|
Au niveau politique, les années -335 et
suivantes ne furent pas uniformes. Beaucoup pensaient qu’il y
avait un espoir de se défaire de la tutelle macédonienne, ceci
d’autant plus qu’Alexandre
était éloigné et qu’il ne connaissait pas que des
victoires.
En
-334, Alexandre passa les détroits, et une bataille contre les
Perses s’engagea vers le fleuve Granique.
Alexandre découvrit que dans l’armée perse il y avait des
athéniens, qu’il traita d’ailleurs très durement. Il
envoya à Athènes, sur l’Acropole les dépouilles des armures
perses qu’il fit consacrer en les fixant sur le Parthénon. Ce
fut une manœuvre habile, il mit ainsi Athènes de son côté.
De gré ou de force Athènes était obligée de jouer le jeu
d’Alexandre.
A
la fin de -334, la flotte phénicienne alla dans l’île de
Samos (que contrôlait Athènes), cela créa un incident
diplomatique, Alexandre en voulut à Athènes pour ce geste
d'accueil envers les Phéniciens (Alexandre occupa la Phénicie
durant, l’hiver 333-332). 10 ans plus tard,
Alexandre
enleva Samos à Athènes.
Granique:
Petit fleuve côtier d’Asie mineure (Mysie) se jetant dans la
Propontide. Alexandre le Grand y remporta sa première victoire
sur Darios III en -334, s’assurant la domination des Détroits.
La campagne d'Alexandre, en bref.
En
-333, Darius
concentre ses troupes en Syrie. La rencontre se produit à
Issos,
en novembre, et Alexandre s’empare du camp et de la famille de
Darius. Le soir de la victoire, il s’endort sous la tente du
roi perse. Darius, en fuite, tente de négocier, mais en vain.
Alexandre poursuit sa marche. Les cités de Phénicie se
soumettent prudemment, sauf Tyr.
Alexandre commence un siège qui va durer huit mois. La ville
tombera en août -332 et sera durement châtiée.
En
-326, Ayant
forcé le verrou de Gaza,
Alexandre est maintenant en Egypte. Il substitue ainsi
l’occupation macédonienne à l’occupation perse, mais il
aura l’intelligence de respecter les coutumes et la culture égyptiennes.
Agissant autant comme pharaon que comme roi, il fonde
Alexandrie
et va consulter
l’oracle d’Amon.
Lorsqu’il en revient, l’avenir s’ouvre devant lui,
radieux.
La même année, Alexandre marche sur Persépolis
et laisse ses soldats dévaster la ville royale. Le conquérant
veut capturer Darius vivant, mais des rebelles assassinent le
roi perse. C’est l’effondrement de l’Empire achéménide.
Après
avoir conquis les satrapies orientales de l’empire, Alexandre
franchit au printemps l’Hindû-Kûsh et commence la conquête
de la Bactriane et de la Sogdiane, jusqu’en -327.
Toujours en -326,
Darius
a recomposé son armée à Babylone
et s’est doté d’un grand nombre
de chars à faux. Il compte les utiliser en affrontant Alexandre
dans les plaines. Mais ce dernier
franchit l’Euphrate à Thapsaque, puis le Tigre. Darius va à
sa rencontre et fait niveler le site
de
Gaugamèles.
La bataille est gigantesque. Les Macédoniens l’emportent
et Darius doit prendre la fuite. Alexandre s’empare ensuite de
Babylone et de Suse.
Année -325:
Les
armées d’Alexandre se dirigent vers l’Inde. Le conquérant
soumet les vallées subhimalayennes, tandis que Héphestion
marche sur la vallée de l’Indus. A Nysa (Nicéa), Alexandre
participe à une fête religieuse locale que les Grecs
identifient comme une fête en l’honneur de
Dionysos;
sans doute cet épisode contribua à favoriser
l’identification ultérieure d’Alexandre à Dionysos.
Alexandre remporte ensuite une victoire au bord du fleuve
Hydaspe
sur Pôros, roi du Panjâb. Bien que battu, celui-ci n’en sera
pas moins remis sur son trône par le conquérant.
Les
soldats macédoniens avant refusé de poursuivre vers l’est,
Alexandre entame donc sa retraite. Néarque,
à la tête d’une flotte, navigue de l’Indus à la
Mésopotamie et se livre à un ensemble d’observations
géographiques et ethnographiques. Alexandre choisit la voie de
terre, la plus dure, avec la traversée du désert de Gédrosie. En
-324, Alexandre prend une
initiative spectaculaire visant à montrer combien il entend
surmonter le clivage Grecs-Barbares, 90
chefs gréco-macédoniens épousent des filles de la noblesse mède
et perse. En fait, ils y sont forcés. Mais il est vrai aussi
que dix mille soldats ont contracté
semblables mariages.
Alexandre
le Grand meurt en -323.
Ses derniers jours avaient été consacrés à des beuveries
entrecoupées de bains. Mais le mal avait empiré et le roi était
resté sans voix. Des rumeurs d’empoisonnement ont circulé,
mais Alexandre est mort probablement victime d’une maladie
foudroyante. Il était âgé de trente-deux ans et huit mois.
Qui
sera son héritier ? Son demi-frère Arrihdée,
faible d'esprit ? Ou l'enfant à naître de son épouse
Roxane,
ayant du sang iranien ? L'état-major est divisé. On décide
d'attendre la naissance.
Perdiccas
exerce la régence en Asie;
Antipatros
est toujours régent en Europe,
Ptolémée
est nommé en Egypte,
Lysimaque
en Thrace,
Antigonos
le Borgne en Asie Mineure. Ce partage repose sur
un équilibre bien précaire, nous
le verrons.
A
partir de -331, on n’entendit plus parler d’Alexandre car il
quitta le monde méditerranéen. En -329, il était en Asie
(vers l’Indus), les relations avec le monde grec étaient
distendues, Athènes vivait presque comme une cité indépendante.
Il restait tout de même
Antipater,
régent de la Macédoine, qui surveillait le monde grec
continental. C’est lui qui reprit les affaires en main lorsque
les Lacédémoniens se révoltèrent et
annexèrent une partie du Péloponnèse (Megalépolis).
Sparte pensait profiter de l’éloignement d’Alexandre et
reconstruire l’hégémonie qu’elle avait autrefois sur le Péloponnèse
(Sparte avait une dyarchie, c’est à dire le gouvernement
simultané de deux rois, de deux chefs, de deux pouvoirs). En
apprenant ces événements, Athènes hésita à se mettre du côté
de Sparte. Cette tentative de révolte fut fortement réprimée.
Jusqu’en
-324, c’est à dire jusqu’au retour d’Alexandre, Athènes
vécut une époque calme. Donc de -334 à -324, on assista à
une période de prospérité pour Athènes et cela en grande
partie grâce à Lycurgue.
On a même appelé cette période,
l’époque
de Lycurgue. Cet homme a en effet essayé de faire
profiter Athènes de nouvelles ressources comme par exemple: les
constructions de remparts, d’un théâtre de pierre près de
l’Acropole, du stade panathénaïque et la réorganisation de
la zone de l’Agora et de la Nix. Lycurgue mourut en -324, on a
retrouvé un décret datant de -307 qui le louait. Ce décret se
retrouve également chez Plutarque.
Lycurgue avait avancé de l’argent durant la pénurie de blé
et fait diverses actions pour la cité.
De
-330 à -325, Athènes subit une période de disette due à des
pénuries de blé causée par de mauvaises
récoltes en Egypte, en mer noire et en Grèce. Cette
disette marqua la hausse des prix qui allèrent même jusqu’à
tripler. On essaya de constituer des réserves, et bien entendu
comme pendant toute crise de subsistance, il y eut des
profiteurs et des bienfaiteurs.
On possède un témoignage
qui parle de cette crise, il s’agit d’une inscription
trouvée à
Cyrène en Libye. Elle dit que la cité de
Cyrène a donné ou plutôt vendu du blé à une série de
villes. La cité d’Athènes est inscrite en premier lieu car
elle ne pouvait pas subsister sans l’aide des autres. On lui
vend une quantité plus importante de blé qu’aux autres
villes: 100 000 boisseaux (médimnes en grec).
C’est
sur l’ordre d’Alexandre
qu’on livra du blé meilleur marché aux cités défavorisées.
Il manque des cités sur la liste de Cyrène, pourtant
l’inscription retrouvée est entière. On sait que certaines
cités vivaient en autarcie et n’avaient par conséquent pas
besoin du blé distribué, ce qui n’était pas le cas d’Athènes.
D’autres cités comme Sparte n’avaient pas été ravitaillées
pour des raisons politiques. En effet, Sparte s’était révoltée
contre la puissance macédonienne peu auparavant.
Nous possédons un
autre
témoignage concernant le blé: il s’agit d’un décret
du peuple d’Athènes datant de 325-324 au sujet de la
fondation d’un emporion,
c’est-à-dire l’établissement d’un
comptoir pour veiller à la sécurité des transports
frumentaires et lutter contre les pirates étrusques. Cet
emporion fut construit sur l’Adriatique vers la plaine
du Pô.
La
question du ravitaillement en blé était fondamentale pour une
cité comme Athènes.
Athènes
et le monde grec vécurent une période turbulente à partir de
-324 après une décennie assez tranquille. -324 est l’année
de la mort de Lycurgue qui avait pressenti ces troubles futurs
avec l’approche d’Alexandre vers le monde grec. Au printemps
-324, Alexandre atteignit Suze et ensuite Babylone. Plus il se
rapprochait plus la tension montait.
Alexandre
avait une double exigence
pour le monde grec:
1.
Il exigeait que toutes les cités le considèrent comme
un sujet de vénération.
C’était une vision des choses assez singulière pour les
Grecs, ils n’étaient pas comme les orientaux où le roi était
considéré comme la représentation des Dieux sur la terre.
Alexandre
se considérait comme le fils de Zeus Ammon depuis qu’il avait
rencontré l’oracle de Zeus Ammon dans le désert.
Alexandre était rentré d’orient changé. Les Grecs eurent de
la peine à accepter ce changement et à se prosterner devant le
roi de Macédoine.
2.
Il voulut essayer de rétablir l’entente entre les cités
en rappelant les exilés (phygades).
Alexandre en terminant son expédition avait constaté que
beaucoup de grecs étaient apatrides. Il exigea que les
apatrides reviennent dans leurs cités et récupèrent leurs
biens. Il fit annoncer cette décision par Nikanor
lors d’un concours olympique. Cet ordre fut pris très au sérieux
et eut un impact considérable.
Il
y avait peu d’exilés à Athènes, mais depuis -365, les Athéniens
possédaient l’île de Samos et en
avaient exilé les habitants dont beaucoup étaient des proches
d’Alexandre. On pense que le même problème se posa à
Oropos. Les habitants devaient donc revenir dans ces îles et
Athènes du y renoncer. Dès l’annonce de cette volonté, les
Samiens essayèrent de revenir sur leur île, ce qui posa des
problèmes car les Athéniens ne lâchèrent pas prise
facilement.
L’édit
d’Alexandre provoqua de façon générale d’énormes
tensions dans les cités grecques. On a également trouvé
l’inscription concernant cet édit.
Harpale
était un officier d’Alexandre, plus exactement, il était
Satrape, c’est-à-dire gouverneur de province perse. Il
était Satrape en Babylonie et avait profité de l’éloignement
d’Alexandre pour faire main basse sur les richesses de «l’empire». Au retour d’Alexandre, il se replia vers Athènes. Pour la
cité grecque, il pourrait être à la fois une malédiction et
une bénédiction. Il était contre
Alexandre et riche, mais en même temps il était très
compromettant. Athènes lui
refusa donc l’entrée au Pirée.
Il
compromit
Démosthène
qui aurait obtenu des fonds de lui. Démosthène fut exilé à
la suite de cette affaire.
Dans l’été -323 (une année après l’édit), Alexandre meurt à
Babylone. Sa mort provoque non seulement une crise politique dans le cadre de sa succession (Roxane,
sa femme était
enceinte au moment de sa mort) mais aussi par rapport à la crise due à
l’édit sur les exilés.
La
mort d’Alexandre aurait pu calmer le jeu, mais en fait les
choses étaient déjà allées trop loin ; une partie des
Samiens avaient déjà réintégré leur ville.
A
Athènes l’annonce de la mort d’Alexandre provoque
un
soulèvement populaire contre l’ordre macédonien.
|