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A
la mort d’Adrien IV deux papes furent en compétition,
Alexandre III
et
Victor IV.
Barberousse endossa à
son tour le rôle de
Henri III à Sutri,
convoqua en 1160 un concile à Pavie, qui se prononça pour Victor
IV. Mais, en dehors de l'empire, cette décision resta presque
sans écho : puisque tandis que l'Empire est officiellement
victorin ainsi que la presque totalité des prélats allemands et,
de bon gré ou par contrainte, un certain nombre d'italiens, la
France, l'Angleterre, les royaumes ibériques, le royaume de
Sicile, le royaume de Jérusalem sont alexandrins.
En
1160, Alexandre III excommunie l'empereur et ses complices. A la
mesure prise contre lui, Frédéric réagit par la force, achève de
placer sous son emprise effective l'Italie et intervient dans le
centre de la péninsule. Frédéric
s'efforça de gagner à sa cause les autres souverains d'Occident,
mais ses tentatives n'eurent que peu de succès ;
Pascal III
succédera à Victor IV. Alexandre III, que les Romains accusèrent
de les avoir mis dans une situation difficile, dut s'enfuir,
tant il était impopulaire. Frédéric réorganisa l'administration
romaine, dont il investit le chef, le préfet, substituant ainsi
l'autorité de l'empire à celle du pape. Enfin, le 1er août, son
pape à lui, Pascal Ill, renouvela le couronnement qui avait déjà
eu lieu en 1155. Une fois de plus, les Allemands étaient maîtres
de Rome et leur chef pouvait à juste titre se proclamer empereur
romain. Au mois de mai, après la diète de Würzbourg, l'empereur
exige des évêques allemands le serment de ne jamais se rallier à
Alexandre ou à ses successeurs. A la fin de 1166, à la tête de
son armée, il pénètre en Italie. Il atteint la capitale de la
Chrétienté en 1167 et y installe son pape, après que son rival
s'est enfui. Une fois de plus, ce triomphe fut sans lendemain.
C'est alors qu'une terrible épidémie frappe ses troupes,
transformant en déroute ce qui avait été jusque-là une des plus
brillantes opérations politiques et militaires du siècle.
Frédéric regagne l'Allemagne comme il peut. L'Italie lui
échappe. En effet, les cités du nord se soulèvent aussitôt,
aidées par le roi de Sicile. De leur association naît la Ligue
lombarde, qui relève Milan, détruite quelques années plus tôt
par les Allemands, et édifie une ville nouvelle à laquelle on
donne en l'honneur de l'allié pontifical le nom d'Alexandrie. Un
armistice est conclu à
Montebello et de longues
négociations s'engagent, au cours desquelles l'empereur tente de
traiter seulement avec la Ligue. Elles échouent. Les hostilités
reprennent: Frédéric est battu à
Legnano
(20 mai 1176). Dès lors, il est forcé de mettre fin à la guerre
et au schisme. Des préliminaires de paix, arrêtés à Anagni, sont
confirmés à Venise
(juillet 1177).
Barberousse reconnaît Alexandre comme pape légitime. Il est
absous. Il conclut par ailleurs une trêve avec les Lombards et
la Sicile. Le 24 juillet, le pape et l'empereur se
réconcilièrent donc à Saint-Marc de Venise ; Frédéric se
prosterna devant Alexandre et lui tint l'étrier avant et après
l'office, mais le sermon du Saint-Père vanta l'avantage de la
coopération des deux pouvoirs. L'excommunication de Frédéric
était levée sans qu'il ait été contraint à se comporter en
pénitent, Venise n'était pas un second Canossa. Les théories
grégoriennes n'avaient donc pas été appliquées intégralement ;
le temporel n'était pas subordonné sur tous les plans au
spirituel et l'utilité de leur collaboration avait été
solennellement proclamée. Ainsi cette deuxième phase du conflit
du sacerdoce et de l'empire n'avait pas été close par la
défaite du second ; les atouts que lui avait laissés le
concordat de Worms ne lui avaient pas été repris. Les positions
italiennes auxquelles Barberousse tenait tant avaient été
renforcées grâce à l'acquisition, en 1178, des biens détenus par
les Welf en Italie centrale. Frédéric s'était montré
suffisamment souple pour fonder son autorité sur de nouvelles
bases ; jadis elle reposait sur le concours des évêques ;
désormais elle s'appuierait sur les vainqueurs des prélats, les
citadins. En somme, la politique italienne de Barberousse se
soldait par des avantages substantiels. De ce bref récit
se dégage d'abord la relative modération du pape, qui excommunie
l'empereur, mais n'envisage pas d'autres sanctions, qui s'allie
à la Ligue lombarde et encourage fermement les villes à
poursuivre jusqu'au bout la lutte, mais se réconcilie avec
l'adversaire sans intervenir réellement
pour faire aboutir les revendications
italiennes. Cette attitude, qui est due à la conjoncture,
correspond aussi à une doctrine des relations de l'Église et de
l'État selon laquelle les deux pouvoirs doivent étroitement
collaborer, parce qu'ils sont l'un et l'autre responsables du
maintien de la paix et parce que leur entraide permanente est
une condition nécessaire au progrès religieux et au salut de la
société. Le pape ne dépose pas l’empereur parce que la
déposition serait une mesure politique arrêtée en considération
d'une faute religieuse (et aussi en considération d'un acte
politique, car la convocation du concile est liée à la
réalisation du programme italien de l'empereur) et parce qu'il
estime ne pas avoir le droit de le faire. Pour Alexandre III, le
pape, vicaire de Pierre, a d'abord et avant tout la plénitude du
pouvoir ecclésiastique et religieux et il ne peut pas
intervenir, sans justification religieuse, dans le domaine
reconnu au pouvoir civil. Et pourtant, apparemment, il le fait
lorsqu'en 1170,
craignant que certaines cités de la Ligue lombarde ne sortent de
l'alliance et ne portent ainsi un coup à la résistance contre
Barberousse, il adresse aux consuls de ces communes une lettre -
la bulle Non est dubium
- dans laquelle il annonce sa détermination à frapper
d'excommunication ceux qui rompraient l'union ou formeraient une
autre association (pour se ranger du côté de l'empereur) et de
censures ecclésiastiques ceux qui désobéiraient aux dirigeants
(recteurs) de la Ligue. Le raisonnement qui est à l'arrière-plan
de la démarche, dont on retrouve les arguments épars en d'autres
textes, est clair. L’empereur, par son entreprise en Italie,
menace la liberté de l'Église parce qu'il porte atteinte à celle
du Saint-Siège établi dans la péninsule que la Ligue lombarde
défend. Il en résulte que la liberté de l’Italie, pour laquelle
luttent politiquement et militairement les villes de Lombardie,
devient une « chose sacrée » parce qu'elle est indispensable à
la liberté de la Papauté, assimilée à celle de l'Église, et
parce que le pape, vicaire de Pierre, a reçu la mission,
religieuse dans son essence, de maintenir et de promouvoir cette
liberté. C'est la raison pour laquelle, lorsque, lors des
négociations de Venise l'empereur adhère à Alexandre III et met
fin au schisme, ce qui entraîne automatiquement la levée de
l'excommunication, le pontife considère qu'il ne menace plus sa
liberté et ne porte plus préjudice à celle de l'Église. D'où il
s'ensuit que la liberté de l'Italie cesse d'être une « chose
sacrée », ce qui permet de ne pas exiger qu'il donne
satisfaction aux revendications politiques des cités et de se
contenter de favoriser la conclusion d'une trêve. La démarche,
qui peut sembler cynique et égoïstement politique, est tout à
fait cohérente et en conformité avec la réflexion doctrinale. La
thèse dualiste, déjà exposé par
Rufin,
ne pouvait pas cependant, dans le contexte du temps,
compte tenu de l'apaisement de la querelle du Sacerdoce et de
l'Empire en 1177 et de la conviction qu'avaient l'empereur et
les rois d'être obligés de collaborer au salut des âmes, aboutir
à l'indépendance réelle du politique, ce que récusaient
d'ailleurs aussi les ecclésiastiques.
Huguccio, l’un des plus
grands canoniste de l’époque, affirme que, s'il a été dit (par
Grégoire VII entre autres) que le pape a reçu « les droits de
l'Empire terrestre autant que céleste », cela signifie
seulement, contrairement à ce que l'on a voulu entendre, qu'il a
le plein pouvoir spirituel. Il déclare donc qu'on ne peut pas
tirer de là, pas plus que du symbole des deux glaives, la
capacité pour le pontife de « faire l'empereur », de même que
celui-ci n'a pas à intervenir dans l'élection pontificale.
Concile Latran III
(1179). En trois sessions, du 5 au 19 (ou 22) mars 1179, les
Pères votèrent vingt-sept chapitres, décrétant que pour
l’élection d’un pape une majorité des deux tiers était
nécessaire. |