A la mort de
Salomon, on pu constater
que le régime avait plus d’éclat que de solidité. Son fils
Roboam s’étant refusé à
abaisser le taux des impôts comme l’en avaient prié les
délégués du peuple, une révolution
éclata aussitôt. Seules, les tribus de Juda et de Benjamin
restèrent fidèles à la dynastie; sur l’initiative de
Jéroboam, les dix autres
formèrent dès lors le royaume d’Israël;
l’unité de l’Etat était à jamais compromise. Le royaume
d’Israël qui s’étendait sur le nord du pays était plus vaste
que celui de Juda. Il eut d’abord pour capitale
Sichern, puis
Thirtsa et enfin
Samarie; des querelles intestines
l’agitèrent constamment, car le principe de l’hérédité de la
couronne ayant été abandonné, le trône devint l’objet de
rivalités incessantes. Enfin, après 200 ans d’existence, sous
le règne du roi Osée, qui avait
sollicité vainement la protection de l’Égypte, il
succomba sous les coups de la puissante
armée d’Assyrie (722-721). La population fut déportée
en masse jusqu’en Mésopotamie; on lui substitua des colons
assyriens qui s’établirent dans la contrée de Samarie. Le
royaume de Juda ne
pardonna jamais son schisme au
royaume d’Israël; il condamnait la situation
religieuse et politique qui en était issue, si bien qu’au
temps du Christ les stricts observateurs de la loi de Moïse,
pas plus que les Juifs de race pure n’avaient de commerce avec
les Samaritains.
Le petit royaume de Juda eut la
vie plus longue que son voisin; cela tint à bien des causes
diverses: politique avisée des rois, fidélité à la dynastie de
David, conscience de la tâche dévolue au « peuple élu »,
endormie par moment, sans doute, mais toujours prête à se
réveiller, orgueil national tellement exclusif qu’il avait
isolé le pays et l’avait fermé à toute intrusion étrangère.
Aussi les chroniqueurs juifs, auteurs des «Livres
des Rois» qui nous donnent un abrégé de l’histoire
nationale, ont-ils pu, en concluant le récit de chaque règne,
appliquer la formule «il fit ce qui
est bien aux yeux de l’Eternel» aux rois de Juda
plus souvent qu’à ceux d’Israël. Ils étaient convaincus en
effet que le bonheur du roi, comme celui du peuple et du pays
tout entier dépendait de la fidélité à Dieu autant que de
l’adresse avec laquelle les monarques de ces petits Etats
louvoyaient entre les prétentions impérialistes des souverains
puissants d’Egypte et d’Assyrie.
C’est ainsi que le roi
Ezéchias (725/24-697/96), ayant «mis
sa confiance en l’Eternel», su protéger le royaume
de Juda contre la catastrophe qui venait d’engloutir Israël.
Irrité parce qu’Ezéchias avait orienté sa politique
conformément aux suggestions de la diplomatie égyptienne, le
roi d’Assyrie auquel, depuis
longtemps, Juda payait tribut, marcha sur Jérusalem à la tête
d’une puissante armée et mit le siège
autour de la ville. La Bible rapporte, à l’occasion de ces
événements, une scène qui nous permet d’apprécier la vertu
d’une politique inspirée par des convictions religieuses
solides. Ezéchias et le peuple de Jérusalem ayant refusé de
capituler, le roi d’Assyrie adressa aux assiégés un manifeste
par lequel il leur rappelait ses nombreuses victoires et les
pressait de se rendre. Après avoir pris connaissance du
document, Ezéchias se mit en prière et, par l’intermédiaire du
prophète Esaïe, connut la réponse
que l’Eternel adressa, non à lui, mais au roi d’Assyrie:
«
Ne sais-tu pas que depuis longtemps j’ai préparé ces
événements ?... Maintenant, j’exécute mes desseins; c’est pour
cela que tu réduis les villes fortes en monceaux de ruines...
Je te vois quand tu t’assieds, quand tu sors et quand tu
entres, et quand tu es en fureur contre moi... Et parce que tu
es en fureur contre moi et que tes paroles insolentes sont
montées jusqu a mes oreilles, je mettrai mon anneau à tes
narines et mon mors à ta bouche, et je te ferai reprendre le
chemin par lequel tu es venu.»
Cette conception selon laquelle le
sort des peuples repose entre les mains du Tout-puissant qui
exécute ses projets sans se laisser entraver par l’activité
des hommes, donne un démenti flagrant à la théorie des
puissants qui prétendent enrôler Dieu dans leurs armées. Sous
les murs de Jérusalem, une épidémie
décima l’armée ennemie, au point qu’elle du lever le siège et
quitter le pays. Sans doute, Juda restait tributaire de
l’Assyrie; mais la paix était rétablie.
Ezéchias allait pouvoir consacrer ses dernières
années à une restauration religieuse.
Sur ce
point son oeuvre ne lui survécut
pas; ses successeurs remirent en
honneur les cérémonies païennes et
introduisirent des idoles dans le
temple même de Jéhovah. La décadence
religieuse s’accompagna de la
décadence politique. La désunion
affaiblit le peuple de Juda; les uns
souhaitaient l’alliance avec
l’Egypte, les autres conseillaient
le rattachement à la puissante
Mésopotamie, mais, quelque étrange
que cela soit, aucune voix ne
s’éleva en faveur d’une neutralité
qui eût permis au petit royaume de
rompre toute relation avec des
voisins trop puissants.