SOMMAIRE - Histoire Contemporaine (depuis 1914...)

La périodisation de coutume en France fait commencer l'Histoire contemporaine avec la Révolution française du fait de ses conséquences internationales. Mais nous ne nous situerons pas dans cette tradition. Il est d'usage de dire que la période contemporaine est la dernière grande période de l'Histoire, nous la ferons débuter avec la Première Guerre mondiale et s'étendre jusqu'à nos jours.

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Histoire Contemporaine >>> La Seconde Guerre mondiale

Les accords de Munich
 
 

Avec le rattachement au Reich des trois millions d’Allemands des Sudètes, les accords de Munich du 29 septembre 1938 marquent une étape décisive dans le programme d’expansion de l’Allemagne nazie. Avant l’Anschluss, les revendications de ces derniers ne portaient que sur un degré plus large d’autonomie. Mais, le 24 avril 1938, un congrès des Allemands des Sudètes présidé par Henlein réclame la création d’un État national sudète en accord avec Berlin, et la presse allemande déchaîne une violente campagne contre Prague. 

Le problème tchèque était posé. L’unité de la Tchécoslovaquie était garantie par deux traités avec la France, les traités de 1924 et de Locarno en 1925, prévoyant une aide immédiate en cas d’attaque allemande, et par un traité avec l’U.R.S.S. (1935), subordonné à l’exécution par la France de ses engagements. La Grande-Bretagne, qui n’était pas liée par un traité avec la Tchécoslovaquie, tenta par l’intermédiaire de Chamberlain une politique de conciliation, d’«apaisement», qui se traduisit par l’envoi de lord Runciman en août 1938 comme médiateur entre Henlein et Prague. Le 5 septembre, le gouvernement tchécoslovaque accepte la plupart des revendications sudètes. Néanmoins, de violents incidents éclatent, visiblement dirigés de Berlin. Le 12 septembre, à Nuremberg, Hitler prononce un discours très violent contre Prague.

En France, le gouvernement Daladier, qui a succédé au Front populaire, n’a pas de majorité assez cohérente pour imposer sa politique. Il avait proclamé qu’il tiendrait ses engagements, mais Georges Bonnet, le nouveau ministre des Affaires étrangères, était partisan d’une conciliation et soutenu en cela par une grande partie de l’opinion, travaillée par le pacifisme de gauche, horrifiée à la perspective d’une hécatombe semblable à celle de 1914-1918 et encouragée par l’attitude «prudente» de la Grande-Bretagne. L’U.R.S.S., sans frontière commune avec la Tchécoslovaquie, exigeait pour intervenir le libre passage de ses troupes par la Pologne ou, éventuellement, par la Roumanie, et ces deux pays opposaient un refus. D’ailleurs, on savait l’Armée rouge très affaiblie par les purges staliniennes et on disait même que l’U.R.S.S. verrait sans déplaisir une guerre entre l’Allemagne et les démocraties occidentales dont elle profiterait pour tirer les marrons du feu. Enfin, en France comme en Angleterre, on chuchotait que Hitler bluffait.

C’est dans une telle conjoncture que, le 15 septembre, Chamberlain rencontre Hitler à Berchtesgaden et, devant la mise en demeure de celui-ci, accepte le principe de l’annexion des Sudètes par l’Allemagne. Les Français sont plus hésitants; mais, devant le pessimisme d’une partie des chefs militaires, Daladier et Bonnet tombent d’accord avec Londres pour conseiller aux Tchécoslovaques, le 19 septembre, d’accepter l’annexion et pour les avertir, le 21, qu’en cas de résistance ils ne seraient pas soutenus (il semble prouvé que cet avertissement fut envoyé à la demande du gouvernement tchécoslovaque, lui-même divisé et hésitant, pour convaincre son opinion qu’il fallait céder). Mais, lors d’une nouvelle entrevue avec Chamberlain, le 22 septembre à Godesberg, Hitler accroît encore ses exigences et menace d’envahir la Tchécoslovaquie le 1er octobre. La crise atteint son point culminant le 27 septembre (mobilisation en France). Le 28, Chamberlain propose une conférence; Hitler, sur le conseil de Mussolini, accepte.

Le 29 septembre à Munich, Hitler, Daladier, Chamberlain et Mussolini signent un accord plaçant les Tchèques devant le fait accompli: 85 000 kilomètres carrés du territoire sont rattachés à l’Allemagne et 3 100 000 Sudètes sont incorporés; les nouvelles frontières de la Tchécoslovaquie sont garanties. L’annonce de cet accord déchaîne l’enthousiasme en France et en Angleterre: le spectre de la guerre s’éloigne

Chamberlain comme Daladier sont accueillis en triomphateurs. Pourtant, l’opinion s’est divisée en munichois et antimunichois. Léon Blum écrit: «Il n’y a pas une femme, pas un homme en France pour refuser à MM. Neville Chamberlain et Édouard Daladier leur juste tribut de gratitude», et il est suivi par l’extrême droite, qui ne veut pas mourir pour le prosoviétique Benès, une partie des radicaux et des socialistes, tandis que l’autre partie partage l’opinion des «centristes» comme Paul Reynaud ou des communistes qui refusent un accord d’où l’U.R.S.S. a été écartée. 

En Grande-Bretagne, Churchill a pris la tête d’une partie des conservateurs pour dénoncer à la fois le traité et la mollesse française. Tandis que, de leur côté, les nations d’Europe centrale se déchiraient ou profitaient de la crise pour prélever leur part de la Tchécoslovaquie dépecée, celle-ci disparaissait de la carte le 15 mars 1939, occupée militairement par les troupes de Hitler qui montrait quel cas il faisait de l’accord de Munich. Celui-ci devenait le symbole dérisoire de l’impuissance des démocraties parlementaires devant la montée des périls.

Munich et la paix

« La paix ! La paix ! La paix ! Voilà le mot qui, ce matin, se lisait dans tous les yeux, sortait joyeusement de toutes les lèvres. (...) Notre président du Conseil et notre ministre des Affaires étrangères nous ont gardé la paix, c'est bien (...) dans l'honneur et la dignité. C'est mieux. Grâce à eux, la France peut continuer à vivre son beau et glorieux destin de nation pacifique et démocratique. »

Jean Prouvost, France-Soir, 1er octobre 1938.

Munich, une honte

« La France est rendue à la belote et à Tino Rossi (...) Sur le demi-cadavre d'une nation trahie, sur les demi-cadavres de leur honneur, de leur dignité, de leur sécurité, les hommes par millions dansent la danse de Saint-Guy de la paix (...) Délirez à votre aise, pauvres manoeuvrés et dupés, affaiblis, souffletés, et qui accueillez votre défaite et votre humiliation avec les transports de joie de l'esclave. »

Henri de Montherlant, L'Équinoxe de septembre, Éd. Gallimard, 1938.

Un cri d'alarme de Winston Churchill

« Le partage de la Tchécoslovaquie, sous la pression de l'Angleterre et de la France, équivaut à une capitulation totale des démocraties occidentales devant la menace des nazis (...) Un tel écroulement n'apportera ni la paix ni la sécurité (...) Au contraire, il place ces deux nations dans une situation encore plus faible et plus dangereuse. Le simple fait que la Tchécoslovaquie soit neutralisée entraîne la libération de 25 divisions allemandes qui pèseront sur le front occidental (...). Croire qu'on peut obtenir la sécurité en jetant un petit État en pâture aux loups est une illusion fatale. »

Winston Churchill, discours du 21 novembre 1938.

 
 
 

 
Copyright © Yannick RUB