L'étape suivante, qui sera décisive pour
l'émergence de l'époque hellénistique, c'est celle où
Philippe
va imposer sa domination sur presque l'ensemble des peuples de
la Grèce. En effet, les Athéniens ne se
résignent pas à la paix de Philocrate et vont
essayer à plusieurs reprises de la remettre en question, et de
manière toujours plus vigoureuse dès -340, la tentative athénienne
de réunir autour d'elle une ligue défensive, notamment avec Thèbes
la béotienne, sera difficile (surtout justement avec Thèbes)
et l'alliance conclue de justesse entre les deux villes et les
autres alliés ne saura arrêter Philippe II à
Chéronée
(Chéronée
se situe à l'entrée de la Béotie, au nord d'Athènes). C’était
une ville stratégique car elle était une voie
de pénétration vers Athènes et le Péloponnèse depuis le
Nord. Sachons aussi que dès -399 Philippe avait réussi
à s'emparer de la ville d'Élatée qui était le seul passage
pour entrer en Béotie et donc vers le reste de la Grèce méridionale.
Donc malgré l'alliance thébaine (les Thébains n'étaient pas les moindres
des alliés, leur importance militaire est grande, notamment
avec leurs fantassins dont la réputation n'est plus à faire),
les alliés grecs se trouvent face à l'armée de Philippe, armée
qui n'a connu que des succès depuis 20 ans et ce grâce aux
nouvelles stratégies militaire de Philippe (l'armée macédonienne
était composée de phalanges et
d'une forte cavalerie, c'est cette
composition qui fera plus de 1000 morts dans les rangs des athéniens
qui comptent alors 30'000 citoyens !!!).
Le traitement que réserve Philippe à ses
adversaires thébains et athéniens sera loin d'être égal; en
effet le Macédonien va faire de Thèbes
une cité sujette à tous les égards, il placera une
garnison macédonienne au cœur de la cité vers la
Cadmée,
l'acropole de Thèbes. En revanche Philippe ne poussera pas
jusqu'à Athènes, laissera à la ville
une relative autonomie et ne touchera pas à son intégrité.
Malgré leur sort commun à la bataille, Thèbes et Athènes ne
seront, et de loin, pas traité de la même manière.
Le règne de Philippe II est près de son
terme en -338 puisque c'est en -336 qu'il est assassiné par
Pausanias,
mais cette disparition (sur laquelle nous reviendrons plus loin)
ne modifiera pas la situation des états grecs et cela malgré
quelques soulèvements vite résorbés. En effet, le fils de
Philippe, Alexandre reprend le flambeau et se destine à créer
l'immense empire que l'on sait.
L'expédition d'Alexandre, qui dura plus de
10 ans, aura un nombre important de conséquences pour le monde
grec. D'abord il faut souligner que les Grecs vont jouir d'une
relative
autonomie de par l'absence de leur souverain macédonien
qui reviendra dès -324 (nous verrons pourquoi plus loin).
La période que nous allons étudier et qui
couvre les années 336-324 est une époque ou Alexandre ne
jouera qu'un rôle effacé du fait de son éloignement géographique,
la mainmise macédonienne ne se traduit que par la présence
d'un représentant et de quelques troupes, l'occupation est légère.
Nous
allons étudier quels furent les ténors de la politique athénienne
pendant ces années de domination macédonienne. Nous verrons
que ce sont des personnages caractéristiques de leur temps, en
effet ils sont nés dans la cité quand elle était libre et ils
doivent donc renoncer à des principes sacrés tel que l'indépendance
pour manœuvrer au mieux dans ce nouveau monde qui est désormais le leur. C'est dès cette période que les
structures caractéristiques de l'hellénisme seront mises en
place, que l'ensemble des différents royaumes essayeront de
tirer leur épingle du jeu, Athènes en tête.
En
résumé: Le
traité de paix entre Athènes et
Philippe
est dénoncé par les deux camps. Philippe prépare dès lors
l’invasion de la Grèce; Athènes, de son côté, mobilise
tous ses alliés et obtient même le soutien des Perses.
Utilisant habilement le Conseil delphique
où il occupe depuis -346 la
place de la Phocide, Philippe Il reçoit
de ce dernier la mission de châtier
les Locriens d’Amphissa. Il en profite pour occuper
Élatée, à deux jours de
marche de l’Attique. A Athènes, c’est l’affolement. Mais
Démosthène
sauve la situation en se faisant l’artisan d’une alliance
entre Athènes et Thèbes. C’est le début de la
seconde
Guerre sacrée.
L’affrontement
décisif entre les deux camps a lieu en août à
Chéronée,
où Philippe Il vainc les forces réunies d’Athènes et de Thèbes.
Les Macédoniens sont les meilleurs soldats d’Europe; Athéniens
et Béotiens ne font pas le poids. Thèbes capitule.
La
ligue Béotienne se dissout. Les Athéniens se préparent
à défendre les murs de leur cité. Philippe leur impose la
paix : alliance avec les Macédoniens
et démantèlement de la ligue Athénienne.
Heureusement surpris par la clémence du vainqueur, les Athéniens
lui accordent la citoyenneté, ainsi qu’à son fils
Alexandre.