Antigonos
Gonatas régna de -276 à -239, ce long règne lui permit à la
fois de restaurer l’autorité royale en Macédoine, d’assurer
la défense du pays et de réparer les ruines accumulées par les
vingt ans de guerres civiles et d’invasions étrangères. Il est
le fils de
Démétrios
Poliorcète.
L’homme
est attachant: élevé à Athènes, il a acquis une haute culture
philosophique; il se veut le roi philosophe dont rêvent les théoriciens
politiques de l’école du Portique, tels Philonidès et Persée,
et il conçoit son pouvoir comme une «noble servitude».
Dans
le domaine intérieur, son œuvre est mal connue, mais a dû être
considérable. Au premier rang, il faut placer le
rétablissement de l’autorité monarchique. Antigonos
Gonatas a contribué à donner à la monarchie macédonienne son caractère
original parmi les autres monarchies hellénistiques.
Certes, comme les autres souverains d’Asie ou d’Egypte,
il est basileus , roi à
titre personnel. Mais s’il fonde trois Antigoneia, trois villes
nouvelles, c’est à Pella, la vieille capitale de
Philippe
II, qu’il installe sa cour. Il évite de créer
un culte dynastique, bien qu’une dévotion particulière soit
vouée au dieu Pan, dont l’effigie figure sur les monnaies et à
l’intervention duquel était attribuée la
victoire sur les Gaulois qui avaient envahi la Macédoine
en 277. C'est en -276 qu'il se fait proclamer roi de la
Macédoine.
Antigonos
s’efforce de ne pas apparaître comme un despote absolu, et
s’entoure d’un conseil d’«amis». Des stratèges sont placés
à la tête des garnisons qui assurent le contrôle de la Macédoine
sur la Grèce, à Corinthe, à Démétrias, à Chalcis, au Pirée
après l’écrasement de la révolte conduite par l’Athénien
Chrémonidès.
Les cités jouissent d’une relative indépendance:
elles ont ekklèsia , boulè ,
magistrats.
L’armée
joue toujours un rôle important. Depuis
Philippe
II, elle a cessé d’être composée uniquement de
Macédoniens. Avec Antigonos Gonatas, le nombre de mercenaires,
surtout des Gaulois, augmente considérablement.
Antigonos a également développé la marine macédonienne pour
les besoins de sa politique égéenne. Sans doute existait-il un
impôt foncier levé sur les populations macédoniennes, auquel
s’ajoutaient les revenus des domaines royaux et surtout les
contributions exigées des cités grecques.
Cela
explique que le contrôle de la Grèce ait
été un des impératifs absolus de la politique
d’Antigonos. Cette politique fut d’abord couronnée de succès.
Antigonos parvint à se débarrasser du roi d’Épire
Pyrrhos,
puis, après la mort de celui-ci (-272), de son fils Alexandre.
Toutefois, le danger le plus grand venait du souverain lagide d’Egypte,
Ptolémée II Philadelphe, qui suscita à Antigonos
des difficultés en Grèce. Malgré cela il put s'emparer
d'Athènes en -262/61.
Après
l’échec de la guerre de Chrémonidès,
puis une série de victoires navales remportées par la flotte macédonienne
sur la flotte égyptienne, la position du roi de Macédoine en Grèce
apparaît fortifiée et atteint son apogée vers le milieu du IIIe
siècle. La seconde partie du règne d’Antigonos est assombrie
par la perte de Corinthe et les progrès que réalise dans le Péloponnèse
la Confédération achéenne
sous l’impulsion d’Aratos de Sicyone
(-243).