En
-304, Athènes fut obligée de demander son appui à
Antigone, car elle subit les assauts de
Cassandre qui avait mis la cité au centre de ses
objectifs dès -307.
En -304 les choses se précisent pour Athènes; elle est soumise à
un siège et elle n’est pas en état
de soutenir l’attaque. Elle demande alors l’aide de Démétrios
qui était occupé à assiéger la ville de Rhodes (sans grand
succès), ce qui permit à ce dernier de lever le siège sans
défaite et avec une excuse valable. Démétrios débarqua sur le
continent en -304 et s’arrêta à Aulis, l’endroit d’où les Grecs
étaient partis pour la guerre de Troie, mais il choisit cet
endroit pour une autre raison : Aulis était un lieu très
favorable, il permettait de prendre Cassandre à revers. C’est
d’ailleurs grosso modo ce qu’il réussit à faire en repoussant
Cassandre vers le nord (vers Thèbes et Chalcis, deux cités
appartenant à Cassandre) en levant ainsi le siège d’Athènes.
Commença alors une nouvelle phase dans les relations entre
Démétrios et Athènes. Au début, cette nouvelle relation était
favorable à Athènes car Démétrios lui
rendit des territoires qui
protégeaient la ville des envahisseurs, des montagnes qui
séparent l’Attique de la Béotie (Eleuthêres, Panakton) que
Cassandre avait annexé. Démétrios restitua également à Athènes
Oropos qui était un passage clef
pour l’Eubée.
Une fois de plus Démétrios apparut
comme un sauveur aux yeux des athéniens. Mais il y
avait tout de même le revers de la médaille: Démétrios n’ayant
pas achevée sa conquête dans le Péloponnèse
séjourna à Athènes pendant les
hivers 304/3 et 303/2. Ce fut une cohabitation difficile, car
loger un roi dans une démocratie ne fut pas chose aisée. Le
fonctionnement de la démocratie en fut automatiquement modifié.
A partir de 304-303, des frictions et des oppositions
commencèrent à apparaître. Il y avait des factions ou des
tendances qui admettaient ou non la présence de Démétrios.
Certains démocrates radicaux durent s’exiler. Le Démétrios de
-304 n’était plus celui de -307, car entre temps
il était devenu un roi hellénistique.
L’opposition
aux Antigonides fut conduite par le neveu de Démosthène:
Démocharès de Leukonoè, un poète
comique populaire. Philippidès de Képhalé
était également dans les rangs de la résistance, il est connu
par un décret honorifique datant de cette époque qui relate avec
beaucoup de détails sa carrière. Il s’est réfugié chez
Lysimaque, adversaire de Démétrios. C’est par ce
décret, fait 20 ans plus tard, que l’on remarque qu’il a agi de
l’extérieur sur la politique d’Athènes.
Démétrios use de son pouvoir à
Athènes
Démétrios pensait tout pouvoir se permettre dans la cité
d’Athènes. Par exemple, il ne respectait pas les cultes, il
voulait une demeure digne de lui pour passer l’hiver. Sur
proposition de Stratoklès, on demanda qu’il habite sur
l’Acropole (L’Acropole était un espace religieux qui avait été
dans des temps très reculés la demeure des rois, mais même du
temps des tyrans du VIe siècle, aucun roi n’avait osé résider à
cet endroit). On accorda ce privilège à Démétrios qui
séjourna avec son harem sur l’Acropole,
situation qui était difficile à supporter pour les Athéniens car
eux-mêmes étaient monogames. Démétrios avait une épouse
légitime, Phila, la fille d’Antipater,
il était donc le beau-frère de Cassandre.
Durant son séjour athénien, Démétrios épousa une citoyenne
d’Athènes, ce qui constitua un grand honneur pour la cité. Cette
citoyenne était la veuve d’Ophélas, gouverneur de la cyrénaïque
sous Ptolémée (Il l’épousa après -304, sans pour autant répudier
Phila, en plus il a un certain nombre de courtisanes que l’on
nomme hétaïres).
Démétrios et son harem reçurent le
Parthénon, temple qui était dédié à
Athéna, une déesse plus austère
que les moeurs du diadoque. Plutarque nous dit qu’on lui a prêté
l’opisthodom, ce qui correspond à la partie arrière du
temple. Mais on pense que Démétrios a bénéficié de plus d’espace
car cette partie était étroite et ouverte à tout vent, ses
femmes n’auraient pas eu assez de place. On suggère donc que
Plutarque voulait dire par là toute la partie arrière du temple
(partie très fermée et sans fenêtres).
Le fait d’habiter dans la même «maison» qu’Athéna en plus du
fait que les Athéniens le prenaient pour un dieu autorisa
Démétrios à considérer la déesse comme sa sœur. Ces événements
devaient ulcérer les Athéniens traditionalistes.
En -302, Démétrios manifesta la volonté d’être initié aux
mystères d’Eleusis: On croyait qu’en faisant certaines choses,
on pouvait entrevoir certains mystères de l’au-delà (en plus y
avoir participé assurait la vie après la mort). Mais pour
pouvoir participer aux mystères il fallait
être initié. L’initiation avait lieu normalement en deux
étapes dont une au printemps et l’autre en automne. Démétrios ne
voulant pas attendre, Stratoklès décida de
changer le calendrier pour lui.
Athènes passa d’Anthestériôn (mois du printemps) à Boedromiôn
(mois d’automne) et une fois l’initiation terminée, on reprit le
cours de l’année normalement (on revint simplement en arrière de
quelques mois).
Il est clair que tous ces caprices
de Démétrios provoquait la colère de certains.
Malgré cela, Démétrios n’était pas inactif. Pendant les années
303-302, le monde grec fut secoué à plusieurs reprises.
Démétrios parvint à recréer une ligue des cités grecques et du
Péloponnèse (le Péloponnèse a toujours été l’objet de
convoitise). En -302, il réussit à reconstituer la
ligue de Corinthe, comme l’avait
fait
Philippe II de Macédoine en -338.
On possède des
inscriptions trouvées à Epidore à
propos de cette nouvelle ligue de Corinthe. Elles nous
restituent quasiment toutes les clauses de cette alliance et son
fonctionnement, voici les points principaux :
En l’absence d’Antigone et de Démétrios,
la ligue était dirigée par un stratège, Adeimantos de Lampsac
(ville de l’Hellespont), nommé par les deux hommes et connu
également par I’épigraphie ; il venait du territoire de
Lysimaque, mais il préféra se ranger du côté de Démétrios.
Le but de cette ligue était de forcer
les cités à contribuer à l’élimination totale de Cassandre,
présenté comme l’adversaire de la démocratie. Grosso modo, cette
machine de guerre fonctionna, car la ligue prit pratiquement
tout le Péloponnèse et Cassandre fut obligé de se replier aux
portes de la Macédoine (son royaume).
Parallèlement Antigone (qui n’était jusqu’alors jamais venu à
Athènes) était en Asie mineure dont il était pratiquement le
maître depuis ses victoires sur Ptolémée.
Toujours en -302, se créa une alliance entre
Lysimaque, Cassandre et Séleucos
(qui détenait le territoire le plus à l’Orient de l’empire
d’Alexandre le Grand) pour résister à la puissance des
Antigonides. Ptolémée ne prit pas part à
cette alliance, mais soutenait tout de même les coalisés.
En apprenant la nouvelle, Antigone rappela Démétrios qui fut
obligé de signer une
paix bâclée avec Cassandre.
Au printemps -301, la bataille d’Ipsos
va marquer l’histoire hellénistique: La
coalition des diadoques battit les Antigonides.
Antigone mourut pendant la bataille. Cette défaite marqua un
tournant, car depuis l’empire d’Alexandre le Grand, Antigone
avait été l’un des plus puissants diadoques. Son empire fut
disséqué.
A partir de ce moment, l’empire d’Alexandre appartiendra
définitivement à l’histoire car il était devenu impossible de
rétablir l’unité.
1. Lysimaque
deviendra roi d’une puissance maritime ayant un pied ferme en
Méditerranée.
2. Séleucos
qui était déjà maître de l’Asie orientale parvient à mettre la
main sur la Syrie du
nord, ce qui lui donna un accès à la Méditerranée.
En -300, il fonda deux cités sur la rivière
Oronte: Antioche et Séleucie. Antioche deviendra la
capitale des rois Séleucides.
3.
Ptolémée
tira certains avantages de cette victoire sur les Antigonides:
il mit la main sur la
partie sud de
la Syrie (la Palestine).
4. Cassandre
n’obtînt rien en Asie mineure comme il l’espérait ; mais il fut
définitivement
installé sur
le trône de Macédoine et plus personne ne contesta ce fait.
Cette nouvelle carte de la Grèce
allait durer jusqu’à la conquête
romaine.
Résumé:
La
Macédoine est convoitée par les diadoques. Antigonos le Borgne veut
y régner, mais les autres rois, Cassandre, Lysimaque et Séleucos, se
coalisent pour l’en empêcher. La rencontre décisive a lieu à
Ipsos. Antigonos y trouve la mort. Les vainqueurs procèdent à un
nouveau partage du monde. Cassandre conserve la Macédoine, Lysimaque
règne sur la Thrace et l’Asie Mineure jusqu’à la montagne du
Taurus; Séleucos n’obtient que la région septentrionale de la
Syrie, la moitié méridionale étant occupée par Ptolémée. Quant
à Démétrios Poliorcète, il conserve des positions en Asie Mineure
et en Phénicie, dans les Cyclades et en Grèce.