Après
avoir vu la libération d’Athènes, nous allons nous pencher
sur quelques aspects de la vie culturelle à Athènes. Nous
traiterons ici de la ville d’Athènes, mais par extension on
peut dire que certains aspects peuvent correspondre à
d’autres cités grecques.
On
retrouve dans cette étude le même problème que pour
l’histoire politique et événementielle: le
problème des sources, car pour l’époque hellénistique
les pertes ont été conséquentes. Les oeuvres n’ont pas été
conservées, ce qui ne signifie pas que la production ait été
moindre pendant la période hellénistique.
Le
domaine de la tragédie nous est bien conservé. Par contre la
comédie l’est moins. Aristophane
(vers 450-386) a été le fondateur de la comédie qui apparut
un demi-siècle après la tragédie. D’autres comiques sont
moins bien connus, comme par exemple Ménandre
que l’on a connu pendant très longtemps seulement au travers
des oeuvres de
Plaute
et de
Térence.
Récemment, on a trouvé des papyrus qui contenait une pièce
complète de Ménandre en grec: le discokolos (le
misanthrope).
La comédie de Ménandre se distingue du théâtre
de l’époque classique représentée surtout par Aristophane
qui vers -400 faisait de la comédie un théâtre politique, comédie
très directe qui pouvait être à la fois grossière et très
raffinée. Ménandre (vers -300) créa une nouvelle comédie qui
fleurit à partir de l’époque d’Alexandre
le Grand. Il obtint du succès à Athènes, mais
aussi dans tout le monde grec. On n’avait pas besoin d’être
athénien pour comprendre la comédie de Ménandre, alors que
pour celle d’Aristophane, c’était nécessaire. Le théâtre
de Ménandre est très universaliste, c’est un théâtre de mœurs
et de caractères que l’on pouvait apprécier dans tout le
monde grec. Il y avait certainement beaucoup d’autres écrivains
du style de Ménandre, on n’en connaît plus ou moins 50 par
leur nom. Par exemple, Philippidès
(politicien dont on a déjà parlé) était également un poète
qui s’était réfugié à la cour de
Lysimaque.
Si on connaît Ménandre c’est un peu grâce au hasard, mais
aussi à sa popularité. On connaît beaucoup de sentences pédagogiques
de l’auteur. Ses pièces avaient une valeur quasi pédagogique
ou religieuse.
Il existait des concours littéraires et de théâtre à Athènes.
L’un des caractères de la politique d’Athènes était que
tout pouvait être prétexte à concours. On a trouvé des
inscriptions qui décrivent bien les concours. On peut voir qui
y a participé, qui a gagné, le classement, etc. L’auteur
recevait un prix, ainsi que l’acteur principal. On entend par
acteur principal le protagoniste, celui qui jouait le rôle
principal ou les rôles principaux, car souvent un acteur
pouvait jouer plusieurs rôles dans une pièce.
Il
se faisait aussi des concours de comédies anciennes ou l’on
jouait non pas Aristophane, car il était déjà peut-être
incompréhensible, mais des pièces dont les auteurs étaient déjà
morts et où seul l’acteur était récompensé. Au IIIe siècle,
on voit apparaître l’association d’auteurs et d’acteurs
qui portaient le nom de technites.
Ces dernières étaient placées sous la protection de
Dionysos
qui était le dieu du théâtre
avant d’être celui du vin. Ces associations existaient du
fait de leur succès international dès le début du troisième
siècle. Les acteurs et les auteurs devaient se déplacer d’une
ville à l’autre, ils avaient des contrats avec des cités et
en échange de protection et de paiements ils devaient présenter
des spectacles à des dates convenues.
Si
à cette époque on connaît surtout des comédies, cela ne
veut pas dire que la tragédie ait disparu (La grande période
de la tragédie se situe au Ve siècle avec des auteurs comme
Sophocle
ou Euripide. Ce dernier est un poète
qui exprimait des vérités générales, il a souvent été
repris par d’autres auteurs et toute personne cultivée dans
le monde ancien devait connaître certains de ses passages). On
a réussi à déterminer grâce à des listes de vainqueurs
qu’il y a eu de nouvelles créations tragiques, bien qu’on
ne les connaisse que très peu. Les tragôdos,
poètes tragiques existaient aussi au IVe siècle. Les
komôdos
étaient, eux, des poètes comiques. L’aspect
musical du théâtre faisait aussi l’objet des concours. On le
voit sur les monuments. Une ville pouvait avoir plusieurs théâtres.
Cette abondance de monuments prouve qu’il y avait beaucoup de
représentations. Le fait qu’il y ait beaucoup de théâtres
datant du IVe siècle prouve que le théâtre de ce siècle
n’était pas moribond. A cette époque il pénètre même dans
le monde phénicien et carthaginois. Même un Juif,
Ezéchiel,
écrit une tragédie en grec sur l’exode de la bible.
Le
théâtre du IVe siècle était peut-être moins populaire que
celui d’Aristophane, il faut dire qu’au Ve siècle le théâtre
était subventionné alors que dans l’Athènes hellénistique
il ne l’était plus. Le public était certainement plus
“bourgeois”. Ce qui explique en partie que le ton du théâtre
du IVe siècle ne soit plus tout à fait le même (il est moins
obscène que celui d’Aristophane).
Jusqu’à
la fin de l’époque hellénistique, le prestige d’Athènes
fut la philosophie. Athènes a été un centre dans le domaine,
elle était la seule ville dans laquelle réussirent à se développer
des écoles philosophiques:
1.
L’Académie de
Platon
2.
Le Lycée d’Aristote
3.
Le Stoïcisme de
Zénon
4.
L’Epicurisme
(le stoïcisme et l’épicurisme apparurent à la fin du IVe
siècle)
Par
philosophie, il faut entendre un peu autre chose que ce que
l’on entend par là aujourd’hui. La philosophie représentait
à cette époque toute l’éducation et toutes les sciences
(sciences naturelles, mathématiques, physique, ...). Selon les
écoles, on s’intéressait plus à un domaine qu’à un
autre. Par exemple le Lycée d’Aristote s’occupait plus des
sciences naturelles, l’Académie, au IIIe siècle, (= Nouvelle
Académie) tend vers le scepticisme.
Ces
écoles philosophiques devinrent des sortes d’universités.
Elles proposaient une éducation privée. Les fondateurs des ces
écoles furent considérés, après coup, comme des dieux, par
exemple on voit
Lucrèce
vénérer
Epicure
dans son “De Rerum Natura”.
Dans les autres écoles on était plus
critique envers les fondateurs. Les lieux de réunion des écoles
étaient peu communs (Les Epicuriens se réunissaient dans un
jardin, le Stoïcisme tire son nom de Stoa, portique en grec).
Le chef de l’école était un scholarque.
Les têtes de ces écoles philosophiques n’étaient
pratiquement jamais athéniennes, ceci provoqua un grand
rayonnement de la cité d’Athènes à travers ces étrangers
philosophes.
Si Epicure était athénien, Zénon était
un Phénicien hellénisé, on vit aussi des Carthaginois et
ensuite des Romains. Platon et
Socrate
étaient athéniens tandis qu’Arcésilas
venait d’Asie Mineure (fondateur de la Nouvelle Académie).
Les chefs d’écoles (ceux qui siégeaient à l’Académie par
exemple) étaient également souvent des étrangers. L’état
athénien pratiquait une politique libérale envers les
philosophes, ce qui créait un climat favorable à ce genre d’études.
Même
si on se moquait parfois des philosophes, on leur confiait
parfois des tâches importantes et des missions politiques. Ni
les philosophes, ni les hommes de théâtre n’étaient
marginaux. Ils faisaient partie de la vie sociale. Par exemple,
on trouve des noms de philosophes ou d’acteurs sur les listes
de participation à la construction d’un
monument.