LE TROISIÈME REICH

On entend par IIIe Reich la période de l’histoire de l’Allemagne qui s’étend du 30 janvier 1933 au 8 mai 1945.  L’expression elle-même, adoptée et imposée par les nationaux-socialistes, reprend le titre d’un ouvrage d’Arthur Moeller van den Bruck: Das Dritte Reich, paru en 1923. Pour cet auteur, le Ier Reich était le Saint Empire romain germanique, le IIe Reich, celui de Bismarck et de Guillaume II (1871-1918), le troisième devant se substituer à la république de Weimar dont il espérait la fin prochaine.  Pour les historiens, le IIIe Reich est synonyme de régime hitlérien, ou régime national-socialiste.

 

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Réarmement et système d’alliances
 
 

En politique extérieure, Hitler manifeste dans les premiers temps une grande prudence: il tend à rassurer ses voisins que les objectifs proclamés dans Mein Kampf  avaient inquiétés. Il récolte d’abord les fruits de la politique de ses prédécesseurs: à l’avènement du IIIe Reich, le problème des réparations est réglé et l’égalité des droits reconnue à l’Allemagne (11 déc. 1932). Au système de sécurité collective sous l’égide de la Société des Nations le Reich oppose celui des pactes bilatéraux, dont le premier exemple est l’accord signé avec la Pologne, le 26 janvier 1934. En fait, par ce traité, comme par les liens noués avec la plupart des pays balkaniques, dont le Reich utilise les difficultés économiques pour les placer dans une situation de dépendance vis-à-vis de l’Allemagne, la diplomatie allemande s’emploie à faire éclater à l’Est le système d’alliances que la diplomatie française, sous l’impulsion de Louis Barthou, avait tenté d’instaurer ou de consolider. Refusant une nouvelle fois de négocier sur le problème du désarmement, Hitler rétablit, le 16 mars 1935, le service militaire obligatoire, décision qui consacre aux yeux de tous le réarmement allemand.

Il semble que jusqu’en 1936 les dirigeants nazis aient hésité sur les voies et les étapes de l’expansion extérieure. Un groupe de financiers et d’industriels qui avaient soutenu Hitler (Fritz Thyssen, Hjalmar Schacht) préconisait un accord provisoire avec les puissances occidentales, la formation d’un front commun contre l’Union soviétique. Le gouvernement anglais, de son côté, amorça un rapprochement avec le Reich et signa avec lui, le 18 juin 1935, un accord naval qui prévoyait, entre les deux pays, une parité en matière de sous-marins et la possibilité pour l’Allemagne de construire une respectable flotte de haute mer. Mais, dans le courant de 1936, la conception selon laquelle la guerre contre l’Union soviétique devait être précédée par la neutralisation des puissances occidentales semble l’avoir emporté. Ainsi s’expliquent les mesures autarciques décidées en 1936 (plan de quatre ans): en prévision de la guerre de conquête qu’il prépare, le Reich s’efforce de se rendre économiquement indépendant en ce qui concerne les matières stratégiques principales.

Par un coup de bluff qui réussit, Hitler décide, le 7 mars 1936, de réoccuper en Rhénanie la zone démilitarisée en application du traité de Versailles. L’absence de réaction des pays signataires du traité, et singulièrement de la France, l’ancre dans l’idée que les puissances occidentales ne s’opposeront pas à ses visées expansionnistes. Le IIIe Reich va d’autre part se rapprocher des autres puissances fascistes. Les relations avec l’Italie, d’abord froides, s’améliorent nettement en 1936 (pendant la guerre d’Éthiopie, l’Allemagne livre à l’Italie les matières premières dont celle-ci a besoin pour poursuivre son agression); à partir de juillet, les deux puissances soutiennent militairement et économiquement la rébellion franquiste, et l’Allemagne signe, le 25 novembre 1936, avec le Japon un accord baptisé Pacte anti-Komintern.

En 1936, on peut considérer qu’une première étape s’achève. Le IIIe Reich a montré qu’il ne tenait plus compte des limitations imposées par le traité de Versailles. Il a quitté la Société des Nations en octobre 1933, il a entrepris de reconstituer une armée puissante, la Wehrmacht, qui prend la place de l’ancienne Reichswehr, et va accélérer ses préparatifs militaires; il a mis en place un système de pactes qui lui assure des appuis diplomatiques en Europe et hors d’Europe. Il s’est donné les moyens de la guerre de conquête, moyens qu’il utilisera dans une phase ultérieure.

Lorsque Hitler a pris le pouvoir, la crise économique avait déjà dépassé son point culminant. Les premiers signes de reprise, encore timides il est vrai, se manifestaient dès l’hiver 1932-1933. Le réarmement – pour une grande part – permettra de relancer l’économie. Le chômage diminue sensiblement et, même si les salaires n’augmentent pas, même si l’existence demeure difficile pour les masses laborieuses, du fait que le nombre de travailleurs croît, les conditions de vie des familles ouvrières s’améliorent légèrement en Allemagne au cours des années 1933-1936. Dans ces milieux aussi, la propagande nationaliste réussit à entraîner une partie des hésitants. Certes, toute revendication sérieuse, a fortiori toute grève, est-elle interdite et réprimée. Mais quelques mesures ont été prises dans le domaine de la protection et de l’hygiène du travail ou en faveur des mères travailleuses.

Les autorités nationales-socialistes s’efforcent d’orienter les loisirs des travailleurs par la création de l’organisation «La Force par la joie» (Kraft durch Freude , K.D.F.) à la fin de 1933. Des collectes pour les Secours d’hiver, l’organisation spectaculaire de repas à plat unique (Eintopfessen ) sont présentées comme des mesures «socialistes» qui mettraient fin à la «lutte des classes».

Au cours de l’été 1936, les jeux Olympiques de Berlin donnent aux visiteurs étrangers le spectacle d’une Allemagne apparemment unie et triomphante. L’opposition, qui ne dispose d’aucun moyen d’expression, quand elle n’est pas éliminée physiquement, est partout traquée. Presse, radio, moyens culturels sont tous au service du national-socialisme qui embrigade les intellectuels, les enseignants... dans une série d’organismes de caractère corporatif.

D’immenses rassemblements admirablement organisés par Goebbels, notamment à l’occasion des congrès du N.S.D.A.P. à Nuremberg, donnent aux participants un sentiment de puissance collective. De 1933 à 1936, par la conjonction de ces procédés, le régime nazi, qui à son avènement n’était guère assuré que de l’adhésion d’un tiers des Allemands, consolide et étend ses assises dans la population. Dès 1936, la majorité du peuple allemand l’accepte ou l’approuve.

Une grande partie de la jeunesse s’enthousiasme, après les années tristes de la république de Weimar, pour l’idéal de grandeur que le Führer promet à l’Allemagne. Des discours, qui masquent les visées impérialistes sous une exigence de justice et de liberté pour le peuple allemand, réussissent à dévoyer la générosité et les sentiments patriotiques de la jeune génération.

 
 
 

Bibliographie

Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 
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