la tête de la ville conquise, Démétrios
Poliorcète place un militaire et intellectuel de renom:
Hierônymos
de Cardia (historien qui est notre principal
source pour la période s'étendant d'Alexandre
à
Pyrrhus
(-272). Il fut également la source de bon nombre d'autres
historiens).
Démétrios
Poliorcète a pour dessein de rétablir sa
domination sur le Péloponnèse, il veut soumettre la ville de
Sparte qui était toujours restée indépendante jusque là.
Pendant sa campagne contre la Laconie il change d'objectif et
interrompt son entreprise, en effet une
nouvelle campagne s'offre à lui : le
royaume de Macédoine et sa valeur symbolique.
En effet,
Cassandre
est décédé en -297, ses premiers successeurs ne se maintirent
que quelques mois, puis se furent ses deux frères cadets,
Alexandre et Antipater, qui se disputèrent alors le trône.
Alexandre va alors faire appel à Démétrios Poliorcète, ce
qui, on le devine, est une véritable
aubaine pour Démétrios. Au terme d'intrigues diverses
et brutales les deux frères vont succomber, Démétrios Poliorcète
s'en est débarrassé. C'est fin -294 que Démétrios
Poliorcète se fait couronner roi de macédoine, la
dynastie Antigonide va se maintenir jusqu'à l'invasion romaine
(pas toujours de manière continue pourtant).
Pour Athènes cette conquête aura, pour
finir, des avantages certains. Démétrios Poliorcète s'intéresse
moins à eux, mais d'un autre côté celui-ci se montre plus
arrogant et impérieux à l'égard des cités grecques en général
et d'Athènes en particulier (comme anecdote notons qu'une
ambassade athénienne envoyée auprès de Démétrios Poliorcète
devra attendre plus de 2 ans avant
d'être reçue…). Démétrios Poliorcète garde de vastes
ambitions, il cherche à affermir son pouvoir à Athènes par un
état autoritaire; une preuve est que 2 années de suite c'est
Olympiodore
qui sera archonte, cela ne pourrait se produire dans un système
démocratique, c'est un signe clair de l'autoritarisme d'alors,
on veut comme autre indice le fait que des titres de fonctions
qui n'existaient que sous des régimes autoritaires refont leur
apparition (ceux d'anagraphes
(scribes) qui remplace ceux de grammateurs), cela peut paraître
relever du détail mais c'est un
signe
qui ne trompe pas !
Pyrrhus, comme "roi macédonien",
a aussi des prétentions sur la Macédoine, la confrontation
entre Pyrrhus et Démétrios tournera à l'avantage du premier,
Démétrios Poliorcète sera même blessé, il restera malade ce
qui ne fit qu'accentuer son caractère déjà difficile.
Dans les années 288-287 un retournement de
la situation va amener Pyrrhus jusqu'en Macédoine, son alliance
avec
Lysimaque
créant un mouvement de tenaille contre Démétrios Poliorcète,
le territoire du Poliorcète se réduit alors à la simple Macédoine.
Démétrios Poliorcète sera contraint de fuir et de se réfugier
en Grèce, son aventure macédonienne semble terminée, ce ne
sera que plus tard que sa dynastie reprendra le pouvoir, devant
cette nouvelle donne de la situation la
plupart des dépendances macédoniennes vont se révolter; ce
sera le cas d'Athènes.
Le
premier acte de rébellion fut de chasser
la garnison en place au cœur de la ville, acte de rébellion
par excellence, c’est d’ailleurs ce qui provoqua la réaction
de Démétrios et sa venue en armes contre Athènes.
Le
but de Démétrios était d’établir un nouveau siège autour
de la ville. Mais les Athéniens réussirent à rassembler le
plus de blé possible, la chance d’Athènes étant que ces événements
se produisirent au moment des moissons. De plus, grâce à
Kallias,
Athènes bénéficia de l’aide du roi d’Egypte,
Ptolémée
I.
Kallias
s’était exilé volontairement, pour ne pas avoir à souffrir
l’oligarchie dirigée par Démétrios et pour ne pas se
compromettre avec ce régime, contrairement à son frère
Phaidros qui avait été magistrat à Athènes et nommé par Démétrios.
Kallias se mit alors au service du roi Ptolémée à Alexandrie
(une des monarchies les plus prestigieuse de l’époque). Il
s’y fit nommer chef d’une garnison royale dans l’île d’Andros
qui contrôlait un passage important (île de la mer Egée, au
sud de l’Eubée). A partir de cette île, Kallias partit
au
secours de sa patrie avec un contingent sans attendre les ordres
de Ptolémée, mais en tant qu’officier d’un roi hellénistique.
Le décret nous montre qu’une fois informé des événements
et du danger pesant sur Athènes, Ptolémée envoya un
ambassadeur pour essayer de négocier avec Démétrios. Cet
ambassadeur n’était autre que Sostratos,
homme venant de Cride célèbre pour son activité
d’architecte et qui en tant que tel avait construit
le Phare d’Alexandrie, l’une des 7 merveilles du
monde
Durant
l’été -287, des négociations sont menées à Athènes,
elles auront un double caractère:
1.
Elle aboutirent à un accord entre Démétrios et la cité
d’Athènes sans l’intervention de Sostratos. Cette paix fut
partiellement satisfaisante pour Athènes. On le remarque dans
le décret de Phaidros: tout ce qui
concernait la paix a été effacé car on a considéré plus
tard qu’elle était honteuse pour Athènes. Athènes du modérer
ses revendications pour éviter un siège. La ville ne pouvait
pas prétendre reconstituer l’état athénien dans toute son
ampleur. La cité obtint « seulement » que l’indépendance
de la ville soit reconnue, ce qui était quand même une
victoire. Athènes la devait à Phaidros.
2.
Les négociations se déroulèrent au niveau royal
seulement. Sostratos conclut un armistice entre Démétrios et
Ptolémée. Athènes ne participa pas
directement à ce pans des négociations, elle avait juste un témoin
qui y assista: Kallias, qui avait été désigné pour
cette tâche par les hauts magistrats de la ville.
La
cité était désormais libre et cela dura plus de 20 ans,
jusqu’à la guerre de Chrémonidès
en -262.
Athènes a été, à ce moment là, affaiblie,
appauvrie et amputée d’une bonne partie de son
territoire:
elle perdit le port du Pirée et des forteresses qu’elle avait
en bordure du territoire qui étaient resté aux
mains des Macédoniens. Les Athéniens durent
faire un effort de reconquête de ces territoires en
allant chercher de l’argent et des armes auprès
des rois hellénistiques qui leur étaient favorables :
Ptolémée, Lysimaque et Pyrrhus entre autres. Kallias obtint
l’aide de Ptolémée pour la cité (il était toujours
officier du roi). Il obtint
également
de l’argent pour reconstruire un mât qui jouait un grand rôle
dans les fêtes
athéniennes,
les Panathénées.
Athènes
remit progressivement la main sur certaines des forteresses
qu’elle avait perdues. On se demande si la cité réussit à
reprendre le Pirée, en fait on ne le sait pas, donc on ne peut
pas l’affirmer.
En -282,
Démétrios mourut.
Les Athéniens essayèrent alors de récupérer le Pirée en -281,
mais, nous l'avons dit, on ignore s’ils réussirent.