ATRIUM - Histoire de l'Antiquité

En histoire européenne, l'Antiquité désigne la période des civilisations de l'écriture autour de la Méditerranée, après la Préhistoire, avant le Moyen Âge. La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500, -3000) avec l'invention de l'écriture, et voit sa fin durant les grandes migrations eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600). La date symbolique est relative à une civilisation ou une nation, la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique.

 

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Quel est l'objet de l'histoire ancienne ?
 

Quel est l’objet de l’histoire ancienne ?

L’histoire ancienne c’est, grossièrement, l’histoire grecque et romaine. Il faut bien sûr garder à l’esprit que d’autres nations ont joué un rôle primordial à cette période. Il serait donc plus exact de dire que l’histoire ancienne c’est celle qui se bâtit avec des sources grecques ou romaines !

L’aspect temporel

L’histoire de l’antiquité, donc du monde gréco-romain, commence avec la période mycénienne (premier texte d’écriture archaïque) vers 1400 av.J-C. On pourrait faire remonter ce champs encore plus loin en remontant à la période minoenne, il ne s’agira alors plus d’histoire mais de protohistoire, nous avons bien des documents crétois mais ne sachant pas les traduire, nous ne pouvons considérer cette période comme faisant partie de " l’histoire ". La protohistoire peut remonter moins loin dans d’autres régions, en Helvétie par exemple. C’est grâce aux romains que divers éclairages apparaissent sur cette région ; c’est d’ailleurs le cas pour l’Europe occidentale en général.

En Egypte la protohistoire remonte encore plus loin, à près de l’an 3000 av J.-C. L’entrée des peuples dans l’histoire s’est faite à des moments différents, parfois séparés de plusieurs centaines d’années. Après la période mycénienne, il y aura régression, l’écriture disparaît (vers -1200). Ce seront les Phéniciens qui, plus tard, permettront une nouvelle émergence du monde grec, celui-ci leur empruntant leur alphabet. La période obscure est oubliée. La véritable histoire grecque (établissement des faits, chronologie, noménation, institution...) c’est l’époque archaïque vers -800. Elle durera trois siècles, le Ve siècle sera un tournant, il verra l’affrontement du monde grec et du monde perse. C’est sur la victoire grecque que la période classique pourra établir ses foncdations. Avec une prééminence politico culturelle d’Athènes.

A partir du milieu du IV siècle la montée en puissance de la Macédoine provoquera une propagation de la civilisation hellénique , c’est une nouvelle époque : l’époque hellénistique. Elle se terminera en -31 par la bataille d’Actium. Cela ne signifie bien sûr pas que le monde hellénique disparaisse sous les coups de la conquête romaine, de loin pas... Pendant toute la durée de l’empire Romain, et peut-être même au delà, le monde hellénistique survivra (ainsi l’empire Byzantin qui survivra jusqu’en 1453.) Pour Rome il y a un décalage puisqu’elle n’entre dans l’histoire (selon la définition que nous en avons faite, et en tant que cité) qu’au VIII-VII siècle av.J-C, soit près d’un demi-millénaire en décalage au niveau de la protohistoire. En -753 Rome est fondée (voir Tite-Live et son Histoire Romaine) La protohistoire italique va durer jusqu’au début de la République Romaine au V siècle. On ne peut parler d’une histoire de l’Italie de manière globale; le sud appartenant aux Grecques, l’histoire y commence au VIIIe siècle déjà.

Au nord, la civilisation Etrusque pose problème en ce qui concerne l’interprétation des sources car l’on ne sait toujours pas traduire les documents étrusques(les Etrusques appartiennent donc à la protohistoire). C’est avec la République que Rome fait son entrée dans l’histoire, alors l’histoire romaine va rapidement s’élargir aux dimensions de l’Italie (la conquête de l’Italie se fera en à peu près un siècle, en grande partie réalisée dans le courant du IIIe siècle).

Le monde sémitique de Carthage (colonie phénicienne) posera d’autres problèmes. La langue est connue (sémitique-phénicienne) mais les documents concernant l’apogée de Carthage (donc avant la conquête romaine) sont peu nombreux. L’important monde de Carthage n’est connu qu’au travers des sources gréco-romaines. Ce que toutes ces différences signifient, c’est que selon la région, le regard de l’historien sur une même époque change considérablement. 

L’étape suivante de l’expansion romaine c’est la Méditerranée, elle aboutira à l’unification de tout le bassin. Désormais le champ de l’histoire ancienne est clairement établi. Ce sont principalement les pays côtiers de la Méditerranée qui passent ce cap de l’évolution. Ce sont donc, une fois de plus, les peuples vainqueurs qui auront écrit l’histoire. La fin de l’empire romain (du point de vue politico-institutionnelle, → dépôt du dernier empereur romain) a eu lieu en 476. Le schisme avait déjà eut lieu en 395. Dans sa vision de continuation de l’empire romain, Justinien, depuis sa capitale de Constantinople, parviendra à reconquérir une partie de l’empire Romain d’Occident. Pour lui, la perte de Rome n’était qu’une étape dans l’histoire de l’empire. Pour ces raisons, certains historiens ont proposé de repousser à dans le temps la fin de l’empire romain, de le prolonger jusqu'à l’empire carolingien, qui crée un nouvel ordre européen, et la montée en puissance des musulmans (pour des raisons pratiques la date de 476 est conservée, ceci pour céder la place aux médiévistes dans la recherche historique, il faut dire aussi que les sources changent : Chronologies, actes privés... et ce sont là des traits distinctifs du Moyen Age.). Les premiers signes de ce que sera le Moyen Age se décèlent déjà dans l’empire romain. Et c’est pourquoi certains historiens aimeraient instaurer une période de transition entre les deux délimitations. Mais l’important reste bien entendu qu’aucune période ne soit négligée.

Au fur et à mesure la philologie pris une importance croissante. Ce n’est pas le travail à proprement parler des historiens d’être philologues, pourtant il est du devoir de l’historien de prendre conscience que les documents sur lesquels il travaille ont déjà été, auparavant, travaillés par les philologues. Ce sont les commentaires de ces derniers que les historiens utilisent ! ! !

 

Exemples d’erreurs de copistes corrigés par les philologues :

En Latin : Tite-Live

 

Dans un des résumés (les periochae) il est question des helvètes en -107 et de leur victoire sur les Romains. L’artiste Glaire a fait un tableau relatant cette victoire. Ce tableau veut évoquer le sens national helvète. Il représente les helvètes sur leur propre sol, défenseur de ce sol et prédécesseurs des futurs Waldstatten, telle était la vision de l’artiste. Mais le texte sur lequel l’œuvre se base est fausse et la version correcte situe l’action près d’Agen. Tout le sens en est changé puisqu’il s’agit alors d’une expédition helvète en territoire Gaulois, une razzia, et non la défense du sol. C’est la caractérisation d’une faute de copie entre Allebrogom et Nitiobrogom.

 

En Grec : Plutarque

 

Plutarque a laissé un grand nombre de biographies (40). Dans le Génie de Socrate il évoque un épisode de la cité de Thèbes (en Béotie) en l’an -379. Il raconte que les démocrates ont chassés les oligarques (soutenus par des troupes spartiates dans la Cadmée) . Il disait " les forts qui ont l’habitude de camper au pied de l’Acropole ". On s’est intéressé à ce terme de " fort " dont on n’avait jamais entendu dire qu’il était le nom d’un corps d’armée. Il pouvait donc y avoir confusion de mots grecs car un mot proche voulait alors dire " troupe d’élite ". Mais cette explication n’était pas satisfaisante. Il fallait trouver un corps de troupe ayant un mot grec avoisinant celui de " forts ". On trouva ce mot ; KRYPTOI, signifiant " soldats camouflés ". Il y avait à l’époque, à Sparte, une épreuve pour les jeunes hommes qui consistait à se camoufler dans la ville pour apprendre cet art. Plutarque parlant de campement on comprend qu’il ne s’agissait pas d’une troupe régulière. C’était un avant-poste des hoplites, les Kryptoi.

 

On constate à travers ces exemples que même les sources littéraires peuvent ne pas être sûres et que le travail des philologues est encore vaste.

En fait, c’est l’histoire ancienne qui va assister à la naissance de l’histoire littéraire (premier texte historique en -600). On explique ce genre littéraire nouveau qu’est la littérature historique par, notamment, la fondation de nouvelles cités (empire colonial) et c’est dans ce cadre que l’on s’efforce de conserver ou de retrouver le passé des fondateurs des nouvelles colonies pour s’affilier à une partie mère (on se rend compte qu’il y a une histoire, que les cités n’ont pas toujours existées et qu’elles ont aussi un commencement). Un environnement général de curiosité pour le monde vivant, physique, se développe en Ionie. Une troisième cause spécifique est le grand affrontement entre le monde grec et le monde perse. C’est par cette confrontation à un monde différent, les mettant en péril, que les Grecs se sont rendus compte de leur spécificité et ont eu envie de les conserver. C’est dans ce contexte particulier que l’histoire est née.

 
 
 

Bibliographie

H.von Effenterre : L’histoire en Grèce

 E.Cizek : Les historiens latins

 Pierre Cabanes: Introduction à l’histoire de l’antiquité

 
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