SOMMAIRE - Histoire Contemporaine (depuis 1914...)

La périodisation de coutume en France fait commencer l'Histoire contemporaine avec la Révolution française du fait de ses conséquences internationales. Mais nous ne nous situerons pas dans cette tradition. Il est d'usage de dire que la période contemporaine est la dernière grande période de l'Histoire, nous la ferons débuter avec la Première Guerre mondiale et s'étendre jusqu'à nos jours.

 

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L'armistice de 1940
 
 

L’armistice franco-allemand signé à Rethondes le 22 juin 1940 par le général Huntziger et le général Keitel reste l’un des sujets les plus controversés de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. La «drôle de guerre» a pris fin le 10 mai 1940 avec l’invasion de la Belgique et de la Hollande par l’armée allemande. Le 13 mai, le front français est rompu dans la région de Sedan. La capitulation de l’armée belge, le 28 mai 1940, aggrave encore sensiblement la situation de l’armée française. 

Le lendemain, Weygand, qui a remplacé Gamelin le 19 mai, adresse au président du Conseil, Paul Reynaud, un rapport dans lequel il envisage «l’éventualité d’une cessation des combats». Désormais, deux camps vont se constituer et s’affronter parmi les responsables civils et militaires. 

Pour renforcer les partisans de la poursuite des combats, Paul Reynaud remanie son gouvernement, le 5 juin. En fait, l’entrée du général de Gaulle comme sous-secrétaire d’État à la guerre est compensée par la promotion de Paul Baudouin, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et d’Yves Bouthillier, ministre des Finances, qui rejoignent très rapidement le camp de l’armistice.

Le mot est prononcé pour la première fois le 12 juin, à Cangé, où le gouvernement s’est replié. Le lendemain, le maréchal Pétain s’y rallie ouvertement. Mais ce n’est qu’à Bordeaux, le 15 juin, que les deux thèses en présence s’affrontent avec éclat, au cours du Conseil des ministres. 

D’un côté, Paul Reynaud et une petite majorité du cabinet admettent que la bataille est perdue: les combats doivent cesser. Mais c’est le généralissime qui doit capituler: il n’est pas question d’un armistice, qui est un acte politique, contraire à l’accord franco-britannique signé par Paul Reynaud le 28 mars 1940. La capitulation n’interrompra pas les hostilités, et les pouvoirs civils seront transférés en Afrique du Nord — l’idée d’un réduit breton ayant été finalement abandonnée pour des raisons stratégiques. 

Weygand, soutenu par Pétain, rétorque qu’une capitulation est contraire à l’honneur de l’armée, même si c’est le gouvernement qui la commande; il doute que la légitimité de Paul Reynaud, à la différence de celle d’un monarque, survivrait à sa fuite. Quant aux Anglais, ils n’ont guère participé à la lutte et leur défaite est imminente: d’ailleurs Baudouin soutient que Churchill, le 13 juin, a accepté que la France signe un armistice si sa flotte n’est pas livrée aux Allemands. 

Pour sortir de l’impasse où la discussion s’enlise, Chautemps, vice-président du Conseil et spécialiste des motions de compromis, suggère de ne demander à l’ennemi que les conditions d’un armistice, affirmant qu’elles seront de toute façon inacceptables. Le Conseil se rallie à cette transaction qui est soumise à Churchill. On ne connaît pas sa réponse car, le lendemain, au cours du dernier Conseil des ministres du gouvernement Reynaud, à 17 heures, le général de Gaulle téléphone de Londres une surprenante proposition d’union totale franco-anglaise, les deux pays ne faisant plus qu’un. Les ministres refusent d’en discuter, ne voulant pas réduire la France à l’état d’un dominion. 

Reynaud lève la séance et, sans qu’on en sache encore la cause exacte, sans doute par lassitude, démissionne. Le président Lebrun fait appel à Pétain pour lui succéder. Aussitôt, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Baudouin, fait demander aux Allemands par l’ambassadeur d’Espagne quelles seraient les conditions de la paix. Le 17 juin, Pétain déclare solennellement que la France doit cesser le combat

C’est Hitler qui n’accepte d’envisager que l’armistice. Après trois jours (20-22 juin) au cours desquels les négociateurs français discutent certaines clauses, en n’obtenant d’ailleurs que de minimes améliorations, l’armistice est signé le 22 juin. Il prendra effet le 25 juin, après signature de l’armistice franco-italien. Cet armistice fut-il un «pont d’or» ou un «diktat»? Il est, indéniablement, très sévère: les deux tiers du territoire livrés à l’occupation de l’ennemi (art. 2), l’armée démobilisée (art. 4), les réfugiés allemands livrés aux nazis (art. 19), les prisonniers français maintenus en captivité (art. 20). Mais il conserve à la France un territoire, un gouvernement, son Empire, sa flotte. Il a d’ailleurs été critiqué par la suite, par certains Allemands, parmi lesquels Goering, car il laissait l’Afrique du Nord hors de leur portée.

Les principaux artisans de l’armistice, Pétain et Weygand, fondèrent leur décision sur le sentiment que l’Allemagne avait déjà gagné la guerre. Ils rejetèrent l’hypothèse d’une poursuite des combats à partir de l’Afrique du Nord. Et l’armistice, loin d’être conçu comme une simple suspension d’armes, réservant l’avenir, permettant de préparer la revanche, fut exploité par ceux qui l’avaient réclamé comme la consécration d’une défaite définitive, la fin d’un régime, le début d’une ère nouvelle. La politique de collaboration a été dans une très grande mesure l’aboutissement logique de la signature de l’armistice. Ce sont les hommes qui avaient réclamé celui-ci qui se sont ensuite empressés de pratiquer celle-là.

 
 
 

Bibliographie

Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 
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