La
paix de -338 ne constitua pas du tout une
capitulation pour Athènes, la défaite n’entraîna
aucun mouvement de désespoir, les Athéniens étaient
d’ailleurs prêt à se défendre contre un éventuel siège de
la ville. Athènes ne capitule donc pas après la défaite,
d’ailleurs sa flotte est encore entière. La
défaite ne signifie pas qu'Athènes soit prête à se rendre,
au contraire, elle se prépare à recevoir l'armée macédonienne.
L'attitude d'Athènes est énergique, nous avons d’ailleurs vu
que la défaite de
Chéronée
fut un coup de fouet pour Athènes.
Pourtant
Philippe
ne marcha pas sur Athènes et cela pour deux raisons :
-1-
Athènes est une puissance importante et dont la conquête ne
serait pas aisée.
-2-
Philippe veut faire d'Athènes son alliée, il a des projets
d'avenir et ne veut pas s'aliéner les cités grecques, Athènes
en tête.
Thèbes n'aura pas la chance de connaître
le même sort que celui d'Athènes, la cité béotienne se verra
imposer une garnison sur son Acropole (façon humiliante de la
part de la Macédoine de montrer sa suprématie) et deviendra
donc une cité soumise et occupée.
De plus, elle sera privée de son hégémonie sur les autres cités
béotiennes (le Koihun béotien). Sa puissance politique
et militaire est brisée. En revanche Philippe est nettement plus généreux
pour Athènes; il renonce à toute mainmise (n'impose aucune
garnison), tous les prisonniers athéniens sont rendus sans la
moindre rançon (ce qui est rare à l'époque). Par contre,
il retire à Athènes son hégémonie sur la
mer Égée, il décrète l'abolition de la ligue maritime sur
laquelle Athènes dominait.
Il va cependant laisser quelques îles aux athéniens, îles qui
vont permettre à la cité de se ravitailler en blé (îles
d'Imbros, de Lemnos, de Skyros.).
Il existe une dispute sur la soi-disant généreuse
rétrocession de Philippe aux Athéniens d’un territoire thébain,
celui d'Oropos (et
ceci dans le but de créer un antagonisme
entre Thébains et Athéniens). En -366, le territoire de
l'Oropie avait été arraché aux Athéniens par les Thébains
(c'est la raison de la difficulté de l'alliance des deux cités
pour résister aux ennemis Macédoniens). Les manuels font l'éloge
de cet acte généreux de
Philippe
envers les Athéniens, mais l'évidence de la réalité de cette
rétrocession est loin d'être établie. Effectivement, ce don n'aurait pas eu lieu
en -338 mais 3 ans plus tard ce qui n'est pas sans conséquences
puisque le geste ne serait plus celui de
Philippe mais celui de son fils
Alexandre.
De plus, si le calcul de Philippe avait bien été celui de
diviser Thébains et Athéniens il se serait lourdement trompé
car Athènes et Thèbes ne tarderont pas à se rapprocher l'une
de l'autre face aux Macédoniens et l'on sait le fin stratège
que Philippe était. C'est à Oropos que se trouve le sanctuaire
d'un héros médecin : Amphiaraos,
ce sanctuaire compte un nombre élevé d'inscriptions selon
lesquelles nous sommes en position de dire qu'Oropos a bien été
prise par Philippe mais qu'il en a fait un
territoire
indépendant. D'autres inscriptions attestent que le
don d'Oropos aux Athéniens date de -335
(nous avons d'ailleurs des preuves de l'occupation athénienne dès
cette époque). La rétrocession serait donc bien l'acte
d'Alexandre le Grand. En -338, le règne de Philippe II touchait
à sa fin, il fut assassiné durant l’été -336. Sa
disparition ne changea pas la situation des états grecs,
Alexandre, son fils, reprit le flambeau. A partir de -334, la
Macédoine plaça sous sa domination le royaume des Perses.
Cette expédition dura plus de dix ans et eut des conséquences
sur le monde grec. En effet, ceci donna des
possibilités
d’indépendance aux états, le roi étant loin. -324
fut la date du retour relatif d’Alexandre dans son royaume. Le
règne d’Alexandre le Grand s’étendit de -336 à -323, la
domination de la Macédoine sur les états grecs fut assez légère,
le roi étant en campagne.
La conséquence première c'est qu'Athènes
devient, avec les autres cités grecques (sauf Sparte)
l'alliée
de Philippe, c’est la ligue
de Corinthe. C’est en effet à Corinthe que
Philippe réunit en -338 une sorte de conseil appelé
Synédrion. La Ligue est une alliance offensive, Philippe en est
l'hégémôn,
le principal ennemi de la ligue se sont les Perses.
Pour les cités grecques la Perse était
plus un voisin qu'un ennemi (les guerres
médiques sont déjà loin), Philippe va donc essayer de
raviver l'antagonisme perso-grec. Dès -337, le Macédonien
envoie un premier contingent, c’est l’amorce de la politique
d’expansion de la Macédoine vers l’Orient que continua
Alexandre le Grand.
Philippe se garda de
toute intrusion dans la vie politique d’Athènes et des
autres grandes cités, sauf celle de Thèbes où une garnison
restait en permanence.
En 1950, on a trouvé dans l’Agora d’Athènes
un document remarquable datant du printemps -336. Ce texte parle
d’une loi proposée par Eukratès
(farouche adversaire de la Macédoine) contre la tyrannie. Cette
loi avait pour but de punir toute tentative de renversement du régime
démocratique athénien.
La loi s’en prend à l'aréopage
(Tribunal d’Athènes qui siégeait sur la colline d’Arès)
qui est contesté car il est composé d'anciens magistrats qui
ne sont pas élus et sont conservateurs. On soupçonnait ces
conservateurs d’être favorables à l’oligarchie voulue par
les Macédoniens. L’aréopage n’étant pas soumis à l’élection,
il aurait certainement pu subsister à une destruction des
institutions démocratiques. Mais ce point de vue ne tient pas
car l'aréopage restera toujours un organe fidèle qui ne sera
pas en conflit avec les démocrates. Peut-être que
l'explication de cette position face à l'aréopage vient du
fait que, n'étant pas soumis à l'élection, il pourrait décider
de se maintenir en cas de coup d'état et servirait alors de
verni légal au coup de force. On instaura alors l'obligation
pour l'aréopage de céder le pouvoir en cas de coup d'état.
Cette
loi est promulguée quelques mois seulement avant la mort de
Philippe à Aigéai sur le cite de Vérgina sous le mont Olympe
en -336. La cause de l'assassinat n'a rien à voir avec la
grande politique semble-t-il.