ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le Moyen Âge est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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Emiéttement de l'Empire franc et féodalité
 
 

Après la mort de Charlemagne, l’empire, bien organisé par le grand empereur qui avait créé l’unité entre les peuples germains et latins, subit de durs assauts qui devaient, au cours d’un seul siècle, en provoquer le morcellement. L’attachement à l’empire ne subsista que chez une petite minorité. L’aristocratie, dans son ensemble, ne songeait qu’à ses intérêts égoïstes et bornés, tout au contraire du haut clergé, car l’Église, fidèle à son principe, s’efforçait de donner aux populations une doctrine unique en les rassemblant par un lien spirituel, et tenait dès lors pour nécessaire l’union culturelle et politique des divers peuples. Aux premiers temps du moyen âge, les évêques furent toujours les principaux faiseurs de rois, dans les contrées germaniques et latines. Le danger de la décomposition progressive de l’empire apparut dès que les efforts de l’Église pour maintenir l’unité ne rencontrèrent plus l’appui de seigneurs à forte personnalité. En fait, la faiblesse et l’égoïsme à courte vue des derniers Carolingiens ont fait à l’empire un mal incalculable. Charlemagne fut d'un type unique, qui ne devait pas reparaître parmi ses successeurs. La fâcheuse coutume du partage entre les fils de l’empereur présenta, dès le début, pour l’Empire franc, un danger de décomposition, et les querelles qui divisaient les Carolingiens, autant que leur mauvaise foi, aggravèrent encore la situation.

L’émiettement de l’empire ne fut cependant pas provoqué uniquement par l’incapacité des princes régnants, d’autant qu’il se trouva parmi les derniers Carolingiens des rois qui firent preuve de qualités estimables. Il y eut donc, à la désagrégation de l’empire, une autre cause fondamentale: le fait que la structure juridique et sociale en fut profondément ébranlée au neuvième siècle par l’institution de la féodalité. Enfin, les invasions ennemies auxquelles l’empire fut exposé durant un siècle n’ont pas peu contribué à sa dislocation; elles n’en furent toutefois qu’une cause secondaire.

La féodalité

Désormais, le développement juridique et social se trouvera étroitement uni aux circonstances économiques. L’économie de l’Empire franc reposait sur une paysannerie nombreuse. Chez les peuples germaniques, de civilisation très élémentaire, le fait est évident. Il n’existait aucune ville en Germanie. Dans les pays latins, au contraire, une culture urbaine, issue de l’antiquité, s’était installée avec le commerce et l’artisanat à l’époque mérovingienne. L’unité économique des pays méditerranéens s’était maintenue, les relations de commerce entre l’Orient et l’Occident s'étaient encore accrues depuis les derniers siècles de l’antiquité. Seule, l’irruption des Arabes dans le domaine méditerranéen, à l’époque de la dynastie Ommiade, avait rompu ces liens. Dès lors, la croix et le croissant se comportaient réciproquement en ennemis jurés. Les vaisseaux européens ne pouvaient plus guère se risquer sur la mer, en présence des conquérants et des pirates musulmans qui, outre l’Orient, occupaient encore le nord de l’Afrique, l’Espagne et les grandes îles du bassin occidental de la Méditerranée. Pendant plus de deux siècles, les rivages européens de la mer furent complètement verrouillés, privés de tout commerce, et leurs populations contraintes à ne s’occuper que d’agriculture. Les villes italiennes et françaises perdirent presque toute importance économique. Toutefois une culture urbaine réelle parvint à se maintenir en Italie et quelques villes côtières, vassales de l’Empire byzantin, Naples, Amalfi, Ban, Venise, réussirent à nouer avec les Arabes des relations de commerce qui devaient, par la suite, être à l’origine d’un renouveau économique complet. Un certain trafic s’était aussi établi de bonne heure dans les contrées riveraines du Rhin et de l’Escaut, mais il fut victime des invasions normandes.

Ces quelques faits mis à part, on peut dire que l’économie de l’Empire franc était purement rurale. Compte tenu d’étrangers isolés, Normands, Angles et Saxons, Juifs, il n’y eut, à proprement parler, pendant plus de deux siècles, dans les pays de l’Europe occidentale, ni commerçants dignes de ce nom, ni marchés, à l’exception d’un rustique négoce hebdomadaire. Pris dans son ensemble, l’Empire carolingien était donc un Etat agricole dans lequel le soin de sa propre terre était une impérieuse nécessité pour chacun. L’argent et les biens meubles étaient très rares, seule la possession du sol représentait la richesse. C’est ainsi que naquit, puis s’organisa l’ordre féodal, dont l’origine serait inexplicable sans la connaissance de l’état de choses exposé plus haut. La féodalité a pour principal point de départ le fait que les fonctionnaires royaux et les guerriers durent être rétribués en terre, l’argent faisant défaut. La possession du sol conférait la puissance, et plus les seigneurs fonciers furent richement pourvus de terre, plus s’affaiblit le pouvoir central, si fort entre les mains de Charlemagne.

Charlemagne lui-même, quoiqu’il dominât tout grâce à son énergie et à son autorité, a contribué à l’avènement d’une puissance nouvelle, préoccupée de ses seuls intérêts. Son empire ignorait tout du fonctionnarisme uniforme et exclusif; les fonctionnaires ordinaires de l’administration et de la justice étaient les comtes, mais, à côté d’eux - dès les temps mérovingiens - il existait de nombreux seigneurs fonciers, ecclésiastiques et laïques, affranchis de l’autorité comtale. Ceux qui jouissaient de cette immunité relevaient directement du roi qui les favorisait en nombre toujours croissant. Ils constituèrent autour de lui une garde particulièrement fidèle, tandis que leur situation exceptionnelle les exposait à de très fréquents conflits avec les comtes. En outre, Charlemagne favorisa le développement du vasselage qui portait également atteinte au fonctionnarisme pur. Dans l’insécurité des temps mérovingiens, alors révolus, beaucoup avaient jugé préférable de chercher protection auprès d’un plus puissant qu’eux. Ainsi les hommes libres se mettaient-ils volontairement et pour la vie au service et dans la dépendance des seigneurs plus considérés; ils furent désignés par un nom d’origine celtique: «vassi» ou «vassali». Le seigneur promettait au vassal une protection particulière et l’assistance judiciaire, et il se tenait aussi pour responsable de sa conduite. De son côté, le vassal s’engageait à certains services à l’égard de son seigneur. Depuis le temps de Charles Martel qui eut besoin, pour mener sa guerre contre les Arabes, d’augmenter sa chevalerie, la principale obligation du vassal fut le service des armes à cheval. L’engagement du vassal s’accompagnait d’un acte solennel; il mettait ses mains dans celles du seigneur et prêtait le serment de fidélité. Ce n’était pas le roi seulement, mais aussi les grands du royaume qui pouvaient avoir des vassaux. Toutefois la dépendance du roi était tout particulièrement recherchée parce que ses hommes étaient appelés avant tout à former une véritable bande de guerre, qui constituait le noyau de l’armée. Puis, le roi était le premier des seigneurs; son vassal n’était pas seulement condamné à l’assujettissement, il jouissait aussi d’une haute considération. De toute façon, les vassaux n‘étaient pas uniquement engagés à servir leur seigneur; ils pouvaient prétendre à le protéger et à sauvegarder ses intérêts.

Du vasselage sortit la coutume de distribuer des bénéfices ou fiefs, coutume dont l’origine remonte aux temps mérovingiens, mais qui prit sous les Carolingiens un essor considérable. Par «bénéfice», mot qui signifie « bienfait », «faveur», on entendait, chez les Francs, avant tout, le prêt d’un territoire, mais aussi la concession d’un droit, d’une charge, d’un revenu. Quelqu’un recevait de son seigneur, en échange de son indépendance, un territoire, non en propre, mais pour en avoir la jouissance sa vie durant. Au début, semblables bénéfices ne pouvaient être laissés en héritage et devaient, à la mort du vassal, faire retour au seigneur; mais, dans la pratique et de très bonne heure déjà, ils passèrent de père en fils, si bien qu’au IXe siècle l’hérédité des fiefs devint peu à peu un droit, issu de la coutume.

Charles Martel avait pratiqué en grand l’octroi des bénéfices, pourvoyant ainsi ses vassaux. Sans égard, il avait dépouillé l’Eglise des terres dont il avait besoin, ne sachant par quel autre moyen se procurer une armée prête à se battre. A leur tour, les seigneurs bénéficiaires cédèrent leur terre à des paysans libres en échange de leur aide militaire; et ce système des bénéfices issus des biens de l’Église ou d’ailleurs fut perpétué par les rois carolingiens.

Par la suite, bénéfice et vasselage se trouvèrent toujours plus étroitement associés, et c’est de cette association qu’est sortie la féodalité. Au lieu de ne lui promettre que la protection, le seigneur prêta désormais au vassal des biens qui assuraient son existence et, en conséquence, le libéraient d’une partie de ses devoirs. Telle fut l’origine du système féodal. Or, les rois et les grands du Royaume franc avaient besoin, pour leurs guerres contre les peuples voisins, de guerriers aussi nombreux que possible et de guerriers montés; la coutume du service militaire en commun tombait peu à peu en désuétude. A la fin du IXe siècle, les hommes de pied avaient fait place de façon presque complète, à la cavalerie, et, seuls, des propriétaires fonciers, libres de tout souci matériel, étaient capables d’assurer un service dispendieux et qui prenait du temps. On trouvait alors en abondance des terrains non exploités et sur lesquels personne n’avait mis la main, ou, à certains moments, des biens d’Eglise dont il était loisible de s’emparer; le bon moyen de s’assurer des guerriers était l’octroi de riches propriétés, tout à la fois avec des droits et des revenus.

Ainsi le service de guerre monté devint le devoir, mais aussi le privilège, des riches. Les propriétaires fonciers constituèrent une nouvelle noblesse, celle des chevaliers. Au Xe siècle, ils se mirent peu à peu à transformer leurs habitations en castels faciles à défendre et en châteaux-forts.

Le rapport mutuel entre suzerain et vassal reposait sur la fidélité réciproque. Il s’appuyait sur la tradition solennelle de l’hommage. Le suzerain restait en principe le véritable propriétaire du bénéfice, mais il était tacitement convenu qu’il abandonnait au vassal la possession du fief - le cas de félonie excepté - et qu’à sa mort, il le cédait une seconde fois au fils du défunt, ce qui fait que bientôt le fief fut plus ou moins considéré comme héréditaire. En France, ce droit à l’héritage était déjà très répandu au IXe siècle; il s’introduisit en Allemagne un peu plus tard.

Lorsqu’à la fonction comtale s’attachèrent des droits féodaux, le pouvoir central se trouva menacé par une puissance politique dissolvante. Le comte, fonctionnaire, gouverneur d’un territoire, pourvu de responsabilités administratives, judiciaires, fiscales, militaires, policières, bref, des fonctions politiques les plus importantes, reçut du roi la jouissance d’un fief et devint ainsi vassal du souverain. Conformément à la tendance générale, il chercha dès lors à léguer à ses successeurs, non seulement son fief, mais encore sa fonction de comte: l’un était devenu, en définitive, presque inséparable de l’autre. Ainsi le comté devint la propriété personnelle et héréditaire d’une famille et la fonction qui, sous Charlemagne, avait été étroitement surveillée par ses agents (missi dominici) parut d’importance secondaire, tandis que la jouissance du fief et les revenus attachés à la fonction passèrent au premier plan. Si le comte avait naguère rendu la justice, battu monnaie, levé des troupes au nom du roi, par la suite, il le fit fréquemment en son nom personnel et en dépit du roi quand celui-ci voulait s’y opposer. Ainsi, plus d’un comte devint un véritable petit souverain héréditaire dans son fief qu’il sut agrandir par des moyens légitimes, comme aussi par la violence. En France, comme en Allemagne, des comtes particulièrement puissants s’élevèrent en prenant le titre de ducs. En France, par exemple, les comtes de Bretagne, les margraves de Toulouse, les ducs de Bourgogne et d’Aquitaine, sont de leur nombre, comme en Allemagne, au IXe siècle, les chefs des nouvelles familles ducales. Que la royauté en ait été affaiblie, l’expansion de l’empire arrêtée, cela va de soi. Au IXe siècle déjà, la situation du roi en face de ses vassaux paraît complètement modifiée. Le vassal ne se croyait plus seulement tenu au service du roi, mais s'estimait autorisé à formuler ses exigences. L’hommage du vassal était fréquemment suivi du serment par lequel le roi s’engageait envers lui par des promesses plus ou moins importantes. Ainsi Charles le Chauve jurait en 858 de respecter ses gens, de les laisser vivre selon leur droit et leurs lois propres, d’avoir soin d’eux et - ajoutait-il humblement - si, par faiblesse, il manquait à l’un de ces devoirs, à réparer son injustice sitôt qu’il y serait rendu attentif. Par la suite, il fut de règle qu’un roi ne fût couronné qu’après avoir donné, en due forme, certaines assurances aux vassaux disposant de la couronne. Plus tard, l’opinion se répandit que le vassal n’était tenu à la fidélité envers le roi que dans la mesure où celui-ci s’acquittait de ses devoirs envers son vassal.

A côté des comtes, les évêques et les abbés étaient pour la plupart vassaux du roi, ce qui menaçait dangereusement l’indépendance de l’Église, si bien que, du sein du clergé, une violente opposition à cette coutume se manifesta parfois. Ainsi l’arche­vêque Hinkmar déclarait que les évêques qui sont consacrés à Dieu ne peuvent pas être les vassaux de n’importe quel seigneur et lui prêter serment, car cela est défendu par l’Evangile et par le droit canon. Mais, cependant, c’étaient les autorités ecclésiastiques qui s’efforçaient de maintenir le respect de la royauté et l’attachement à l’empire, alors que déclinait le pouvoir monarchique, car les évêques et les abbés voyaient dans le roi leur protecteur naturel contre les grands laïques qui menaçaient leur influence.

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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