LE FASCISME

Refusant le libéralisme issu de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, le fascisme se caractérisa par la mise en place d'un Etat totalitaire à parti unique, la négation de la lutte des classes par le corporatisme, un nationalisme exalté et l'obéissance absolue à un chef charismatique, exemple typique de l'état que mis en place Mussolini en Italie de 1922 à 1945. L'usage du mot s'est étendu à l'ensemble des régimes dictatoriaux de droite.

 

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Mais que signifie le terme -aryen- ?

 
 

Francisé en «aryen», le terme sanskrit arya  (avestique, airya ) signifie «excellent, honorable, noble». Ainsi se désignent, avec la morgue coutumière des conquérants, les populations de langue indo-européenne qui, vers la fin du IIIe millénaire avant l’ère chrétienne, s’établissent sur le plateau iranien pour pénétrer dans le Pendjab entre les ~ XVIIIe et ~ XVe siècles. Une imposture de près de deux siècles allait accréditer chez des peuples européens, sensibles à l’impérialisme économique qui présidait à la conquête de colonies, l’idée qu’ils étaient de la race de ces lointaines tribus guerrières et se devaient d’imposer leur joug à des races qualifiées d’inférieures. L’aberrante identification que les milieux à vocation scientifique établirent entre la race et une communauté de langue, dont sont en effet issus le hittite, l’arménien, le celtique, le germanique, l’italique, l’albanais..., allait prêter sa caution au génocide érigé en système par le national-socialisme.

Il existe, sur les Aryens, moins de connaissances établies que d’hypothèses cherchant à asseoir leur probabilité. Un groupe imposa en Iran l’avestique, langue proche du sanskrit, et inspira l’Avesta , le livre sacré du mazdéisme. Un traité signé entre un roi du Mitanni, royaume du haut Euphrate, et le roi hittite régnant au ~ XIVe siècle comporte des noms de divinités attestées chez les Indo-Iraniens. Au ~ VIe siècle encore, Darius se proclame de souche aryenne. Un second groupe poussa vers l’Inde, progressant vers le Bengale par des entreprises guerrières qui durèrent des siècles, refoulant, au nom du dieu Indra «né pour le meurtre des dasyu » ou esclaves, les populations pastorales présentées par le Rgveda , le plus ancien des recueils sacrés du védisme, sous la forme de monstres sans nez, à trois têtes et à six yeux. Selon Georges Dumézil, rien ne permet d’affirmer que la population fût divisée en trois classes, attestées seulement aux environs de l’ère chrétienne par les lois de Manu, père mythique de l’humanité selon la religion indienne. On y retrouve la hiérarchie inhérente à la plupart des régimes fondés sur une économie de type agraire: le prêtre ou brahmane, qui veille au respect de la religion et ordonne les sacrifices; le guerrier ou ksatriya , chargé de protéger le peuple et de contrôler son obéissance; le peuple ou vaisya , qui s’occupe du bétail, de la culture des terres, du commerce. Au service des trois classes, le sudra  ou esclave, issu des populations colonisées, ne dispose d’aucun droit et est tenu à l’écart du système civilisé.

La société aryenne est réglée par le dharma , «ensemble des normes qui imposent à l’homme son comportement». Voilà sur quels éléments une partie de l’Europe et surtout l’Allemagne vont fonder le mythe d’une supériorité de la race blanche. Il n’est pas de nationalisme qui n’ait tenté de se donner des lettres de noblesse en s’inventant de la même manière une origine divine, héroïque ou pour le moins auréolée de pureté. L’Espagne en appelle ainsi au mythe gothique, l’Angleterre aux Normands, les Scandinaves aux Saxons, la France du Nord et du Sud à l’antithèse des Francs et des Romains, sans parler des Celtes, mis à la mode sous la IIIe République. Dès son origine, vers le XIIIe siècle, le pangermanisme comporte une prédominance millénariste, entachée, à des degrés divers, d’antisémitisme. L’opinion de Tacite, qui voyait dans les Germains une nation «particulière, pure de tout mélange», allait généreusement servir de thème à tout un délire national. L’idée d’une race originelle qui eût échappé à cette déchéance tant ressassée par le christianisme trouva à se conforter de deux thèses peu à peu confirmées par des découvertes. L’une, d’Isaac La Pereyre, soutenait qu’il avait existé d’autres hommes avant Adam. L’autre, de William Jones, soulignait, en 1788, la parenté du sanskrit avec le grec et le latin et mettait en lumière la famille des langues indo-européennes. La contestation du dogme chrétien qu’impliquait la croyance aux préadamites alimenta par distorsion l’hostilité aux juifs, peuple élu de Dieu et peuple déchu. Que ces préadamites fussent des conquérants de race blanche avait de quoi séduire une société jetant partout les bases d’un empire colonial.

La mode de l’Inde séduisit particulièrement les Allemands. «Tout, absolument tout, dit Friedrich von Schlegel, est d’origine indienneJ. G. Herder établit des rapprochements entre les Allemands et les Perses. Fichte affirme que le peuple allemand est le peuple originel. De la famille de langues indo-européennes, on passa à une prétendue race indo-européenne et, très vite, «indo-européen» céda la place à «indo-germanique». L’Essai sur l’inégalité des races humaines  (1853-1855) du Français Gobineau rencontre en Allemagne un succès prévisible. Quel meilleur modèle que l’Aryen, conquérant et homme d’action, pour discréditer ce que Schopenhauer appelait «la mystique corruptrice des juifs»? En France, Renan approuve Gobineau, défend l’aryanisme, qu’il oppose à «l’esprit sémitique, rétrécissant le cerveau humain, le fermant à toute idée délicate». En 1860, le linguiste Max Müller propose de remplacer les termes «indo-européen » et «indo-germanique» par «aryen». En Angleterre, Houston Steward Chamberlain monte à son tour la machine mythique que les nazis lanceront sur les «races inférieures». Renan et Müller avaient entre-temps fait amende honorable et récusé l’identification d’un groupe linguistique à un groupe racial. De la pire façon qui soit, l’ombre des camps d’extermination repoussa dans l’obscurantisme tant de sciences accumulant objectivement preuves et vérités.

 
 
 
 

Source :

Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 
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