Pour
être aptes à remplir leur mission, les Enfants d’Israël
devaient passer de l’état nomade à
l’état sédentaire. C’est ainsi qu’après
un long pèlerinage à travers le désert, ils se fixèrent
enfin en Canaan, «la
terre promise», où leurs pères avaient vécu
dans un passé lointain. C’était environ 1200
ans av. J.-C., donc au temps de la «Grande
migration». Ils trouvèrent un pays déjà peuplé.
Au troisième millénaire av. J.-C., les «Cananéens»,
Sémites qu’avait amenés la première
vague d’invasion sémitique, avaient pris la place
des anciens habitants qui occupaient le sol depuis les temps
préhistoriques, et ils avaient construit des villes. Vers
2200 av. J.-C., ils durent partager le pays avec de nouveaux
immigrants, éléments de la deuxième
invasion sémitique. Enfin la migration des
Hyksos
rejeta d’autres Sémites, comme aussi des Hourris et des éléments
indo-européens dans la contrée comprise entre le Liban et la
Mer morte et à laquelle on donnait le nom de
Palestine,
dérivé de celui des Philistins,
ses voisins, à l’ouest. Au sud, elle touchait au pays d’Edom;
le pays de Moab englobait les contrées accidentées de la
Jordanie orientale où les Araméens et les Ammonites avaient
trouvé place à leur tour.
Avant
de prendre possession de la Palestine, les Hébreux se répandirent
dans les contrées montagneuses, encore désertes, de l’Est,
et c’est de là que, après avoir franchi le
Jourdain,
ils s’infiltrèrent peu à peu dans un pays déjà occupé
dont ils voulaient se rendre maîtres. Au
début, les Hébreux se soumirent à des «Juges»
revêtus, tout à la fois, du pouvoir exécutif,
judiciaire et
militaire,
voire même, parfois, et quoiqu’ils fussent généralement
des gens de guerre beaucoup plus que des saints, de
l’autorité religieuse.
Toutefois ces hommes étaient le plus souvent impuissants à
dissiper les malentendus, leur autorité étant rarement
reconnue par toutes les tribus à la fois. Seul, le dernier
des juges, Samuel, su
s’imposer à tous. Grâce à sa forte personnalité, il fit
d’Israël une nation, réveilla dans sa conscience le
sentiment religieux et le délivra de la menace que les
Philistins faisaient peser sur lui. Puis il vieillit et ses
fils, dont il avait espéré faire ses successeurs, s’en révélèrent
indignes; avides et ambitieux, ils se laissaient corrompre et
rendaient la justice au mépris du droit. Alors, le peuple réclama
un roi; ce
désir était en contradiction avec la loi du Sinaï,
et Samuel exposa clairement aux Israélites les conséquences
qu’entraînerait une modification aussi profonde de leur
constitution; mais, éblouis par le spectacle des avantages
dont jouissaient les petits royaumes voisins qui leur
paraissaient plus puissants, militairement et politiquement
parlant, ils passèrent outre à ses exhortations. Ainsi le
bien inestimable de la liberté
fut, non sans insouciance, sacrifié à des espérances
trompeuses.
C’est
environ en 1010 av. J.-C. que, dans la tribu de
Benjamin,
restée plus que les autres fidèle au Dieu du Sinaï, Samuel
fit choix de Saül et lui
donna l’onction royale. Au début, le nouveau roi se montra
à la hauteur de ses fonctions; il fit régner l’ordre et
repoussa vaillamment les Amalécites et les Philistins; mais,
après deux ans de règne, il devint vaniteux, d’humeur
capricieuse, soupçonneux, et commença à poursuivre d’une
haine injustifiée le favori de la nation,
David;
enfin ses revers militaires désillusionnèrent les Enfants
d’Israël et, à la suite de la défaite humiliante que lui
infligèrent les Philistins, il se donna la mort.
Au
spectacle lamentable des défaillances successives de Saül,
Samuel, redoutant sa mort tragique, avait pris la précaution
d’oindre, par avance, un nouveau roi. Son choix s’était
porté sur David, un homme
de la tribu de Juda. Le nouvel élu
avait attendu patiemment l’heure de monter sur le trône.
Quand elle eut sonné, il ne fut, au début, acclamé que par
ceux de sa tribu, mais il su bientôt gagner la confiance du
peuple entier. Il conquit alors Jérusalem,
place forte des Cananéens, qui, située au centre de la
Palestine, était, pour les israéliens, une menace constante; il en
fit sa capitale qui, par la
suite, devint aussi le centre religieux du judaïsme. Par ses
victoires sur les Philistins et d’autres peuplades voisines,
David assura à son peuple la possession exclusive de la
Palestine et rangea sous son sceptre un immense territoire qui
s’étendait, selon toutes probabilités, de la Mer rouge au
cours supérieur de l’Euphrate, et des frontières de l’Égypte
à la Mésopotamie. Des alliances conclues avec l’étranger,
notamment avec Tyr, accrurent le lustre du jeune royaume et élevèrent
Jérusalem au rang de capitale d’une grande puissance. La
faiblesse momentanée, mais totale, qui paralysait, dans ce
dernier millénaire av. J.-C., l’Égypte, la Babylonie et
l’Assyrie, fut naturellement un atout considérable dans les
mains du roi David.
David
gouvernait avec fermeté comme avec souplesse; toutefois, les
adversaires ne lui firent pas défaut; il en rencontra dans sa
propre tribu, voire même dans sa famille: on connaît
l’histoire de la révolte de son troisième fils,
Absalon,
qui tenta d’usurper la couronne. Une fois maître de la révolution
qui avait failli lui coûter le trône, David pu jouir
d’une vie paisible. Elle ne fut pas exempte de fautes
graves; mais après chacune de ses chutes, le roi se
raccrochait à l’idéal moral qui était le sien et qu’il
désirait communiquer à son peuple. Cet idéal a inspiré au
roi-poète des psaumes et des cantiques qui, parvenus jusqu’à
nous, sont encore une source d’édification et de
consolation, qui invite au repentir et au recueillement.
Quand
David mourut, en 966 ou
965, son fils Salomon
hérita de son trône. Le nouveau souverain régna durant 40
ans (jusqu’en 926 ou 925). L’ampleur et l’acuité de son
intelligence lui assurèrent une renommée universelle. Ne
parlons-nous pas de nos jours encore, des «jugements
de Salomon»? Tous les ouvrages de morale des Juifs,
postérieurs à son règne, font allusion à son « Livre
des Proverbes ». Ses constructions ne lui valurent
pas moins de célébrité, qu’il s’agîsse du temple de Jérusalem,
déjà projeté par David, de son propre palais, de celui qui
abritait son harem ou encore de ses maisons de plaisance. Il
n’admettait pas que Jérusalem fût inférieure en
magnificence aux résidences des plus grands monarques de son
temps. Le peuple d’Israël, accablé sous le
poids
toujours croissant des impôts, aurait eu le loisir de
méditer sur les avertissements que Samuel lui avait donnés
jadis; mais l’éclat de la couronne l’éblouissait; il
croyait participer à la gloire du souverain dont le mariage
avec la fille d’un pharaon était un gage de sécurité et
de paix, octroyé par un monarque qui, jamais encore,
n’avait renoncé à ses prétentions sur la Palestine.
L’alliance que Salomon conclut avec Hiram,
roi de Tyr, donna naissance à une grande entreprise
commerciale qui attira plus d’un étranger à Jérusalem;
mais nul ne s’avisa que cette invasion étrangère, tout
comme l’attirance que la prospérité des villes exerçait
sur la population des campagnes, introduisait en Israël une
mentalité nouvelle. Seuls les prophètes, qui bientôt formèrent,
à côté des courtisans et du clergé, une caste nouvelle, osèrent
condamner ouvertement ces innovations et faire écho aux
plaintes du peuple opprimé.