Même
si Athènes vécut en paix durant ces 10 ans, le monde autour
d’elle bougeait et ces mouvements eurent des conséquences sur
la cité. Le régime mis en place par
Démétrios
de Phalère et qui consistait en une semi-démocratie
doublée d’une tutelle militaire macédonienne n’allait pas
résister.
En
-317,
Cassandre
devint le régent du royaume et le protecteur des deux rois,
Philippe
III et
Alexandre IV. La
femme de Philippe décida de se ranger du côté de Cassandre au
lieu de suivre la reine mère,
Olympias.
Un conflit s’en suivit immanquablement. Lors d’une rencontre
militaire, les troupes de macédoine passèrent du côté de la
reine mère qui bénéficiait également de l’appui d’une
partie du peuple. La reine mit la main sur Philippe III
qu’elle fit exécuter et poussa la femme de celui-ci,
Eurydice, à se suicider. L’échec était
cuisant pour Cassandre qui perdait ainsi l’appui du roi.
En plus de cela, Olympias mit la main sur son petit-fils,
Alexandre IV.
L’année
-316 fut une année sombre pour Olympias. Attaquée par
Cassandre, elle s’enferma dans la ville de
Pydna.
Durant le siège de la ville, Olympias fut battue et exécutée
par Cassandre qui reprit sous son aile Alexandre IV. Ce dernier
fut déplacé à Amphipolis. Sans pour autant prendre le titre
de roi, Cassandre se comportait comme tel. De plus, il épousa
une demi-sœur d’Alexandre
le Grand, Thessaloniké.
Dès -315, il fonda près de Pydna, la ville de Thessalonique.
Il redressa également la ville d’Olympe et lui attribua le
nom de Cassendreia. Olympe était une ex ennemie de la Macédoine,
elle avait été détruit par Philippe II durant le milieu du
IVe siècle. En -315, Cassandre redressa
également Thèbes, ce qui constitua une action de
grande
audace vis-à-vis de la population macédonienne ;
par ce geste il gagna de bons points en Grèce.
Tous
ces événements se passèrent aux portes d’Athènes, bien que
la ville ne fut pas impliquée elle en subit les conséquences.
Un simple exemple ; les Thébains qui résidaient à Athènes
quittèrent l’Attique dès la reconstruction de leur ville.
Mais
Antigone
qui observait la montée en puissance de Cassandre ne tarda pas
à réagir à son succès.
L'incidence de ces évènements sur Athènes
est indirecte, sauf en ce qui concerne la reconstruction de Thèbes
à laquelle les Athéniens participèrent activement, d'une part
car ils obéissent à Cassandre mais aussi parce qu'ils étaient
heureux de le faire.
Hors de la Grèce il se passe également
des choses importantes: C'est tout d'abord la progression en
Asie Mineure d'Antigone
le Borgne (monophtalmos) qui réussit à éliminer
ses adversaires les plus directs (dont
Eumène
de Cardia, éliminé en -317). Mais les progrès
d'Antigone jusqu'en Syrie vont susciter contre lui
l'alliance
de ses rivaux, les autres diadoques. Une coalition se formera contre Antigone
devenu décidément trop puissant au goût de ses ennemis, dans
la pratique dès que l'un des diadoques avait la puissance nécessaire
pour recouvrer l'ensemble du royaume d'Alexandre il trouvait
alors face à lui les autres diadoques qui s'y opposaient.
L'alliance précitée réunie
Ptolémée,
Lysimaque,
Cassandre
(l'ancien allié d'Antigone !). Cette coalition va bien sûr
provoquer une réaction tactique d'Antigone : la
proclamation
de Tyr (Phénicie) en -315 ;
c’est la publication d'une série d'ordonnances (à la manière
de
Polyperchon)
qui sont un véritable manifeste contre Cassandre. Ces textes
nous sont parvenus par Diodore, ils mettent Cassandre en
accusation en parlant de l'exécution d'Olympias et de la
mainmise sur Roxane et Alexandre, Antigone reproche également
à Cassandre la remise sur pied des villes de Cassandria et de
Thèbes (qui furent détruites jadis par les Macédoniens).
L'Assemblée va alors adopter un décret
dans lequel Cassandre sera déclaré ennemi
s'il ne détruit pas les deux cités,
s'il ne relâche pas le roi et Roxane, s'il ne se soumet pas à
Antigone ! Il est évident que l'on n’attendait pas une
réponse positive de Cassandre…Antigone
proclame une nouvelle fois sa volonté de rendre
leur autonomie aux cités grecques, et ceci toujours
dans le but de se concilier l'appui de celles-ci pour affaiblir
son ennemi. Il tente donc d’envenimer la situation chez ses
ennemis en semant un vent de révoltes
dans les cités. Antigone diffuse donc cette lettre dans le
monde grec ; il le fit consciencieusement et engagea même
des hommes pour lire en public l’ordonnance.
Les combats entre les deux puissances vont
se dérouler dans les détroits, les îles entre les territoires
respectifs des deux belligérants. Entre -315 et -314, Antigone
voulut passer l’Hellespont, affronter Cassandre et libérer
Alexandre IV de sa prison dorée. Cela donna lieu à une
bataille dans le nord de la mer Égée. La bataille se déplaça
progressivement vers Lemnos et Imbros, ce qui incita les Athéniens
à y participer aux côtés de la Macédoine (ils avaient des
intérêts à défendre dans ces îles).
Les Athéniens devront envoyer une flotte
à
Cassandre
pour l'aider dans sa lutte contre Antigone, l'intérêt des Athéniens
étant de s'approprier les îles dont ils avaient besoin et
l'intérêt de Cassandre étant d'empêcher le débarquement des
troupes Antigonides.
Malgré un certain nombre d'échec,
Antigone continue à harceler les troupes de Cassandre, il tente
de débarquer sans succès et s'efforce d'affaiblir son
adversaire. Il envoie Diuskouridès,
son neveu, pour une nouvelle offensive, ce dernier
libère
Délos de la tutelle athénienne (Délos où se trouvait
le sanctuaire d'Apollon →
revenus importants.).
C'est un véritable
coup porté à la confiance athénienne en les possibilités de
Cassandre de les protéger, et ceci bien que le territoire même
d'Athènes ne soit pas mis en jeu. De plus, les choses
vont s'aggraver à partir de -313, Antigone envoie des troupes
plus importantes au cœur de la vieille Grèce, à leur tête un
autre de ses neveux : Polémaios.
Il débarque
non loin d'Athènes avec comme but principal la libération des
cités grecques sous tutelle de Cassandre. But qu'il atteindra
largement ; il chassera la garnison à Thèbes, libère l'Eubée
et est donc, vers 312-311, aux portes de l'Attique. Les Athéniens
(à l'insu de
Démétrios
de Phalère) vont alors essayer de négocier avec
l'envoyé d'Antigone. Mais,
malheureusement pour les Athéniens, Polémaios va subir le
contrecoup d'événements touchant Antigone: la défaite en -311
à Gaza de celui-ci et de
son fils (Démétrios, à ne pas confondre avec Démétrios de
Phalère) face à
Ptolémée.
Antigone doit donc signer la paix qui
réunit tous les diadoques et sanctionne fortement Antigone, qui
se voit imposer la reconnaissance de ses rivaux.
La libération d’Athènes en -307
En -307 Antigone, qui
a
repris du poil de la bête, envoi son fils pour libérer
Athènes. La libération athénienne de -307 se fera par la mer,
pratiquement sans coup férir car une fois entrer dans le Pirée
Démétrios peut proclamer la libération d'Athènes
et déposer Démétrios de Phalère. Athènes ne se trouve donc plus sous la
tutelle de Cassandre, pour manifester la sincérité de ses
intentions Démétrios proclame
l'autonomie et fait raser la forteresse de la garnison de
Cassandre (ainsi il montre qu'il ne l'occupera pas
avec ses troupes). Désormais les faveurs athéniennes iront à
Antigone et non plus à Cassandre.
La république
était donc rétablie. Démétrios de Phalère ne perdit
pas la vie dans cette aventure et finit ses jours assez
brillamment à la cour de Ptolémée.
Cette année de -307 marque un grand
tournant, en effet c'est le début d'une période (qui s'étendra
sur 100 ans) pendant laquelle des relations étroites (parfois
de paix et parfois de guerre) seront entretenues avec les
Antigonides. Cette nouvelle ère, celle des
Antigonides,
durera jusqu'en -200 avec l'arrivée des Romains.
Sur le plan général cette année est
aussi importante car les diadoques font le
pas et prennent le titre royal (plus vers -306 que
-307) ; l’empire d’Alexandre est désormais un
souvenir, une série de royaumes l’a remplacé.