La
décomposition politique de l’Empire d’Occident et
l’affaiblissement de sa puissance militaire, qui en dépendait,
étaient d’autant plus graves que, depuis la fin du VIlle siècle,
un danger extérieur se précisait; en effet sur toutes les
frontières des peuples barbares remportaient des succès par
des agressions violentes et des incursions dévastatrices.
C’étaient, au sud, les Sarrasins musulmans; au nord, les
Normands; à l’est et au sud-est, les
Slaves et les Hongrois.
L’Occident chrétien devait-il être victime de
l’Islam? ou bien allait-il, comme au temps des grandes
migrations, être submergé par des hordes sauvages et perdre
sa jeune civilisation, péniblement acquise?
Pendant
un siècle, les pirates arabes, qu’on nommait
Sarrasins, répandirent
la terreur dans les pays méditerranéens. Dès qu’ils
furent fermement installés en Crète (825) et en Sicile
(827), ils firent à plusieurs reprises irruption sur les côtes
et dans les villes du bassin occidental de la Méditerranée,
organisant la chasse aux esclaves
chrétiens. En 838, ils réduisirent
en esclavage tous les habitants de Marseille et établirent près
de Toulon une forteresse, la Garde
Freinet, à partir d’où
ils pouvaient entreprendre, dans un vaste rayon, de
continuelles expéditions de pillage.
La
vieille Capoue fut détruite; Rome trembla devant eux
lorsqu’ils apparurent sous ses murs en 846; ils ne
parvinrent pas, il est vrai, à s’emparer de la ville, mais
bien à piller l’église des apôtres Pierre et Paul qui se
trouvait hors des murs. Le pape Léon IV se vit alors dans
l’obligation de ceindre d’une muraille la partie de la
ville qui se trouvait sur la rive droite du Tibre, et qui fut
appelée dès lors la Città di Leo. Au début du
Xe siècle,
ils pénétrèrent dans l’Italie septentrionale et se répandirent
même par-dessus les Alpes jusque dans les contrées de la
Suisse actuelle; ils pillèrent alors l’Evêché de Coire et
l’Abbaye de Saint-Maurice.
Les
incursions normandes, au nord et à l’est, n’étaient pas
moins effroyables et dévastatrices. Depuis la mort de
Charlemagne, ces audacieux pillards cherchaient
continuellement à prendre pied sur la côte septentrionale de
l’Empire franc, dont ils devinrent la terreur. Pourtant, ils
ne rencontraient guère d’opposition, car le royaume ne possédait
ni flotte, ni armée chargée de la défense des côtes et,
avant que le lourd appareil militaire eût été mis en
branle, les Normands étaient repartis dans leurs barques
rapides. De nombreuses villes du nord de la France, notamment Nantes,
Beauvais, Rouen,
Paris, ainsi que les territoires de
la Lorraine et de la Bourgogne, furent mis à sac. Les
Normands s’attaquaient avec prédilection aux églises et
aux couvents, assassinaient les moines et les évêques et
mettaient le feu aux bâtiments après les avoir pillés.
Enfin, ils s’installèrent dans le bassin de la Seine, pour
un temps prolongé. Ils atteignirent même la côte
occidentale de la France, remontèrent la Loire jusqu’à Orléans
et saccagèrent à Tours le sanctuaire de SaintMartin.
Au
IXe siècle, divers peuples slaves qui avaient été repoussés
naguère par
Charlemagne apparurent à nouveau. Puis, à la
fin du IXe siècle, le peuple nomade et sauvage des Hongrois
envahit brutalement les plaines de la Tisza et du Danube et répandit
bientôt la terreur le long des frontières de l’Allemagne.
Les
souffrances causées aux populations par ces incursions
ennemies étaient effroyables. Une insécurité générale régnait.
Les campagnards se réfugiaient le plus loin possible dans les
villes fortifiées. Les ordres religieux eurent aussi beaucoup
à souffrir surtout dans les contrées de l’Italie qui furent
le plus complètement infestées. Plus le roi renonçait à la
résistance, plus les grands, à l’est comme à l’ouest,
prenaient, pour leur compte particulier, les mesures nécessaires
à la défense de leur terre.