Antigone et Démétrios deviennent des Dieux pour Athènes
Il
y eut effectivement des honneurs divins rendus à
Démétrios
(comme Lysandre de Sparte en avait reçu à Samos ou
Alexandre
le Grand en Orient ; notons au passage
qu’un tel culte ne fut jamais rendu à Alexandre à Athènes
bien que celui-ci l’ait ordonné), mais ces honneurs
n’intervinrent pas tout de suite après
-307.
Au départ, le culte rendu aux deux hommes témoigne
d’une reconnaissance pour leurs actions, mais petit à petit,
ils s’élevèrent au rang de Dieux dans l’esprit des athéniens.
Normalement, les dieux avaient pour tâche de
protéger
la cité, Antigone et Démétrios
avaient fait ce que les dieux auraient dû faire, il ne faut pas
pour autant croire que les Athéniens étaient plus naïfs que
nous, ils ne pensaient pas qu’ils étaient des Dieux, mais
qu’ils avaient agi comme des Dieux.
Le
corps civique fut divisé en 12 au lieu de 10. Il apparut deux
tribus de plus en l’honneur de Démétrios et d’Antigone: La
tribu Antigonis et
Démétrias.
Cette décision est une marque de culte, comme établir un autel
par exemple. Cela correspondait à des sentiments normaux pour
un grec envers un héros, c’est à dire un demi-dieu (Antigone
et
Démétrios
devinrent des demi-dieux).
De
plus en plus, le destin des cités était entre les mains des
rois, ceci entraînait une augmentation des cultes d’êtres
vivants. A Athènes, on vénéra les deux rois, mais aussi
d’anciens démocrates qui avaient agi en faveur de la démocratie.
Lycurgue reçut des honneurs posthumes en -307.
Les
relations entre Athènes et la mer Egée et donc l’accès à
l’Asie mineure, se remirent en place. Sous
Cassandre,
Athènes était coupée de la mer Egée. Pour Athènes cela
signifiait un renouveau sensible, elle remit la main sur deux îles
de la mer Egée: Lemnos et Imbros. Elle bénéficiait également
du bois, du blé et de l’argent donné par Démétrios.
Athènes
ne pouvait cependant pas s’endormir sur ses lauriers, car la
ville avait besoin de Démétrios pour le ravitaillement en
bois. Elle du reconstruire ses remparts pour parer à l’éventualité
d’un siège. Démocharès, le
neveu de
Démosthène
s’occupa de la remise en état de l’enceinte. La raison de
ces réparations était la menace de Cassandre qui semblait prêt
à tout entreprendre pour remettre la main sur Athènes. Athènes
se sentait menacée, ce qui explique aussi, les honneurs faits
à Démétrios.
Un des principaux soucis de ces années a été
de montrer que l’on utilisait bien la démocratie, la
publicité
et la transparence de la
gestion d’Athènes furent particulièrement soignée. On a la
preuve qu’à cette époque la démocratie fonctionnait très
bien, on a en effet retrouvé un grand nombre de décrets. Ces décrets
constituaient une bonne publicité pour le régime rétabli. On
a conservé dans ces années là une centaine
de décrets, alors que pour le «règne» de
Démétrios
de Phalère on possède beaucoup moins de
documents. Ce fait n’est certainement pas seulement dû au
hasard, mais aussi à une différence de production. On a fait réellement
plus de décrets pour montrer que la démocratie fonctionnait à
nouveau.
En
étudiant les documents de cette époque, on remarque un homme
qui sort de l’ombre plus souvent qu’à son tour :
Stratoklès
(Il est attesté par les textes et les historiens). Plus d’un
quart des décrets de l’époque (que l’on a conservé) ont
été proposés par lui. Il semble avoir été un meneur à
l’assemblée et certainement l’un des orateurs les plus
importants de l’époque. On sait également qu’il était au
service de Démétrios.
Exemple
: Une décision intéressante prise par le régime démocratique
d’Athènes :
Il
s’agit d’une loi dictée par Sophoklès
(promulguée démocratiquement) qui avait pour but de
soumettre
les écoles philosophiques au contrôle de l’état.
On
pourrait se demander pourquoi à la fin du IVe siècle les Athéniens
veulent avoir un oeil sur les écoles philosophiques. Il faut
savoir que l’Athénien moyen avait une certaine méfiance
envers ces intellectuels qu’étaient les philosophes. On les
prenait pour des oisifs et on ne voyait pas bien leur utilité.
On s’en prit particulièrement à l’école d’Aristote,
le Lycée. A l’époque des successeurs d’Aristote, (Théophraste)
Démétrios de Phalère étudiait au lycée. Théophraste fut
rapidement considéré comme un allié de Démétrios de Phalère.
Ce qui bien sûr, une fois la république revenue, n’a pas
favorisé la popularité de l’école.
A
cette époque toutes les grandes écoles philosophiques étaient
réunies à Athènes: Le lycée d’Aristote, le stoïcisme de
Zénon,
et l’épicurisme avec son fondateur.
Cette
loi aurait pu tuer les écoles philosophiques dans l’œuf,
mais elles bénéficièrent tout de même d’un grand
rayonnement pendant toute la période hellénistique.
Philon fera abroger cette loi considérée comme
illégale, c’est à dire en contradiction avec la
constitution et avec les autres lois (cf Graphé).
Les
philosophes qui avaient déjà commencé à partir revinrent et
c’est à partir de cette époque que se sont développées les
écoles philosophiques: L’épicurisme
(qui cherchait la tranquillité) et le
stoïcisme
(qui tire son nom de stoikon qui veut dire en grec portique,
Zénon
avait l’habitude d’enseigner sous un portique). L’épicurisme
ne s’occupait pas de politique, tandis que le stoïcisme oui.
Preuve que les Athéniens étaient assez tolérants, car Zénon
était étranger, philosophe et tout de même bon citoyen.
Vers
-304, un événement troubla la démocratie athénienne. La
ville fut à nouveau et plus que jamais menacée par Cassandre.
Athènes se tourna alors vers son seul recours possible Démétrios.
Il
y eut deux étapes dans la résistance à Cassandre de -307 à -304
1.
Tout d’abord Athènes et Démétrios eurent
l’avantage. En -306, Démétrios remporte une victoire
navale
sur Ptolémée à Chypre, c’est la victoire de
Salamine.
A la suite de cette victoire Antigone et
son
fils prirent le titre de roi.
Note :
Officiellement il n’y a plus de rois. Les diadoques à partir
de -306 s'autoproclamèrent pourtant roi, prennent successivement le
titre royal
Antigone
et son fis
Démétrios,
suivi par
Ptolémée,
Cassandre,
Lysimaque
et
Séleucos.
2.
Le revers : Démétrios fut incapable de s’emparer
de la ville de Rhodes qui était
une alliée de Ptolémée. Les Rhodiens ne cédèrent pas malgré
les moyens mis en place par Démétrios (Rhodes devint par la
suite la plus grande puissance navale à cette époque et ceci
jusqu’à l’époque romaine). L’appel d’Athènes fut pour
Démétrios une façon élégante de lever le siège de Rhodes.
Il partit pour la bonne cause en recevant les honneurs des athéniens
avant de devoir avouer sa défaite devant Rhodes (Rhodes était
d’une certaine façon dans la même situation qu’Athènes
puisqu’elle vouait également un culte à Ptolémée).