Tandis que
les Phéniciens servaient d’intermédiaires entre l’Orient
et l’Occident en transportant à travers les mers
marchandises et connaissances, un autre peuple sémitique, les
Hébreux, s’engageait
dans des voies fort différentes. Les Hébreux font remonter
leur origine à Abraham.
Ce dernier - probablement contemporain d’Hammourabi
et sorti d’Our, en Chaldée - n‘était ni un Sumérien, ni
un Akkadien, mais un Araméen,
issu d’un rameau sémitique qui, à l’époque, menait
encore une
existence
nomade. A la tête de ses
serviteurs et de ses troupeaux, il se sépara de son clan pour
s’installer d’abord à Charan, au nord de la Syrie, puis,
plus au sud, dans la terre de Canaan.
Ses nombreux déplacements furent motivés moins par les
exigences de la transhumance que par ses conceptions
religieuses, car il fut le premier
adepte d’un monothéisme fondé sur une expérience
personnelle. Selon le récit biblique, le Dieu unique
en qui il croyait récompensa la fidélité d’Abraham en lui
promettant une postérité aussi nombreuse que le sable des
mers. Cette promesse s'est accomplie, non seulement dans
l’ordre matériel, mais encore, et bien plus, sur le plan
spirituel, car tous les adeptes du monothéisme: juifs, chrétiens,
musulmans, réclament Abraham pour leur père, et leurs différentes
doctrines se rencontrent sur deux points essentiels: il n’y
a qu’un Dieu unique;
celui qui veut le servir ne peut se contenter de pratiquer les
rites extérieurs d’un culte, mais doit orienter sa vie
selon une loi morale. Abraham
doit être considéré comme l’un des plus grands hommes de
l’histoire; son influence, son oeuvre, sa doctrine
surpassent de beaucoup, tant par leur persistance que par leur
portée spirituelle, celles d’un grand nombre de philosophes
et d’hommes d’État.
Les
descendants d’Abraham continuèrent à mener la vie nomade
dont les exigences les obligèrent à se partager en
deux
rameaux; l’un d’eux resta en Canaan jusqu’à ce
qu’une famine l’obligea à émigrer
en Égypte, probablement au temps des
Hyksos.
La grande famille se morcela en tribus qui se rapprochèrent
pour constituer un peuple auquel les Égyptiens donnèrent le
nom de Haribous, désignant ainsi
une classe sociale, non un groupe ethnique; de ce nom, dérive
celui d’« Hébreux» qui ne s’appliqua plus à une catégorie
d’individus seulement mais devint celui des Israélites;
quant à une langue hébraïque, il n’en est fait mention
que depuis l’époque où le Christ a vécu.
Il
n’est pas possible de préciser le moment où les Israélites
dont le nombre allait toujours croissant devinrent à charge
aux Egyptiens, mais il est presque certain que ce fut après
le départ des Hyksos, lorsqu’en Egypte le
sentiment
national se réveilla, et l’on est en droit de présumer
que le pharaon de la Bible était Ramsès
Il; que ce soit lui ou un autre, ce monarque tenta
de décimer, sinon d’anéantir, le
peuple hébreu par diverses mesures, telles que
l’asservissement au travail forcé, l’infanticide, etc.
L’antisémitisme
- encore qu’au temps de Ramsès Il seul un petit peuple en
fut l’objet - a donc des racines très
lointaines (nous vous conseillons la lecture des pages
consacrées à l'antisémitisme
au Moyen Age pour mieux comprendre). Mais,
comme souvent, par la suite, ses manifestations hostiles tournèrent
à fin contraire de ce qu’il avait prévu. Le peuple esclave
ne rêva plus que d’indépendance et d’autonomie
jusqu’au jour où Moïse
fit de lui une nation. Cet homme, miraculeusement sauvé de la
mort dans les premiers mois de son existence, puis élevé à
la cour du Pharaon, se heurta de prime abord à l’hostilité
des siens quand il voulut se rapprocher d’eux.
L’instruction supérieure qui lui avait été dispensé dans
le palais, la méfiance que sa situation de demi-Égyptien lui
attirait, tout le séparait d’eux. Le meurtre
non prémédité d’un surveillant de corvée, loin de
lui concilier la sympathie de ceux en faveur desquels il avait
commis son crime, l’obligea à fuir. Réfugié dans la
presqu’île du Sinaï,
il y mena longtemps, tels ses ancêtres, la vie d’un berger
nomade, et, dans la solitude de la steppe, il eut tout le
loisir de se préparer à la grande tâche qui l’attendait.
Sur le Mont-Horeb, Dieu, Jahvé,
l’Éternel (je suis celui qui est) se révéla à lui et le
chargea de délivrer son peuple. La tâche n’était pas
facile, et l’exilé volontaire qui revenait auprès des
siens en avait conscience. L’éloquence de son frère
Aaron
lui ouvrit le chemin des coeurs, mais ce chemin restait
scabreux. Quand enfin Moïse eut persuadé les Hébreux d’émigrer
en masse et le pharaon de les laisser partir, il lui restait
à vaincre bien des obstacles avant que la confiance du peuple
qu’il conduisait à travers le désert lui fût définitivement
acquise.
Au
pied du Sinaï, le peuple d’Israël reçut de Moïse ses
lois et une constitution théocratique à laquelle la foi d’Abraham
en un Dieu unique avait servi de fondement: Dieu est le maître
et le protecteur de son peuple, prêt à faire de lui une
nation sainte, pourvu qu’il accepte de lui appartenir, de le
servir et d’obéir
à ses ordonnances. Or, il est difficile d’adorer en esprit
un Dieu invisible; au désert, les Enfants d’Israël firent
un veau d’or et l’adorèrent.
Pourtant, à travers les siècles, au milieu des nombreuses
divinités qu’adorent les peuples divers, les Hébreux ont
eu pour tâche constante de maintenir intacte la croyance au
Dieu unique; leur histoire mouvementée nous les montre tantôt
heureux, tantôt malheureux, tantôt fidèles ou non
à leur foi et à la vocation que la bible leur a donné.